Planète surdoués | Un espace d'information et de recherche sur la douance

Jaspe

 

Jaspe, son histoire.

J’ai 23 ans et je suis également enfant précoce mais j’ai vraiment eu beaucoup de chance tout au long de mon parcours.

Très tôt, mes parents ont fait le choix de me responsabiliser. Je ne me suis jamais fait frapper ou engueuler, quand je faisais une bêtise, la simple explication de pourquoi j’avais mal agi me suffisait. Et il n’y a pas de plus dure punition que le sentiment de culpabilité.  Je me suis donc senti responsable de ma vie très très tôt.

J’ai toujours été très différent des autres enfants, mais je m’y suis fait. Depuis tout petit et même jusqu’à maintenant, je me suis toujours placé en dehors du groupe comme une alternative. Ceux qui s’ennuyaient dans le groupe venaient avec moi, comme j’avais beaucoup à raconter et de l’énergie a revendre, ça a toujours marché. Et au final j’avais suffisamment d’amis pour que cela ne pose pas de problèmes.

 Les cours n’étaient pas difficiles et ennuyeux, mais comme je comprenais l’enjeu, j’ai réussi à rester concentré.

 A l’âge de 5-7 ans, j’ai eu une expérience qui a forgé mon caractère. A cette époque, je n’aimais pas le poisson. Mais à la cantine on était naturellement obligé de tout manger. Cela n’était pas un problème tant qu’il y avait d’autres choix. Mais fatalement, il arriva un jour où il n’y avait que ce plat. Au lieu de me laisser refuser, les surveillants de la cantine se sont tous groupés autours de moi et m’ont gardé pendant plusieurs heures après que les autres soient partis. En me menaçant de ne pas me laisser partir tant que je n’avais pas tout mangé.

Et j’ai dit non.

Je suis resté la, je ne saurais dire combien de temps, à tenir tête à tous ces adultes qui voulaient me forcer à manger.

Cette histoire ne s’est terminée que lorsque mes parents en ont entendu parler, et sont allés me sortir de là.

Certes depuis ce jour je ne mange toujours pas de poisson, ce qui en soit est une tare. Mais cet incident a forgé ma force, je savais dire non à la pression sociale. Quelle qu’elle soit.

 Jusqu’en CM2, j’ai toujours réussi à me forger un petit groupe à moi, ce qui me protégeait de tout.

 Mon frère a vécu des moments très difficiles au collège, et finalement il fut découvert comme enfant précoce. Pour le protéger, mes parents l’ont alors transféré vers une classe spéciale à Melun.

 Je me souviens avoir visité un collège normal pendant une journée avec ma classe, il n’a pas fallu deux heures pour que je commence à me faire insulter et tabasser.

 J’ai eu l’immense chance d’avoir été détecté avant d’y entrer. Et de ne pas subir les mêmes choses que lui. J’ai passé le test de QI à Melun, pour pouvoir y être admis.
Le collège était vraiment une période heureuse. Tous mes camarades étaient intéressants. J’ai gardé un contact très régulier avec bon nombre d’entre eux. Même par rapport à d’autres enfants précoces, j’étais différent, et comme à mon habitude j’étais tous le temps hors du groupe, avec mon groupe à moi. Mais contrairement à un collège normal, les autres n’étaient pas hostiles, ils étaient ouverts à ma différence car eux aussi étaient différents. Le collège peut être une période brutale pour beaucoup d’enfants précoces, mais par miracle ce collège m’a protégé. N’écoutez pas ce que certaines personnes disent, si vos enfants sont précoces, il faut les protéger et leur offrir une enfance tranquille. Certes cela ne va pas les aider à rentrer dans les clous, mais faites-vous une raison, ils n’y rentreront jamais.

 La suite est plutôt heureuse, j’étais dans un appart avec mon frère dès la 4 eme, (car ce collège était vraiment trop loin) ce qui m’offrit encore plus d’indépendance et de liberté.

 Au lycée j’étais un peu rejeté, mais comme j’avais plein d’amis du collège à côté, ça allait.

 Mon écriture (ainsi que mon orthographe et ma conjugaison comme vous avez pu le constater) a toujours été déplorable. Au collège ce n’était pas vraiment grave, mais au lycée cela devenait invivable. Les 0/20 ou les 2/20 se multipliaient dangereusement alors que le bac approchait.

 Mes parents m’ont alors fait reconnaître comme dysgraphique, ce qui me donnait le droit d’utiliser un ordinateur. Le certificat n’était pas si difficile à avoir, mais s’est alors engagée une bataille contre les professeurs et directeurs pour faire reconnaître ce droit.

 Mais je me savais fort, et ma mère aussi. Ce fut donc une âpre bataille, mais finalement je pus noter mes cours à l’ordinateur et passer mes examens avec lui.  Quand j’y pense, je trouve cela ridicule. Pourquoi faut-il tant se battre pour avoir quelque-chose que l’on utilise tous les jours dans la vie professionnelle ! Qui de nos jours écrit quoi que ce soit à la main ? (autre que des notes personnelles j’entends).

 En notant à l’ordinateur, j’ai appris à prendre les formules de maths à toute vitesse, je notais certes plus lentement que les autres, mais j’arrivais à suivre.

 D’autres amis avaient le même problème, mais n’ont pas osé faire la même démarche, ils l’ont regretté amèrement par la suite. (comme vous le lirez plus bas).

 Lors des contrôles, je n’avais d’ailleurs même pas le droit à un tiers temps (qui théoriquement m’était accordé) donc mes notes n’étaient pas faramineuses, d’autant que je ne travaillais pour ainsi dire pas.

 Mes notes étaient tout juste suffisantes pour passer in extremis en Math Sup (une petite math sup) et c’est là que mes notes ont décollé !

 J’avais enfin du challenge, et tant de choses à apprendre !

 Je suis alors passé dans une prépa étoilée (avec un de mes amis de collège), où je travaillais avec une telle intensité ! (Travailler au lycée ça ne sert à rien et c’est chiant, mais en prépa, les règles changent).

 La prépa n’est pas une période facile, vraiment pas, mais c’est une étape palpitante. Apprendre par cœur ne suffit plus, il faut être malin, c’est là que les précoces peuvent sortir leur épingle du jeu.

 Ce qui ne veut pas dire que tous les précoces réussissent en prépa, car il faut aussi être solide sur d’autres plans. Mais c’est totalement un plus.

 Mes notes étaient surprenantes, je n’étais pas toujours dans les premiers, mais toujours bien classé.

 Mon ami de collège qui était dans la même prépa que moi avait beaucoup plus de mal. Il était au moins aussi bon que moi, si ce n’est plus. Mais n’avait pas le droit à un ordinateur, son écriture étant également mauvaise, les professeurs n’arrivaient jamais ) le lire et il échouait tous le temps à cause de cela (ce n’était même pas de la mauvaise foi de la part des professeurs, ils n’y arrivaient simplement pas).

Malheureusement c’était trop tard pour lui, il lui aurait fallu des années pour apprendre à taper aussi vite que moi.

 Cet ami à raté ses concours, et a intégré la fac, alors que je décrochais un 20/20 à centrale en Maths et j’obtenais Supélec.

 Fort heureusement pour lui, il a eu plus de chance en Magistère et est parvenu à intégrer l’ENS par cette voie, il a obtenu son agrégation de Maths il y a peu.

 A Supélec je m’ennuyais par rapport à la prépa, alors j’ai écrit et publié un livre. J’étais vraiment en dehors du reste de la promo, mais j’avais mon propre club avec mon groupe d’amis. Et mon statut d’orignal m’a toujours valu une forme de respect.

 J’ai alors décidé  d’échanger ma troisième année à Supélec contre deux ans en Chine.

 Cela fait déjà un an et je n’ai vraiment pas envie de partir !

 Encore maintenant je suis en dehors du groupe des Français, car lorsque je suis avec des Chinois, ils se fichent de ma différence. En tant qu’occidental je suis différent d’eux c’est normal, le fait que je sois précoce leur importe peu (et je vais bien me retenir de leur dire).

 Et l’histoire n’est pas finie :

 A Tsinghua j’avais trop de temps libre, alors j’ai commencé un projet entrepreneurial technologique.

J’ai signé un contrat avec une société Chinoise et on développe un produit ensemble, une fois fini nous partagerons le chiffre d’affaire.

 Et c’est depuis les locaux de cette société que j’écris en ce moment même, d’où le clavier qwerty et l’absence de correcteur conjugo-orthographique .

 Vivez votre différence, c’est votre force !

 Original ne veut pas dire hors de la société, le monde des adultes a bien plus de place pour vous que celui de l’enfance. La société as besoin de gens créatifs et intelligents. Mais pour atteindre ces postes il faut réussir vos études (ou entreprendre et faire ses preuves).

 Protégez vous au collège, si vous le pouvez, allez dans un établissement pour enfants précoces.

Survivez jusqu’au bac, vous aurez plus d’intérêt et de réussite après.

Prenez toutes les mesures nécessaires à votre réussite. Vous êtes différents, faites-vous une raison. S’il vous faut écrire à l’ordinateur, imposez-vous le plus tôt possible, en terminale il est déjà presque trop tard.

 Il ne peut y avoir d’imposture, vous ne changerez pas. Il vaut mieux vivre en bon original qu’en mauvais normal.

Vous n’aimez pas les boom/soirées ? N’y allez pas ! Organisez vos propres fêtes ! Jouez à des jeux intelligents, les autres suivront.

 Et quand vos ailes de géant vous empêchent de marcher, servez-vous en !

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5 Comments pour Jaspe

Jaz | 6 octobre 2012 à 13 h 12 min

Bonjour, je n’ai pas été diagnostiqué surdoué mais une psychologue de mon ancien lycée m’a conseillé de faire un test pour le savoir, je voulais juste te demander si le fait d’être reconnu comme surdoué peut m’aider dans mes études, sachant que j’ai quelques TOC ou TIC, car ce n’est que dans des moment de stresse que je ne peux pas m’arrêter de le faire, j’ai du mal a me concentrer sur quelque chose que je trouve inintéressant, et depuis que je suis dans les études secondaires, je commence a me sentir plus à l’aise, mais j’ai tout de même des difficultés a finir mes contrôles à cause de mes TIC/TOC et aussi que quand je suis stresser j’ai du mal à rester concentré sur une chose.

Je voulais donc te demander si avec ce que tu sais, il me serait utile de faire un dossier MDPH ou non?

Merci d’avance de ta réponse

lepage | 10 décembre 2013 à 21 h 31 min

Bonsoir,

Je m’appelle Rose-marie et dans un mois j’aurais trente ans.
Je ne sais si cette adresse est toujours d’actualité ni bien pourquoi je vous
écris.
voilà , bientôt 30 ans et je viens de recevoir ma notification d’accord pour
« etre travailleur handicapée » (psychique)
Comment j’en suis arrivée là?
Il y a quatre ans je vivais à Paris je faisais une école de théâtre et une
psychanalyse qui m’a emmenée trop loin dans mon introspection, dans ma tête je
croyais devenir folle et personne ne comprenait se que je disais.
J’ai donc atterri en Hôpital (hospitalisée 4 fois)pour bouffées délirantes,
depression, mélancolie…
Je prends des neuroleptiques tous les jours.
Sans traitement je suis très mélancolique et ai envie de mourir tellement je
trouve la vie absurde, suis trop lucide et je m’ennuie cruellement la vie me
paraît fade, attendue, prévisible.
Mon psychiatre n’a jamais posé de diagnostique sans doute pour pas m’enfermer
davantage.
Ma thérapeute comportementale et cognitive pense que je ne suis pas malade mais
juste » trop intelligente » tout comme mon frère qui le pense et qui a fait le
test et est « surdoué ».
Je suis reconnue « handicapée » tant je me trouve nulle, inadaptée, différente
(c’est intrinsèque) et ayant une intelligence stérile , qui sert à rien du tout.
Schizophrène?
Ce qui est sur c’est que je suis très émotive, l’émotion m’empêche de réfléchir
souvent, je peine à me concentrer, à garder mon attention sur quelque chose ,
tout m’ennuie la plupart du temps.
Pour trouver la définition d’un mot souvent je ressens le mot.
On me dit plutôt douée pour l’écriture j’écris notamment de la poésie.
Ce qui me caractérise? la souffrance de vivre en moi, la fatigue de mon propre
fonctionnement, le peu d’élan…
Et cette quête de quelque chose d’absolu, d’une identité …
Ma peur me tétanise et bloque mes capacités…
Je ne suis pas très claire pardonnez moi,merci de m’avoir lue…

Rose-marie

xavier | 9 février 2016 à 14 h 08 min

bonjour JASPE,
j ai 42 ANS et je m appelle Xavier. Merci pour ce témoignage car en ce moment je traverse une mauvaise passe avec mes amis et famille. aprés 35 métiers et une hyperactivité déconcertante,je fais un burn out complet j ai consulté et aprés on m a conseillé de passé le WAIS 4… donc 132 de QI.
fatigue quasi chronique, déprime, il faut que je rebondisse et travaille mais je préfére trouver les solutions pour mon entourage qui me consulte pour la rapidité des interventions.
j ‘ai loupé ma scolarité et au bts action co je m emmerdais aussi.
si tu veux m appeler avec plaisir de parler de tout de rien, up to you, j habites Cannes. a plus,
xavier

Nadine Kirchgessner | 11 février 2016 à 11 h 40 min

Bonjour , je crois que Jaspe est encore en Chine, alors je en sais pas s’il va vous lire …mais c’est possible, car la semaine dernière, une maman m’a écrit pour son fils de 6 ans, elle est expatriée en Chine ! Les miracles du net !

AA | 15 janvier 2017 à 1 h 52 min

Rose marie la desintegration positive de dabrowski