Planète surdoués | Un espace d'information et de recherche sur la douance

Bleuenn

Voici le témoignage d’une femme de 44 ans. Elle a écrit la totalité du texte, elle nous livre ce qu’elle a vécu et ressenti de son enfance. Ce qui est dit est d’une grande force et nous montre à quel point ne pas comprendre ce qu’est la douance peut avoir des conséquences pour la vie entière. Je préviens le lecteur que certains passages sont éprouvants. C’est assez long  mais quand vous aurez démarré la lecture, vous le lirez jusqu’au bout, happés par la justesse des mots.

Bleuenn, son histoire  

 Bon, je vais vous raconter l’histoire d’un lièvre qui se casse volontairement les pattes en croyant faire plaisir aux tortues. Car c’est malheureusement l’histoire de ma petite vie.

C’est d’ailleurs ainsi, un lièvre face aux tortues, que me décrivait mon père, incapable de prononcer le mot surdoué qui lui écorchait la bouche. Ce témoignage est décousu, je n’ai pas la force de le synthétiser: il est le fruit de divers mails avec Nadine qui tient ce site avec beaucoup de cœur. Il va un peu dans tous les sens, mais je n’ai pas la force de le travailler. Nadine souhaite garder la sincérité du premier jet. De mon côté, j’aurais aimé faire quelque chose de plus synthétique mais la souffrance du retour sur une vie gâchée m’en rend pour l’instant incapable. Alors, vous qui vous intéressez au sujet, vous aurez droit à des anecdotes décousues mais vraies et sincères et j’espère que malgré ce désordre vous pourrez en tirer quelque chose, sait-on jamais, à quelque chose gâchis est bon?

Bof. En tous cas voici:

Je vais essayer de faire un petit résumé, je n’arrive pas à m’en sortir et je crois bien qu’il est trop tard pour moi mais je voudrais vraiment que l’Education Nationale et la société reconnaissent toutes les différences. Mon histoire est intéressante car mon père était un parfait serviteur de l’Education Nationale et il m’a sacrifiée au nom de son idéologie. J’ai 44 ans et  j’ai cessé d’être moi-même à l’âge de 11 ans. Je continue malgré tout de vivre mais je traîne ma croix tous les jours et je ferais beaucoup pour que cela n’arrive pas à d’autres. Comment faire comprendre que ce n’est pas de l’orgueil blessé mais un traumatisme identitaire puissant, celui de l’automutilation? Comment donner des faits précis (j’en passe pourtant plein) sans avoir l’air de se vanter, certains faits que je cite pourront passer pour un manque de modestie? Donc faire plus de mal que de bien à un problème qui a du mal à susciter de l’intérêt?
Ma première crainte est de m’étaler et de me laisser submerger par des détails et des émotions. Il me semble aussi qu’il y a un fond de culpabilité dû au fait que je n’ai jamais surmonté le traumatisme de ma jeunesse. Je me sens comme un disque (très) rayé. En fait je me sens ridicule à mon âge et indigne (je pense à tous ceux du tiers-monde qui ne se posent pas le 10° de nos problèmes). Seulement voilà, malgré ce jugement moral, c’est ainsi, et sans doute que la personne que je suis, ma véritable nature que j’ai essayé d’oublier dans la dépression, de tuer à coups de médicaments et d’alcool, n’en finit pas d’agoniser et refuse de mourir tout à fait. Il y a, vous l’aurez compris, la personne que je suis véritablement  et celle que je donne à voir, y compris à moi-même. Cette dernière  trouve du travail comme femme de ménage, l’autre sait qu’elle aurait pu être ethnologue ou linguiste ou psychiatre ou autre avec passion. Ce qui me paraît très grave et difficile à expliquer à des personnes qui ne sont pas sensibilisées au sujet dont nous parlons, c’est justement ce renoncement à la passion, ce deuil de soi-même qui fête la Toussaint tous les jours. Indépendamment de toute réussite extérieure c’est une histoire de (non)réalisation. N’avons-nous pas le droit d’être heureux, de donner et d’apporter notre modeste contribution au monde? Si je meurs demain qu’aurai-je fait? Que laisserai-je derrière moi? Quelques amis sincères qui m’aiment sans me comprendre et que j’aime en les comprenant un peu. C’est bien mais c’est tellement peu par rapport à ce que j’aurais pu donner. Quel gâchis ! Le destin des surdoués non reconnus me fait penser à celui des héros du secret de Broadback Mountain: des vies brisées, stérilisées à l’autel de la normalité.

Je voudrais bien aussi réussir à expliquer ce qui à mes propres yeux est difficile à croire: le fait que la destruction d’un jeune surdoué peut être totale et irrémédiable quel que soit son courage par la suite. J’insisterai là-dessus. Un ressort est définitivement cassé, il est au plus profond de l’âme quelque part dans une zone irréparable. Il ne vit pas sa vie, pourtant c’est bien la sienne. Il est son ombre, en deuil de lui-même. Sa vie est une assez mauvaise pièce jouée par des doublures. C’est à son ombre qu’on s’adresse et c’est elle qui répond, il a oublié le son de sa propre voix: qui pourrait l’entendre?

Le « bilan de ma scolarité » est un exercice difficile car n’ayant pas été reconnue il apparait que je me justifie et cherche à apporter des preuves de mon potentiel. Encore une fois des petits faits personnels n’ont-ils pas un intérêt limité?

Ce que je peux dire pour résumer et de façon plus générale, c’est une personne qui a conscience d’avoir un bon potentiel et se retrouve en échec peut le vivre comme un raz-de- marée. Est-ce de l’orgueil? Non, mais l’amour de la vie, la confiance en soi  sont profondément affectés. Il y a autre chose également: le fait que l’on porte tout seul dans le cas d’une auto-destruction la responsabilité de ce qui s’est passé, dès lors comment s’aimer un minimum? En fait le système est profondément inadapté à nos besoins et inversement. J’aurais adoré un apprentissage où l’on me dise: « voilà nous allons aborder telle notion, faites des recherches de votre côté et nous ferons le point après ». J’aurais adoré avoir un précepteur. Que dire d’autre? La non compréhension  de nos besoins affectifs et intellectuels est une maltraitance, un mépris vécus de façon très violente. Ces deux mots étant au sens propre: on traite mal, à côté; on prend mal, on prend son enfant pour un autre. La reconnaissance: je te connais tel que tu es et je te le fais savoir, l’amour: je t’aime tel que tu es sont essentiels pour démarrer dans la vie plus encore chez un jeune hypersensible.  Dans un cas  comme le mien il faut préciser que l’éducation était plus que sévère et ne reconnaissait pas le droit à l’expression des émotions primaires: la peur, la colère le chagrin étaient inacceptables, la joie devait être mesurée. C’est évidemment contre-nature, plus encore chez un enfant hyper émotif. Le drame de l’enfant hors norme c’est qu’il est assez grand pour exprimer des vérités qui sont prises pour des mots d’enfants, des besoins essentiels qui sont vus comme secondaires voire capricieux. (personnellement j’ai pris mon courage à 2 mains pour signifier mon désir de ne plus aller à l’école en fin de CP, le besoin de remplacer mon cadeau de Noel par de l’amour en CE2, la nécessité de faire du sport pour ne pas péter les plombs en 1°… peine perdue. quant à ma tentative de suicide elle s’est soldée par un « ah c’est malin on va avoir la honte à l’hôpital » maternel assez rageur). Ce qui me paraît grave c’est qu’un enfant hors norme n’est pas autorisé à donner or donner est essentiel pour lui. On ne peut donner sa mesure on ne peut donner à manger à son cerveau (je me prends de passion pour le breton en CM2 mais ma mère me retire la méthode pour que je ne prenne pas trop d’avance des cours d’initiation étant promis par la maîtresse…ils ne viendront jamais) au final une fois adulte sa propre nature est tellement déstructurée que même la générosité est atteinte: le cœur est toujours bon mais où l’on n’est pas assez solide pour être utile. Que dire d’autre qui me paraisse important? le non-dit et le déni sont des choses qui vous laissent sans armes. la résilience, j’en suis convaincue est plus facile face à une agression caractérisée, manifeste.Il est plus facile de se remettre d’un coup de revolver que d’une perfusion qui vous envoie une goutte de poison par jour. Le déni et le non-dit auxquels peut faire face un surdoué c’est une intraveineuse invisible difficile à localiser donc quasi impossible à arracher. J’ai pu faire face à peu près à des choses  graves la maltraitance physique et émotionnelle d’une mère perverse jalouse et violente, mais je n’ai pu faire face au déni de la personne que j’aimais et qui m’aimait, mon père. Sa maltraitance, j’ai mis plus de 20 ans avant d’employer ce mot, est d’autant plus forte que je l’adorais elle est d’autant plus forte surtout qu’elle a touché de façon irrémédiable à mon identité. je peux me remettre d’avoir été battue, pas de ne pas avoir été capable de faire des études alors que c’était le sens de ma vie. Évidemment en relisant ces lignes je me pose des questions sur ma capacité de résilience. Mais comment expliquer que d’être encore en vie me semble déjà une victoire en soi, même si elle a un goût absurde cette victoire: je ne m’illusionne pas c’est surtout l’enveloppe corporelle qui reste debout.

 les gens normaux pour qui tout est adapté n’ont pas conscience de leur privilège, s’ils savaient! Je les observe avec envie: ils ont ce confort qui leur permet même de cultiver leur pointe d’originalité. Demandez-leur cependant s’ils sont normaux : »non! » vous répondront-ils car ils ont peur que l’on confonde normal et banal. La norme pourtant ce n’est rien d’autre qu’une donnée statistique sur laquelle se construit une société la norme c’est une chose sur laquelle peuvent cracher les gens normaux comme les riches peuvent cracher sur l’argent; tous les égos du monde, tous les discours vachement rebelles, tous les tatouages, tous les concerts de hard-rock, tous les « moi je suis complètement différent, je mets du poivre dans ma confiture de fraise » ne pourraient rien y faire: c’est un privilège.

Je suis toujours émue par l’agressivité que déclenche la notion non pas de surdon qui est abstraite, mais de surdoué… incarnation d’une menace. C’est comme s’il elle renvoyait avec violence à ses propres « insuffisances » (qui n’en sont évidemment pas) ou à celle de ses enfants. Il y a aussi beaucoup d’ignorance. je ne sais pas dans quelle mesure ce n’est pas chez les gens reconnus comme intelligents qui ont fait de bonnes études et ont bien réussi qu’on ne trouve pas le plus grand rejet. Peut-être jalouse-t-on secrètement avec plus de force ce qui semble à sa portée?  Un enfant surdoué si ce n’est pas le sien, c’est un être agaçant, irritant, à qui  on  clouerait bien le bec comme à un adulte même s’il l’on est éducateur ou instituteur.  une personne normale subit la tension de la norme cela la fait tendre vers quelque chose. une personne anormale subit la pression de la norme, sans un minimum de conditions de soutien autour d’elle,,  cela peut l’écraser. Voilà ce que je pense. Mais après tout quelle importance quand 99% des gens ne sont pas concernés? Je finirai par les paroles d’ « Ah ca ira », chanson d’une période décisive dans la pensée française, la Révolution:

 

« Celui qui s’élève on l’abaissera

Celui qui s’abaisse on l’élèvera. »

 Tout y est…

 

 Le bilan de ma scolarité
Intérieurement elle m’a paru interminable. J’ai eu l’impression que chaque année on consacrait entre un tiers et la moitié du temps à des révisions ( jusqu’en 2°). Avec le recul, deux ans de maternelle, 3 ans de primaire, 3 ans de collège m’auraient bien convenu. …bon c’est une impression.  Extérieurement elle a  effectivement été longue cette scolarité puisque j’ai eu mon bac à 20 ans. (2 première,2 terminale ) avoir mon bac à mon rythme aurait tout changé. Cela ne m’aurait pas épargné les aléas et souffrances de toute vie  mais au moins aurais-je eu la preuve factuelle que je pouvais avoir confiance un minimum en moi. Là j’ai eu la preuve du contraire. Je suis arrivée au bac dépressive, me comportant de façon incohérente dans les épreuves,  fumeuse, boulimique, alourdie de 15 kilos, cassée de toute joie de vivre et de toute curiosité intellectuelle, incapable de choisir une voie, angoissée à cette idée, incapable à jamais de rentrer dans un quelconque formatage de supporter la moindre contrainte, perdue, ne me reconnaissant pas, dépersonnalisée. Avec en prime cette pensée: « est-ce que j’ai rêvé ou est-ce que jai été intelligente autrefois? » plus grave: » Est-ce que je suis folle? » La seule explication que j’ai trouvée et que j’ai gardée des années est la suivante: « voilà c’est ainsi je suis née avec un vice d’auto-destruction ». et puis « ce doit-être mon hypersensibilité qui déforme les choses ». Je n’ai pas fait d’études. L’envie de m’y remettre sur le tard m’a souvent travaillée (j’y reviendrai) mais je m’en sens psychologiquement incapable. Chaque jour qui passe, j’ai l’impression de payer le prix de ce qui s’est passé.

 
Le paradoxe

J’étais une enfant très enthousiaste, aimant la vie, les autres, la nature, me passionnant et approfondissant les sujets d’études que je me choisissais, en parfaite santé. Le sel de la vie, c’était d’apprendre. Etudier était un plaisir, c’est là que j’exprimais le plus mon goût de la vie. Je n’ai pas pu faire d’études…Comment dit-on déjà à L’éducation Nationale? Ah oui: « la même chance pour tous »…Ah non, ils ont changé de slogan: «la même chance pour chacun »…

si je recoupe les dires de mon directeur d’école de CP et ceux de mon instit de CE2, je ne fais pas partie des 99% de la population ça n’a pas d’importance en soi mais ce qui est triste c’est que je fais partie …des 1% du bac C des années 80 qui n’ont pas fait d’études supérieures.  Ce que j’espère c’est que de nos jours une enseignante  qui se dirait « sur les 400 enfants que j’ai vu passer en 16 ans de carrière je n’en ai jamais vu de pareil » se sentirait le droit de faire quelque chose. Pareil pour un directeur d’école qui en a vu passer 750… je sais qu’on n’en est plus là mais je crois qu’il faut se battre très fort, la connerie surtout quand elle se pare d’idéologie est très résistante sa grande force: elle ne doute jamais. je prends le pari que dans 10 ans on entendra encore des choses absurdes.

 

Le fonctionnement quand ça va bien (au début de la vie…)
C’est super. Ça rentre comme dans du beurre pour reprendre l’expression d’un de mes profs. Non seulement ça rentre à la première explication mais c’est déjà compris avant la fin de la première explication. On anticipe sur la fin des phrases on capte au 1/4  de tour et c’est retenu pour toujours.

Le revers de la médaille? il faut écouter patiemment les énièmes répétitions, pendant ce temps là on aurait pu aller plus loin et qu’est-ce qu’on s’ennuie !. c’est encore un paradoxe : n’est-on pas à l’école pour apprendre? pour se nourrir à sa faim intellectuelle? Autre revers: on ne sait pas ce que les mots efforts, travail et réflexion signifient concrètement car c’est comme si le cerveau était indépendant et comprenait tout seul sans effort.
 

 

 

Les faits
 
le langage est parfaitement en place à 2 ans et 1/2 (grammaire et conjugaison précises et adultes). Je me livre à 4 ans à des réflexions (la sagesse, la vérité, la perception du temps, le mouvement, la durée leur lien etc)  je demande à apprendre à lire en maternelle  mon père fait la sourde oreille, c’est contre ses principes d’égalité. Je le tanne. il craque. J ai droit à une première leçon, tout l’alphabet.
une deuxième. tout se passe très bien jusqu’à la lettre « u », que je prends pour un « v ». s’en suit une dispute. résultat des courses: « ma fille, cela fait 30 ans que je sais lire, ce n’est tout de même pas toi qui vas m’apprendre à lire, puisque c’est comme ça tu attendras au  CP comme tout le monde! » J’intègre bien l’interdit de cette éducation psycho-rigide et bien que j’aie des souvenirs de lecture en cours moyen, j’attends le CP comme tout le monde pour m’autoriser à lire.
en CP, je rentre de ma première composition trimestrielle catastrophée: je suis nulle j’ai tout raté. mes parents surpris, doutent. le directeur de l’école leur dira en fin d’année qu’il n’avait pas vu d’élève pareille depuis …la libération soit 30 ans plus tôt! pourtant je suis nulle j’ai tout raté.
en fin de CP je suis heureuse, je dis à mes parents, ce qu’ils s’empressent de prendre pour un mot d’enfant: » ça y est j’ai fini l’école, et bien oui: vous m’ avez dit qu’on allait à l’école pour apprendre à lire à écrire et à compter; je sais lire, écrire, compter je n’ai donc plus besoin d’aller à l’école » grosse déception devant leur réaction hilare: j’en ai pour des années…
en CE2 je suis avec une instit qui m’aime beaucoup
. Elle est pourtant  dans le moule: n’a-t-elle pas sorti, le jour de la rentrée, un laïus bien pensant qui me laisse perplexe sur Chantal une bonne élève avec un an d’avance que ses parents font redoubler parce qu’elle est seulement bonne et non très bonne? (je sens bien ce qui se joue et je suis mal à l’aise pour Chantal et pour la société).  Mais elle m’aime bien, telle que je suis. Elle s’inquiète de mes relations, de mon émotivité, elle me regarde vraiment, elle me reconnait. Elle ne peut s’empêcher de parler de moi avec émotion, semble vouloir me protéger tiens c’est bizarre qu’il y a t il à protéger chez un premier de la classe qui a ses deux parents, enseignants de surcroît? Je crois qu’elle obéit à un instinct. je sais que quelque chose se joue dans son regard que je comprendrai plus tard. comment dire? elle a des cris du cœur en contradiction peut-être avec son idéologie mais en accord avec elle-même et il faut que ça sorte.  je pense qu’elle m’ a tendu inconsciemment des perches. des années plus tard quand je me demanderai si j’ai rêvé que j’avais été intelligente moi la ratée, j’entendrai encore ses mots (j’ai une  mémoire des mots très précise) qui me disent de façon peut-être indécente car publique, que j’ai des années d’avance en vocabulaire qu’en 16 ans de carrière elle n’a jamais vu un enfant écrire de la sorte étant « obligée », c’est son terme, de dépasser le 9/10 ( les mystères de l’Education Nationale de l’époque on ne met pas 10/10 à un enfant en récitation ni en rédaction cette note étant réservée …aux adultes! c’est logique, des fois qu’un écrivain ou un acteur professionnel ait envie de se retaper un CE2…)

Cette même année, mon père, Principal de Collège, prend sa pause-café à la maison un mercredi matin, il reste 10mn et me demande de prendre un papier et un crayon, j’obtempère. S’en suit une dictée. Il relève la copie.  » C’est bien ce que je pensais tu as 20/20″. il repart…. Qu’est-ce que c’était? La dictée du brevet des collèges qui sanctionne le niveau d’orthographe d’élèves qui ont 6 ans de plus que moi…je me dis que quelque chose va peut-être changer, je ne sais quoi au juste ne me sentant pas vraiment de droits, mais non c’est normal, tout va bien, rien ne changera, à part mon orthographe qui n’aura pas cette même note 6 ans plus tard …  

 en CM1 CM2 là tout se joue, et c’est une autre affaire, moi qui ai tellement besoin d’amour et qui en ai déjà tellement peu de preuves à la maison je tombe sur une instit qui ne m’aime pas. Je la dérange; je suis de trop; trop en avance, trop passionnée, trop curieuse intellectuellement trop toujours meilleure partout, trop quoi !  à mon grand désespoir elle est la directrice d’école et s’arrange pour nous avoir 2 ans de suite… la deuxième année sonnera mon glas. Je finis par baisser les bras, je sens bien que je dérange. je sens déjà du non-dit familial, une comparaison sous-jacente avec les personnes de mon âge c’est comme si je faisais du mal malgré moi rien qu’en étant ce que je suis parce que je remets les autres en questions. A cette époque je ressens déjà une question télépathique du genre «mais quand est-ce qu’elle va enfin se planter quelque part » (manque de chance: je suis « multi-cartes » physiquement et intellectuellement) qui sera encore pire quelques années plus tard quand j’ai la bonne idée de devenir jolie (ça n’a pas duré) et d’avoir l’air à l’aise (idem). Ce qui est terrible c’est qu’elle émane de personnes qui par ailleurs m’aiment bien ou sont censées le faire. Oui ça c’est vraiment dur à vivre car moi quand j’aime les gens, je veux qu’ils soient au mieux de leur forme mais apparemment ce n’est pas réciproque.

Bref cette instit va cristalliser les choses. il m’arrive d’ouvrir un bouquin dans mon pupitre pendant qu’elle parle, car non cette année j’en ai marre, je n’en peux plus d’attendre que ça devienne intéressant ça fait 5 ans que je suis polie, elle le sera un peu moins quand elle s’en apercevra. Il se produit un évènement en apparence infime mais en réalité dévastateur chez moi: je décide de ne plus être première à la dernière compo trimestrielle de CM2 je ne perds que quelq ue points cela ne parait pas alarmant mais voilà: cela veut dire que je suis rentrée dans un fonctionnement pervers, auto-destructeur.  c’est un signal d’alarme mais  personne ne l’entend ( pire encore on a des actions chez « Quiès »). bien au contraire mon instit a l’air vraiment soulagée et pour tout dire ravie. mon amie qui est passée première a la grosse tête elle est extrêmement agressive quand je lui avoue que je n’ai pas fait au mieux. bon puisque ça semble arranger tout le monde alors la longue descente n’a qu’à commencer

  
La conscience d’être différent

 
J’aimais beaucoup mes amies. Il ne me serait pas venu à l’esprit de me comparer à elles. J’étais la meilleure en tout factuellement mais il ne me serait pas venu à l’esprit l’idée de m’en vanter, ni même de m’y attarder, je n’avais aucun mérite on me posait une question par écrit et j’y répondais simplement. Je prenais mes amies pour ce qu’elles étaient des petites filles  que j’aimais et qui  m’aimaient. J’avais en revanche conscience que je ne pouvais tout partager avec elles: elles ne seraient pas restées des heures dans une bibliothèque alors on jouait au gendarmes et aux voleurs et après j’allais à ma bibliothèque. Je me souviens de la gêne que j’éprouvais devant les émissions de télé dites pour enfants telles Casimir. Je ressentais un malaise comme une honte et je me disais en substance « ah c’est comme ça que vous voyez les enfants? vous nous prenez pour des cons » . Mais mes amies et les sœurs de mes amies, bien plus âgées, adoraient… alors je regardais pour leur faire plaisir sans faire de commentaires.
je me prends humainement une grosse claque en CM2 lorsque j’avoue en récréation que j’ai fait en sorte de ne pas être première pour la première fois de ma vie: mes amies réagissent de façon violente. J’atterris. je ne les voyais pas comme des rivales mais elles si ! gros décalage. mon aveu les vexe profondément il est irrecevable pourtant il est vrai…

 Un autre détail parmi d’autres qui me revient. Je reçois ma cousine qui est élève au collège, brillante en français. elle a une rédaction à faire pour la rentrée de Pâques et me supplie de l’aider, devant mon étonnement » je ne suis qu’en CE2″ elle insiste: « si c’est toi qui le fais je suis sûre d’avoir une meilleure note »! je trouve ça étrange, ça me contrarie  mais j’obtempère: elle a une excellente note dont ses parents sont très fiers sans être au courant du subterfuge. les miens le sont mais trouvent ça normal…moi je me doute bien que je ne le suis pas mais bon, j’ai l’habitude.

 Bon des anecdotes, j’en ai plein, je ne vais pas toutes les citer mais je m’en rappelle une autre. En cours de récré en 3°, un copain me voit les mains dans les poches, tout le monde révise le test national d’anglais de fin de collège: « tu révises pas? Ah oui c’est vrai t’as pas besoin toi ». J’aurais 98/100 sans réviser, du reste en anglais je ne fais qu’écouter mais ne me lasse pas car c’est de la musique, (96,5 mais je n’ai pas osé réclamer le point et demi oublié par la prof). La prof s’étonne des résultats d’une surdouée reconnue, un an d’avance, excellente et bosseuse, qui a…93.

 

La passion

 tout est source de passion, l’histoire, les indiens d’Amérique, à 9 ans je connais par cœur et avec beaucoup de précision toutes les essences du grand et vieux parc  sur lequel le collège de mon père est implanté j’adore les arbres, j’aurais autre chose sous les yeux il en serait de même. On me cherche partout à la fermeture des musées qui ennuient paraît-il les enfants…ben oui mais la vie des paysans de la creuse dans les années 50 au musée de Guéret j’adore.  

 
Les résultats

J’ai joué le jeu pendant les premières années. 1° de la classe jusqu’en CM2. Félicitations du conseil de classe jusqu’en 5°. (très) bonne élève jusqu’en 3° avec déjà quelques signes apparents de régression. Irrégulière en 2° avec quelques coups d’éclats. Je commence déjà à déprimer et à me déconnecter vraiment. Tout ce qui est scolaire me dégoûte. Je ressens le besoin de m’éloigner d’une scolarité classique et tellement pesante et demande à faire une première sport-études ou artistique pour prendre un peu d’air, j’étouffe. Comme cela m’est refusé par mes parents, je choisis une filière scientifique dans le but de faire psychiatre étant déjà personnellement sensibilisée aux souffrances psychiques dont il me semble que la société n’a que faire. On me laisse passer en disant que je n’ai pas du tout travaillé mais que je suis douée. En première je refuse tout, n’apprends rien, sors ma console de jeu en interro de maths devant un prof navré mais impuissant. Ce qui aurait pu passer avec des matières littéraires où je peux vivre sur mon talent et mon oreille même distraite ne passe pas : les maths ça ne s’improvise pas, il faut au moins connaître les définitions de base: je redouble. Le bac de français est catastrophique je fais n’importe quoi, je le sais je refuse tout( même ma prof de piano qui veut me faire passer des concours nationaux s’arrache les cheveux). La terminale C se passe comme toujours depuis quelques années de façon très irrégulière. Le jour des épreuves je me coule toute seule. Je me rappelle avoir passé 2h30 sur une question à 1point …sans succès. Une force négative me submerge. Une force que je sens depuis des années et qui hurle « au secours! ».
Je vais au rattrapage. Là encore devant des profs médusés et chez qui je ressens un mélange de mépris et d’étonnement je fais n’importe quoi. Je refais donc une terminale. Je finis par avoir mon  bac sur les rotules non sans avoir songé à partir, mon père me retenant avec dureté.
 

 Le redoublement

Chez tout enfant cela laisse des blessures, mais chez un surdoué c’est une histoire de fou. c’est une contradiction impossible à gérer. il y a la conscience très nette qu’on serait plus à son niveau d’apprentissage avec quelques années d’avance et là  on redouble. Le regard des autres change. les profs dont c’est pourtant le métier vous regardent comme  redoublant. très peu vont au-delà. je me rappelle, redoublante  de première la réflexion d’un camarade « mais tu as l’air vachement douée, comment ce fait-il que tu aies redoublé? » et la réponse d’un autre qui m’aimait bien: « à ton avis si elle était si douée pourquoi est-ce qu’elle aurait redoublé? » . Je n’en ai pas voulu à l’ami qui a répondu ça j’ai simplement pensé avec tristesse qu’il reprenait à son compte la pensée de la société. Sa réponse était imparable. les profs ou instit m’ont d’abord vue comme quelqu’un d’exceptionnel, puis comme quelqu’un de brillant, puis comme très bon, puis bon, puis qui pourrait bien faire en travaillant, puis qui pourrait assez bien faire (euh en travaillant beaucoup peut-être?)  sans parler de ceux dont vous détruisez des inepties scientifiques (sciences physiques: avec le théorème ça marche, mais pas avec le sous-théorème non: euh.. t’as pas fait une faute de calcul M. Einstein?) mais qui vous prennent pour une débile…euh on parle pourtant de la même personne?
 
Le fonctionnement quand ça commence à déraper

quand le psychisme craque l’intelligence ne répond plus. Ou alors de façon inattendue. En première je faisais du grec ancien depuis 3 ans. Je n’avais pas bossé, et je l’avais apprise comme une langue vivante : en écoutant tout en remplissant mon livre de croquis car il était illustré de sculptures magnifiques. Total, beaucoup d’intuition mais pas de bases aussi solides qu’un bosseur scolaire. Il suffisait que la prof dise « bon je vous donne cette version mais elle est très difficile, ca m’étonnerait que vous réussissiez, c’est juste un test, ne vous étonnez pas si vous n’avez pas la même note que d’habitude, on verra à la prochaine», pour que je sente quelque chose en moi qui se réveille et que j’aie une excellente note, le reste de la classe se plantant. En maths en Terminale C j’avais une prof très brillante, agrégée, passionnante. Il suffisait qu’elle dise: « celui qui trouve cette réponse à un carambar car la question ne figure plus au programme c’est juste en truc en plus pour voir » pour que je trouve intuitivement la solution, en géométrie pure, très rapidement, en général j’étais la seule. Je raconte cela car je trouvais cela frappant : mon cerveau semblait se réveiller vraiment, je le voyais bien, sous l’effet du défi et du carambar deux choses ludiques débarrassées de toute pression juste pour le plaisir. Avais-je la meilleure moyenne dans ces deux matières? Non, loin de là mais je constatais que le fonctionnement réel de mon intelligence ne devenait possible que lorsqu’on me disait « c’est impossible » ah le grand pouvoir du « t’es pas cap »! cela ne m’empêchait pas de douter de mes neurones, moins efficaces avec des consignes normales. Simplement cela me frappait car c’était systématique. (j’ai du avoir 5/20 au bac mais j’ai mangé beaucoup de carambars…). En revanche quand il fallait rentrer dans un exercice scolaire comme celui que je détestais et dont je ressentais profondément le formatage intellectuel: la dissertation, j’étais perdue. Je sentais un décalage énorme entre la vitesse de ma pensée et celle de mon écriture. Lorsqu’une phrase s’achevait j’étais déjà passée à autre chose il me fallait donc réécrire cette phrase car elle était nuancée par l’avancée des idées. Il me paraissait insensé et impossible de classer les idées par ordre d’importance puisque tout me paraissait important. Je pouvais pinailler sans fin sur une seule phrase, incapable de lâcher du lest et de me satisfaire d’un compromis. Je trouvais cet exercice thèse, anti-thèse, synthèse, déconnecté de la réalité de la pensée, artificiel et sans rapport avec la matière. Le seul exercice que je trouvais en rapport avec la matière littéraire était le commentaire composé. Pourtant l’exercice roi scolairement c’était la dissertation. Ah bon c’est ça le français? C’était bien la peine d’avoir des poètes géniaux…
 

  
Ma vie d’adulte

 Incapable de me laisser aimer, comment le pourrais-je moi qui me suis coupé la tête pour faire plaisir, je n’ai pas eu d’enfants alors que je les adore…beaucoup de choses me font souffrir dans le monde mais je ne me sens pas capable d’aider.

Je me sens incapable d’étudier, intellectuellement je n’ai rien fait.

j’ai l’impression que j’ai vécu ma vie comme un naufragé sur une planche au fil de l’eau je voudrais bien redresser la barre mais il ya longtemps qu’il n’y a plus de navire et je vois l’âge du capitaine qui s’accroità quel moment suis-je paix dans la vie? À la tombée de la nuit car je pourrai dormir et oublier demain sera un autre jour. Mais le lendemain c’est la même histoire. Des années de souffrance dont je n’ai pas envie de parler. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: j’ai été heureuse en 1990. (circonstances exceptionnelles je vis en tribu kanaque) bon une année c’est mieux que rien. Heureusement que je l’ai vécue.

 

Comment je me suis vue

 Comme quelqu’un qui avait eu un très bon cerveau étant petite mais qui avait perdu ses neurones. à ce propos, moi je donne ma main à couper (ma tête je ne peux pas c’est déjà fait!) que le potentiel, contrairement à ce qu’on dit, peut-être atteint par trop de souffrance. Comme quelqu’un qui n’a aucune intelligence de la vie. comme quelqu’un de très seul malgré de belles amitiés qui se pose manifestement des questions que la sagesse des autres ne se pose pas. Et malheureusement malgré du courage, cela je m’en accorde autant que de lâcheté, comme une personne profondément incapable de digérer et de cicatriser ce qui me pose beaucoup de questions et remet en cause le peu de bien que je peux penser de moi.

 

Mon père ce héros…de l’Education Nationale

 La loi c’est la loi et c’est la même pour tous. Surdoué est un terme ridicule (c’en était un lui-même) qui renvoie à l’élitisme qui lui-même renvoie au nazisme. Mon père était très intelligent curieusement les seules fois où il était complètement idiot c’est quand il parlait d’éducation, ce qui m’a toujours fait dire que l’idéologie vient à bout de tous les neurones quand elle s’y met. Il était bon il est devenu maltraitant.  

Sa fille doit faire comme les autres, il n’y a pas de raison. En même temps il parait qu’il est très fier de moi mais a peur d’avoir la grosse tête et évite donc de parler de moi.

Pendant un temps cependant, le décalage lui parait si fort qu’il songe sérieusement à contredire son idéologie. (je l’apprendrai des années après sa mort de la bouche de ma mère) mais cette dernière (l’idéologie pas ma mère qui paraît-il n’était pas contre) aura le dernier mot. L’argument imparable que j’ai encore entendu dernièrement chez une instit c’est qu’il ne faut pas faire sauter des classes à un enfant car cela le priverait de jeu et que le jeu est constructeur. l’enfer comme d’habitude est pavé de bonnes intentions et d’une profonde ignorance de la réalité. apprendre chez certains enfants est en effet le jeu par excellence celui dont on retire le plus de plaisir et de construction.  mais bon, j’irai en enfer et la bien-pensance gardera ses ailes de plomb.

Quand je commence à déprimer au lycée et que je ne me reconnais plus intellectuellement voici « l’aide » que mon père (passionné par l’orientation selon ses dires!) m’a apportée :

« ma fille tu as été à l’école comme tout le monde. tu as donc appris, comme tout le monde, la fable du lièvre et de la tortue. mais tu n’en as pas tiré la leçon: tu as été le lièvre, à toi de savoir faire la tortue. » outre que j’apprends que je suis une sotte car je ne sais pas tirer les leçons des fables contrairement à tout le monde,  on me confirme qu’il faudrait que je sois quelqu’un d’autre et que tout est sous ma seule responsabilité ! cela ne t’as pourtant pas échappé mon cher papa je me suis cassé les pattes je me sens très coupable d’être sur terre, et je n’aurai jamais  de carapace…je note au passage que tu sais qui je suis même s’il te faut pour cela employer une image car ça n’engage à rien ce n’est qu’une image n’est-ce pas? je crois avec le recul qu’il a fallu de la force à mon cerveau pour ne pas sombrer dans la folie de ces informations contradictoires. entre parenthèses et de façon prémonitoire lorsque que j’ai appris cette fable je ne l’ai pas trouvée sage, je l’ai trouvée profondément cruelle et absurde, ce lièvre dont tout le monde se rit me mettait les larmes aux yeux….

 vers 25 ans très déprimée consciente que je me prépare à une vie d’errances et qu’il faut peut-être surmonter le problème j’écris à la seule personne qui me connait vraiment selon moi, mon père. Je lui écris une lettre dans laquelle je lui fais part de mon intention très angoissée mais réelle de reprendre des études. Cette lettre, devinant l’agressivité d’une culpabilité parentale refoulée, je l’écris avec précaution en précisant bien qu’il n’y a aucun reproche mais un besoin de vérité pour pouvoir repartir dans la vie.  Je  lui demande s’il m’a aimée (moi qui l’adorais) et pourquoi il ne m’a pas aidée un peu, je lui demande si je suis folle ou si j’ai bien été surdouée. Je n’aurais jamais dû faire cela c’était mettre ma vie entre ses mains, ses grosses mains d’idéologue. la réponse m’a été fatale et a décidé de la suite de ma vie. Elle m’a mise KO, incapable de me relever pendant des années. Cela parait sûrement incompréhensible pour quelqu’un de normalement et solidement construit mais c’est vrai. Je l’ai reçue véritablement physiquement comme un coup en plein cœur j en ai encore la sensation. je n’étais pas surdouée (donc j’étais folle) le passé était le passé et il avait fait ce qu’il avait pu. Sans doute aurais-je dû éviter de mettre un gros mot « surdoué » dans ce courrier. Peut-être aurais-je du me cacher derrière La Fontaine? En tous cas c’est la seule fois où j’ai osé en parler. Avec le recul quelle aide pouvais-je attendre de quelqu’un qui s’écrie avec colère à un enfant de maternelle « tu attendras le CP comme tout le monde! » un petit enfant mérite-t-il une telle colère? Mon père est mort 4 ans plus tard. il aurait pourtant suffi d’un mot, un seul mais il ne serait jamais sorti de la bouche d’un historien de formation passionné par la Révolution Française. quelle aide pouvais-je attendre d’un père qui dit à son ado malheureuse qu’elle n’a qu’à faire la tortue? (la tortue n’en a pas l’r mais c’est de la torture…bon ça fait du bien un petit jeu de mot) il n’y a rien de pire que le déni. il fait perdre un temps fou, l’adjectif est juste, et précieux en terme de reconstruction. il arrive un temps où la reconstruction n’est plus possible. la blessure ne se referme pas avec les ans elle est plus profonde simplement on ne la voit plus la peau s’est refermée. elle suit son évolution à l’intérieur d’un gros hématome qui s’appelle le cœur.

 

 Peut-être une seule phrase vous sera-t-elle utile? Moi je sais que dans ma vie certaines phrases ont compté alors que formulées autrement elles ne me faisaient pas d’effet.

Merci beaucoup Bleuenn, mais je vais livrer à mes lecteurs un peu plus qu’une seule phrase ! 
Avez-vous eu un test de QI à un moment de votre vie ?

Je n’ai jamais passé de test. Sincèrement je me demande si l’on peut quantifier l’intelligence de cette façon. Il paraît que cela quantifie un écart par rapport au reste de la population. Des preuves d’un écart très important par rapport aux gens de mon âge j’en ai eu plein étant jeune alors…quelle importance cela ne m’a fait que du mal.

 

Pensez vous que si votre avance intellectuelle avait été mieux prise en compte, vous auriez pu accomplir de grandes choses ?

L’accomplissement / la prise en compte de ma différence
comme je vous l’ai dit, mon avance n’a pas été mal prise en compte, elle n’a pas été prise en compte du tout, pire elle a été déniée, ce qui est encore plus ravageur psychologiquement « je sais, je sais que tu sais, je sais que tu sais que je sais, mais on va faire comme si on ne savait rien »…  j’insiste car cela me parait important.
 
Votre question est difficile: aurais-je fait de grandes choses? Spontanément je dirais : »oui bien sûr car l’enfant que j’étais comprenait à demi-mot, avait une mémoire très solide, était passionnée par la connaissance, avait un gros cœur ». Dans l’idéal le but d’une éducation est d’élever un être jusqu’à ce qu’il atteigne son propre niveau. Dans le 1/3 monde élever son enfant pour qu’il atteigne sa taille physique programmée génétiquement est déjà une victoire. Je culpabilise de savoir que je souffre alors que certains sont prostitués, meurent de faim ou sont en prison pour leurs idées. Mais justement, si l’on m’avait laissé le droit d’être moi-même, je sais bien que j’aurais pu être utile. Croyez-vous que je puisse être utile, actuellement au chômage, rejetée par atypisme, non diplômée? C’est cela le plus gros gâchis, priver le monde de cerveaux, le monde en a bien besoin et la France qui aime bien donner des leçons, pourrait y réfléchir, elle qui a les moyens d’encourager l’intelligence de ses enfants. La France en finira-t-elle jamais de couper des têtes? Il me semble souvent que la pensée française est perverse, je repense souvent à cette phrase de Voltaire, un génie qui s’est fourvoyé dans la mode du théâtre et qui sans cela nous aurait livré beaucoup plus: « l’hypocrisie est l’hommage que le vice rend à la vertu ». Nous faisons semblant d’être vertueux,…nous coupons des têtes. Pour en revenir à ma petite personne, et à votre question, parler 50 langues ne m’aurait pas fait peur, défendre les langues menacées encore moins car c’est un devoir humain essentiel quoique totalement méprisé, mais cela n’a pu être mon chemin car j’ai du payer la taxe au surdon, la payer trop fort, la payer trop jeune.

 

Envisagez-vous vous concentrer sur des études aujourd’hui ?
  
la possibilité de reprendre des études
Franchement comment faire quand on a une méfiance allergique en l’éducation nationale?

 

Pensez-vous que votre potentiel soit toujours présent ?

 La question du potentiel
 
comme je l’ai déjà écrit je pense qu’il a été atteint et j’ai passé la quasi totalité d’adulte à croire que mes neurones avaient disparu. Vers 35 ans cependant je fais 4 stages intensifs de breton (40h/semaine) l’apprentissage se passe pour moi dans des conditions idéales: pas d’autre enjeu que d’apprendre pour le plaisir avec des collègues et des profs sympas. Il m’arrive un truc incroyable: « mes bottes de 7 lieues » comme je les appelle, sont revenues, sensation étrange il me semble que j’apprends de plus en plus vite au fil des jours et à un moment donné ma vitesse me fait peur car j’ai l’impression de n’avoir pas le contrôle! cela me rassure d’un côté mais en même temps je me dis que c’est peut-être un accident, un réveil momentané de mon cerveau…je note avec amusement que je revis en accéléré les réactions des autres (rejet étrange d’un prof qui ne conçoit pas que je puisse ne faire qu’un seul stage niveau 1 alors qu’on en fait 3 ou 4 en moyenne, encouragements et compliments très forts d’autre part, je dois dire que j’ai entendu le mot surdouée) mais cette fois-ci j’ai le recul d’une adulte tout cela n’ a guère d’importance. Une autre situation, un consours, va me faire comprendre qu’il me reste suffisamment de neurones pour aller très vite (avaler en 2 mois et demi un programme d’un an) mais que je suis incapable de me plier au formatage.

Que vous dire d’autre? Ce n’est pas intellectuellement mais psychologiquement que je me sens incapable de reprendre des études. Je prends mon courage à 2 mains et m’inscris en fac d’histoire par correspondance il y a 2 ans. à la première marque d’illogisme de la part du système j’envoie tout promener. Le seul devoir que je remplis en un jour est un devoir de grec ancien dont les phrases de version ne me posent pas de problème bien que je n’ai pas étudié cette matière depuis 25 ans…

En conclusion, pour répondre à votre question honnêtement je suis obligée encore une fois d’en passer par des faits précis qui donnent tort à mon impression première, à savoir que mes neurones ne fonctionnent plus comme avant. Comment savoir cependant? Le même potentiel dans de bonnes conditions à savoir dans des conditions qui l’auraient laissé s’exprimer dans sa jeunesse se serait certainement entretenu et réalisé, mon cerveau s’en serait mieux porté, se serait aiguisé dans le travail. Je pense sincèrement qu’il a été atteint par trop de souffrance mais je sais aussi qu’il en reste visiblement suffisamment pour raisonner. Simplement qu’en faire? il semble affamé et je n’ai d’autre nourriture à lui apporter qu’une introspection.

Ce mal qui s’empare de vous enfant, vous êtes trop jeune pour l’affronter, vous faites donc comme vous pouvez, mais une fois que le mal est fait c’est quasiment impossible d’y remédier car les diplômes conditionnent nos existences d’occidentaux, or dans un cas comme le mien, d’auto-décapitation, l’école commence à être un peu intéressante en 1° c’est à dire qu’elle commence à vous donner à manger quand vous êtes déjà devenue anorexique et rebelle au système : il est  trop tard. à un âge où vous êtes censé vous construire vous êtes déjà détruit. D’où une vie d’errance avec une allergie foncière à ce pour quoi vous êtes fait : l’étude, c’est à dire les études.

 

 En voulez vous plus au système ou à vos parents et plus à votre père ?

 En vouloir est-ce le bon mot? Disons que c’est la faute à pas de chance, je ne suis ni  née dans la bonne famille ni dans le bon pays ni au bon moment du point de vue d’une anormalité intellectuelle et émotive. Spontanément, dans mon histoire, j’en veux plus à l’idéologie. Mon père évidemment était victime de cette idéologie dominante mais je crois aussi qu’il y avait une énorme part de narcissisme en lui, c’est d’ailleurs pour cela que l’idéologie pouvait avoir prise: « je serai parfait, j’apporterai à mes idées la preuve que je les soutiens jusqu’au bout et que je suis irréprochable, cette preuve irréfutable sera le sacrifice de ma fille ». (De toute façon pourquoi avoir des états d’âme, une intelligence réussit toujours) …votre question est difficile, le même père médecin n’aurait sans doute pas vu d’ombrage à ce que j’aie mon bac à 14 ou 15 ans. tout ce que je sais c’est que de tous temps, il y a eu des parents qui aimaient leurs enfants plus qu’eux-mêmes ou que leur confort (cf « ordinary people » ou « Billy Elliot »). Donc finalement, pour votre réponse, je crois que c’est mon père, la personne que j’aimais le plus au monde, qui porte malgré tout le plus de responsabilité car il était au cœur du système et si le système n’avait pas d’amour, lui aurait pu en avoir.  Car pour finir c’est une question d’amour: aimer l’autre tel qu’il est dans sa différence, aussi dérangeante soit-elle, et lui laisser le droit de vivre son destin. Le sacrifice d’un enfant surdoué, s’il est volontaire, est inutile. La norme ne s’en porte pas mieux car même si cela la rassure momentanément elle aura toujours besoin d’écouter du Mozart. C’est paradoxal et c’est absurde.
 
UNE REFLEXION
Par ailleurs, je voudrais aussi dire que je ne prends plus d’antidépresseurs depuis que j’ai fait pleinement le deuil de mes parents et que donc, ce faisant, j’ai remis un mot tabou sur mon problème de fond. Le mal de vivre qui ne m’a pas quitté depuis ma première dépression à 16 ans, ce mal de vivre que les médecins n’arrivaient pas à m’aider à vaincre, c’est le mal de ne pas vivre sa vie. On fait le diagnostic d’une dépression, le mal de vivre du surdoué c’est en fait le Canada Dry de la dépression. Mêmes symptômes, même puissance, mêmes conséquences  mais ne nécessitant pas les mêmes remèdes, la même approche. passer à côté des caractéristiques émotives et intellectuelles d’une personne à haut potentiel  c’est passer à côté de son mal-être et donc de son bien-être sa « guérison ». Voyez-vous cela fait presque 30 ans que je me bats, à 16 ans j’ai dû chercher seule dans un dictionnaire les mots « dépersonnalisation » (une intuition de langage) et dépression (un mot maternel sans autre explication). Une force en moi me pousse à ne pas abandonner tout à fait et je crois que si je n’ai plus besoin de cachets c’est parce que je m’autorise à employer un gros mot, ce mot qui écorchait le bouche de mon père: surdouée, c’est à dire « ni tout à fait la même ni tout à fait une autre »  pour reprendre Verlaine….

 

Merci beaucoup pour ce témoignage. Je n’ai rien à y ajouter. Tout est dit.
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77 Comments pour Bleuenn

bleuenn | 29 mai 2013 à 16 h 00 min

Merci à vous trois pour vos messages.
Nadine, j’ai de l’admiration pour tout le travail d’information que vous fournissez sur votre site.
Karen,vous êtes si fidèle! et vous avez bien raison il faut savoir changer d’angle de vision.pardonnez-moi quand même ce « moi qui ne suis rien » qui même s’il est sincère a quelque chose d’indigne et vous a inquiétée.
Anémone: « Il y a une injonction intérieure puissante qui vous retient, cela se sent, quelque chose suspendu au dessus du vide, qui attend une grande décision ». vous tapez dans le mille…cela fait 30 ans que j’ai appuyé sur la touche pause et que je ne retrouve pas la touche play. car la touche n’est pas dans la compréhension ni l’analyse mais dans le coeur.(ce que j’appelle l’hématome avec un ressort cassé tout au fond)
j’ai commencé hier une thérapie avec une psy qui connait la surdouance et je vais essayer de croire que j’ai un avenir, c’est difficile pour quelqu’un qui se croit déjà mort mais j’espère y arriver. si j’y arrive ce sera aussi grâce à ce site qui m’a permis de m’exprimer enfin librement sans peur du rejet,du déni. c’est un étape importante d’être compris et entendu. ensuite il faut arriver à tourner la page et réparer ce qui reste en vie…
merci encore donc.

Nadine Kirchgessner | 14 juin 2013 à 13 h 00 min

je n’ai pas pu répondre avant…bleuenn, vous faites bien d’avoir commencé une thérapie , c’est essentiel. dans quelques temps vous verrez l’avenir sous un nouveau jour et une nouvelle clarté vous éclairera, j’en suis sûre. j’espère que vous trouverez un professionnel à votre mesure et qui sera en mesure justement de vous comprendre et de vous aider.
je m’aperçois un peu tard que je n’avais pas répondu à anémone…qui nous a écrit un formidable commentaire…mais les interactions sur cette page sont salvatrices…merci à toutes !

chivrac marc | 3 juillet 2013 à 22 h 54 min

bonjour bleuenn,
ma vie ressemble à la votre à cette différence,que j’ai eu la chance de faire l’université et de pouvoir y obtenir une licence d’histoire,j’ai été champion d’athlétisme.Mais je trâine ma vie comme un boulet,j’ai un entourage médiocre,incapable de comprendre,je me sens tellement inutile.J’ai souvent des pensées suicidaires,il difficile de parler de la douance dans une famille sans ouverture d’esprit,partir sur une île avec tous les surdoués,mon rêve depuis toujours.JE VEUX BIEN VOUS AVOIR COMME AMIE BLEUENN;chivrac.marc@neuf.fr.Amitiés sincères
marc

Julien | 19 juillet 2013 à 18 h 30 min

Bleuenn, c’est un de mes élèves qui m’a emmené vers ton témoignage ( je suis « prof » de dessin ) car il y trouvait de nombreux points communs.
Je dois avouer que ce dernier n’avait pas tout à fait tort, et je me manifeste ici car je pense que tu as ( et donc ainsi lui aussi ) réussi à me faire prendre conscience de nombreuses choses.
Sachant l’effort que cela demande de se mettre  » à nu  » comme tu l’as fait, je tiens à saluer ton courage et à te remercier.

Cordialement,

Julien

celine | 7 novembre 2013 à 23 h 06 min

Bonsoir,
J’ai lu avec attention tous ces témoignages et j’avoue me sentir un peu moins seule. Je ne peux pas me délecter de percevoir toutes ces souffrances chez vous Bluen mais je me reconnais également un peu dans votre expérience. J’ai eu une expérience différente dans ma famille. Si mes parents ont toujours pourvu au besoin matériel de mon frère et moi, j’ai passé mon enfance à les regarder s’entredéchirer, à les entendre se battre. Je rêvais petite que mes parents divorçaient car j’aime les deux mais pas lorsqu’ils sont ensemble. Ma grand-mère m’a en partie élevée, elle ne m’appréciait pas beaucoup, car j’étais trop insoumise, rebelle, tétue…
Ce que je veux dire c’est que ce climat m’a chargée… Pourtant je n’en veux à personne, çà m’a pris du temps. J’espèrais fuir cela en allant à l’école où je me disais, je ne les entendrais pplus se battre et j’apprendrais… Je me suis trompée. De bonne heure, je me suis mise à faire exprès de faire des fautes de grammaire, en me disant ils vont bien s’apercevoir que cela ne va pas… Erreur, mes notes étaient quand même bonnes… Ensuite ado, 13 ans je me sentais déja dépressive, pas de troubles alimentaires à proprement parler mais l’alcool, le cannabis… Je ne peux pas regarder la photo de mon permis sans que tout cela me revienne dans la face… Ah oui je ne conduis pas, j’ai peur… des autres. Ensuite, flash back, j’avais 6 ans, je me suis dit lors d’une altercation entre mon père et ma mère: « je ne les supporte pas, mais je sais que je dois attendre d’avoir 18 ans pour partir »… Après une enfance en demi teinte et une adolescence à la déglingue, 18 ans je suis partie avec quelqu’un qui m’a battue, moi qui voulais éviter de reproduire le schéma familial, j’en ai fait un mauvais film, série B; Pendant 7 ans je suis restée à subir, je suis partie 20 fois et la 20ième fois à été la bonne… J’ai pris des coups, mais le pire ce sont les humiliations intimes insidieuses « comme des gouttes de poison » qui pervertissent tout. J’ai vu des psys, fait des tests de QI, parcequ’on me l’a proposé, çà ne me serais jamais venu à l’idée… Et je me suis dit et alors, ce résultat me rend-t-il heureuse? NON!!!!
Il y a peu de temps j’ai vu une psychologue qui a remis le doigt la dessus en me posant des questions sur l’école et là je me suis dit, ah oui effectivement je suis comme çà… Je suis allée voir cette personne car je m’automutile.
Toute ma vie j’ai fait cela. Les drogues citées, puis j’ai arrêté car je me disais que ce n’était pas normal. Aprés avoir passé ma scolarité à me saborder pour avoir l’air comme tout le monde. Bleuenn tu décris cela si bien que je me suis revue assise sur les bancs de l’école mais surtout du collège ou lycée et c’est pour cela que je témoigne. Et je trouve ce site intéressant. Là je suis au chômage, j’en profite pour faire du sport, pour me fatiguer et ne plus penser. Chez moi l’automutilation a pris une forme, depuis 4 ans environ, je m’écorche, je me pique pour m’enlaidir. C’est idiot je sais bien mais je fais cela car pour vous dire et je ne sais pas si mon témoignage sera accepté. Un jour une rencontre majeure, de celles qui te font voir le soleil, un ciel propre bleu, limpide et dégagé. Au début tout allait bien, je me suis dit, (j’avais peur vu mes antécédents et tout) voilà mon rêve du prince de mes huit ans, une image précise que j’ai eu à la piscine à cet age, elle prend forme 20 ans plus tard, quelqu’un comme moi, qui ne me mettait de pression, qui s’exprimait comme moi, par la musique, et je me suis dit enfin, toute ma vie j’avais attendu cette rencontre… Et patatras, des gens se sont mélés de çà, je ne voulais pas me sentant fragile, et tout est parti en vrille. Cela fait 7 ans maintenant, mais j’ai besoin de recoller les morceaux, tous ces fragments de moi dispersés qui enfin s’étaient retrouvés recollés, à leur juste place simplement… Mais effectivement quand on est laminé profondément la résilience ce n’est pas si facile… Il faut se battre… C’est difficile. J’ai pris conscience de l’importance du travail, des efforts plus exactement en apprenant à nager, adulte, avant je ne savais ce que c’était, je disais toujours oui j’ai travaillé alors que en 5 min j’avais toujours fait ce que les autres faisaient en quatre heures… A l’école, professionnellement, je suis également abonnée aux boulots alimentaires, pas que j’en ai honte mais je me sens également inutile dans un bar, à l’usine dans un magasin… Et j’ai bien du mal à trouver une place socialement, pour tout dire je me sens très isolée. Ce que je veux dire avec ma façon peut-être bête et égoïste c’est qu’il faut se battre pour ce que l’on croit, c’est dur mais je crois que çà vaut le coup. La vie vaut le coup d’être vécue… Malgré la souffrance. Pas de recette miracle hein… Le yoga et le sport m’aident… Mais ce n’est pas gagné encore, je travaille à essayer d’être heureuse tout en ne sachant rien faire comme tout le monde, cà comporte des écueils des frustrations, belle image du lièvre et la tortu(r)e. Mais je crois qu’il faut se battre pour ce que l’on croit, tant pis pour les autres… Et je dis çà en ayant parfaitement que j’ai un toit, le ventre plein, internet, sinon je ne serais pas là… Alors que des millions n’ont pas le 1/4 du millième de ce que j’ai et doivent se battre pour simplement survivre. Mais juste tout ce que j’ai lu m’a touchée et je me suis sentie proche de ton expérience Bleuenn parfois. Pardon d’avoir écorché ton nom. Merci pour ce beau témoignage, poignant en fait et j’espère que tu t’es mise à écrire car je trouve que tu as un vrai talent pour cela. Beaucoup de courage à tout le monde et merci pour ce site intime. Pardon si je vous ai choqués avec mes histoires. Pardon si vous me trouvez débile, j’avoue ce soir cela a été une pulsion d’écrire une partie de mes ressentis que Bleuenn a si bien fait résonner… Toute ma gratitude et ma reconnaissance pour ce que vous avez tous dit avec humilité, je trouve cela rassurant et rafraîchissant

celine | 7 novembre 2013 à 23 h 26 min

Désolée pour les fautes et oublis/ Concernant l’automutilation je me punis de ce que je suis illusoire… Parceque j’ai torpillé une relation avec une personne magique pour moi mon petit soleil. Et je ne veux pas plaire aux autres du coup, c’est bête hein, mais je travaille sur cela pour le moment. C’est à dire à régler cela le plus sainement possible pour moi et pou lui. Je pense qu’il faut une petite dose d’égoïsme pour ensuite être disponible pour les autres. Une huitre agressée par un grain de sable sécrete de la nacre pour fabriquer un perle, ronde dure et précieuse. Je ne sais pas s’il est approprié de faire cela ici. Mais mon ouvrage de chevet est IMPARFAIT LIBRE ET HEUREUX de Christophe André. Car je pense que d’autant pour quelqu’un qui n’est pas dans la norme, il est important de travailler sur l’estime de soi. Sans être arrogant ou prétentieux, au contraire, je pense que ce cheminement éclairé peux nous permettre ensuite d’être un réel secours pour tous les humains, nous personellement puis les autres qui ont plus ou moins besoin d’aide. Pardon si je vous ai saoulé au revoir. Prenez tous bien soin de vous xxx

bleuenn | 19 novembre 2013 à 20 h 42 min

Bonjour Marc et Julien et Céline,

Marc, je vous écrirai un petit mot prochainement. Julien votre message est positif: il confirme que les témoignages peuvent être utiles. Merci à toi.
Quant à toi Céline, je voudrais t’aider mais je ne sais comment m’y prendre. Si jamais tu n’es pas complètement rebelle ou si tu arrives à mettre ta sensibilité épidermique de côté peut-être peux-tu te remettre à des études qui t’intéressent? Ta curiosité intellectuelle qui ne demande sans doute qu’à revivre y serait stimulée alors que dans des boulots alimentaires elle ne l’est pas. Ne crois pas que les lecteurs de ce site jugent les autres, tu as bien fait de jeter un cri du cœur et tu n’as pas à demander pardon. Le sport à haute dose peut s’avérer une excellente solution , il te prouve que ton corps existe, que tu es en vie, pleinement, en dehors de la souffrance que tu connais. Il y en a un qui est intelligent et pédagogique et qui te conviendrait bien je crois : celui de l’assouplissement qui nous relie à notre squelette de façon intime. Il nous force à nous respecter car si nous forçons trop c’est la déchirure, si nous ne travaillons pas assez c’est la stagnation. Peut-être que ce serait un antidote à ton automutilation? Sans doute qu’en te mutilant tu arrives à contrôler quelque chose. C’est toi en effet qui mets le curseur et qui décides des souffrances alors que plus jeune elles te submergeaient sans que tu y puisses rien. Sans doute aussi que les cicatrices sont des messages. Mais qui les entendra?
Oui il est difficile à trouver, Céline, cet égoïsme bien compris, cet égoïsme salvateur, quand on a besoin d’osmose mais c’est pourtant le seul qui vaille et qui permette d’aller vers l’autre en ayant quelque chose à donner. Je t’encourage de toutes mes forces, sans être, et c’est le ridicule de la situation, à la hauteur de mes conseils… mais je suis cependant persuadée que tu nageras de mieux en mieux, si tu réfléchis bien, ce que tu sais faire.
Bleuenn

monika stehlikova | 31 décembre 2013 à 8 h 44 min

Bonjour Bleuenn,

je ne suis pas francaise donc il y aura peut-etre bcp de fautes dans mon commentaire mais malgré cela j´ai envie de réagir. Je suis trés reconnaissante d´avoir découvert ce site et lu votre témoignage. Ca fait seulement un mois que j´ai réalisé – grâce à d´autre sites sur le HP – que c´est mon cas, que cela explique tout dans mon enfance. Quand j´ai lu votre phrase « c´était à l´âge de 11 ans quand j´ai perdu moi-même » je m´y suis totalement retrouvée (sauf que j´ai perdu moi-même à l´âge de 10 ans:))
Voici en bref mon histoire: étant petite sous le régime communiste dans mon pays de l´Europe centrale et entourée à cette époque-là seulement par des gens que je trouvais totalement différents de moi, j´ai vite eu l´impression que c´était pas normal d´avoir bcp d´émotions, une vie intérieure riche, une sensibilité relativement grande – et cela a provoqué en moi le sentiment de nécessité de cesser d´être comme j´étais et de commencer d´être comme les autres le désiraient (surtout ma mère qui disait pourquoi je dois avoir un enfant débile comme ca…, elle le disait bien qu´elle ait connu le résultat de mon test dq QI – 140 à l´age de 11 ans, elle ne m´avait jamais dit, elle me l´a avoué il y a un mois seulement, m´ayant expliqué que le résultat avait provoqué un grand complexe d´infériorité en elle (au lieu d´être fière d´avoir accouché une telle fille…)
Bref, mon opinion: malgré tout ca, malgré le fait d´avoir pensé pour des années que j´étais la plus bête personne du monde (mais mon mécanisme de protection était de bcp étudier, d´avoir des diplômes universitaires pour « montrer » à ma mère que je n´étais pas si stupide qu´elle le pensait), je l´accepte, je l´assume, les choses de vie ne se passent pas par hasard, il y a toujours une raison plus profonde dont le sens peut nous echapper, c´est ma philosophie de vie. Et maintenant que je redécouvre mon hypersensibité, ma compassion avec les autres, je ne regrette moins les années « perdues » que je suis touchée par le fait que j´ai pu le découvrir, que les choses m´ont été dévoilées, je me sens sauvée presque.
Et, finalement, je pense que les HP et l´intélligence c´est aussi bcp d´energie, bcp plus qu´ont les autres non HP et c´est ca le don que l´on doit cutiver de manière altruiste, il me semble. La réussite sociale ou la réussite scolaire ne peuvent jamais satisfaire les HP. (au moment de me remettre mon diplome d´IAE de Lyon, je continuais a penser que j´étais bête!)Les HP peuvent être satisfaits en soi, en assumant son énergie, sa vitalité, sa douance – en soi, pas par rapport aux autres, pas en devenant prétentieux, mais en devenant finalement soi-même, sans plus avoir peur d´être différent. Et si les HP se concilient avec eux-même, ils peuvent être satisfaits en tant que femme de ménage ou en tant que je ne sais qui, peu importe!Il y a des plaies en moi, mais je veux avancer, laisser toute cette histoire derrière moi,jetter le fardeau, continuer, ne pas désespérer….

Excusez mes fautes.:)

mumen | 1 décembre 2014 à 21 h 53 min

Ben dis donc ça vole haut, très haut ! Je suis ému !

Tu vois, non seulement je me suis ennuyé la plus longue partie de ma vie, mais j’étais aussi très ennuyé de déranger par mon inadéquation, avant de comprendre que ce n’était pas moi qui n’étais pas au niveau, mais eux !

Ça a tout changé.

À 50 ans, j’ai dit : « Enfin ! » J’ai dit aussi : « Les plus belles années de ma vie sont devant moi ! »

Maintenant je choisis mieux mes proches. En plus de « l’intelligence » qui peut voir et dire tant et tant de choses, il y a aussi la pureté qui compte vraiment maintenant.

Laisser les perdus, les irrécupérables. Quitter ceux qui t’emmènent au fond, même morts. Trouver ta Foi et la garder. Épurer Toi, si Belle. Être prête et demander. Toutes les religions et aussi les vraies sagesses le disent.

Bleuenn, tu suis un chemin, désormais. Fais feu de tout bois ! Tu ne peux qu’aller vers mieux, bien mieux, avec une façon de penser et de voir le monde qui sont merveilleux, résolument. Fais ce qu’il faut d’un tel Don prodigieux : Sers ! Deviens libre au point de ne plus avoir de choix.

Ça fait plaisir de croiser de belles personnes ! Merci, Nadine !

bleuenn | 3 décembre 2014 à 20 h 47 min

bonjour à Monika,
je ne suis pas allée sur le site depuis longtemps c’est pourquoi j’ai tardé à vous répondre. votre histoire est très touchante et vous avez raison: il y a une énergie particulière et une vitalité chez les personnes un peu spéciales aussi je vous, je nous encourage à ne pas désespérer. j’ai souvent la phrase de Woody Allen en tête: « bien que je ne crois pas en l’au-delà, j’emmènerai tout de même des sous- vêtements de rechange » elle résume bien la condition humaine à mes yeux et dans son absurdité et dans la conscience de son absurdité et dans la joie malicieuse que cette conscience peut en tirer quand on est dans un bon jour…

Bon courage Monika je ne sais si j’aurais survécu sous une dictature mais vous si!

Bonjour aussi Mumen,
merci pour ce commentaire encourageant; oui servir c’est important, d’ailleurs je dis souvent sans être comprise que je suis « la fille qui ne sert à rien » , c’est aussi drôle que vrai mais tant qu’un être humain est en vie il n’a pas dit son dernier mot, aussi j’espère bien me faire mentir un jour!
« devenir libre au point de ne plus avoir de choix » quelle synthèse! merci Mumen. Je suis contente pour vous que vous ayez pu dire « enfin »…

Aime A | 19 février 2015 à 13 h 26 min

Merci, moi aussi je suis « morte » à 7 ans, je me suis renfermée, rejetée par les autres, différente, je comprend enfin à 42 ans, avec le profil de mes enfants, tout ce parcours douloureux, ces humiliations, ces rejets, cette non compréhension des autres, solitude forcée, ce non accomplissement de soi, cette souffrance qui me fait m’auto détruire physiquement et moralement.
Non ce n’est pas de la dépression ça ne se soigne pas avec des cachets, oui les psy n’y sont pas formée c’est sans issue, un travail sur soi mais avec qui?…
Cigarettes, boulimie, aigreur, déceptions, je connais tout ça, trouver un homme à la hauteur, impossible
Détester l’injustice, se rebeller et on est mis au placard, c’est ça ma vie.
Emotions envahissantes, hyper émotivité et c’est le burn out, on pète les plombs.
Nous n’avons pas été reconnus, on ne se connait pas et maintenant on doit composer avec ça, je sais que je finirais mal dans ma peau avec les problèmes de santé qui en découlent

Nadine Kirchgessner | 20 février 2015 à 8 h 55 min

Votre vie n’est pas terminée ! Ayez confiance ! Il y a des professionnels qui sont formés au haut potentiel, peu nombreux certes…et si vous n’en trouvez pas, vous pouvez lire des ouvrages comme mon livre, ou ceux d’Arielle Adda ! ce n’est pas sans issue, les hauts potentiels ont de grandes capacités de résilience.

Aime A | 20 février 2015 à 9 h 47 min

Merci de cette réponse, ce qui me sauve un peu au milieu de cette auto destruction c’est d’avoir développé des talents de créativité artistique (écriture, dessin, expression) ce qui me vide la tête et me vaut les compliments de mes proches qui se demandent d’où me viennent toutes ces idées (j’avoue que ça flatte un peu l’égo et au stade ou j’en suis ça ne peut faire que du bien!…)
Je pense (ça n’engage que moi) que l’art thérapie peut être utile aux adultes HP, je souhaite a chaque adulte HP de pouvoir développer même en dehors de son travail surtout si peu épanouissant,ce qui est courant chez nous adulte HP non reconnus, un talent, un centre d’intéret ou il pourra être gratifié, vider son esprit, se retrouver.
Merci pour le conseil de votre livre, par contre c’est bizarre mais la reconnaissance du profil HP et tous les renseignements ne m’ont pas amené à un mieux être, peut être faut il aller plus loin effectivement avec un suivi mais il faut trouver le bon psy en effet.
Malheureusement pour moi les symptômes d’instabilité émotionnelle s’accentuent(je réagis de manière limite hystérique face à une injustice ou une blessure affective) j’ai de plus en plus un rapport affectif avec les gens qui engendre frustration, je suis hyper exigeante souvent déçue, je vois tout de suite les failles intuitivement et cela est très dur à vivre d’autant plus que le ressenti hyper sensible s’intensifie avec l’expérience je trouve c’est là ou c’est de plus en plus dur et les toc installés depuis trop longtemps pour s’en défaire.
Merci pour tous vos documents, vos recherches qui nous aident vraiment de constater que notre mal être peut s’expliquer et que l’on retrouve le même genre de difficultés, on se comprend mieux.
quand on s’est coupé de sa personnalité à 7 ans (deuil de ses talents, de sa personne) comme est en train de le faire mon enfant actuellement, diagnostiqué HP dyssynchronique lui aussi (ce qui complique encore) et que l’on est rejeté par ses camarades, on développe tout un tas de problèmes (pour moi toc, boulimie, faux self, hypersensibilité etc…)qui deviennent notre deuxième peau.

brumeclaireopaque17 | 8 mai 2015 à 11 h 28 min

Bonjour, je m’appelle Camille et j’ai bientôt 17ans. Je suis un peu perdue, ça fait un moment que je me demande si je ne suis pas folle, mais depuis bientôt deux ans, la possiblité d’être surdouée reste, cachée pas loin.

Je vous fais par de ce que j’ai écrit à une dame il n’y a pas longtemps, puisque j’avais mis presque tout, et que je suis incapable de tout re-rassembler..

Surdouée n’est pas quelque chose qui me parait possible.

Comme vu ci-dessus : « Le « bilan de ma scolarité » est un exercice difficile car n’ayant pas été reconnue il apparait que je me justifie et cherche à apporter des preuves de mon potentiel. Encore une fois des petits faits personnels n’ont-ils pas un intérêt limité? » C’est quelque chose qui me fait peur..

« Je suis comme ma mère plus jeune, mais en un peu plus poussée, elle me dit donc souvent que j’exagère.. mon père lui , il est très mystérieux et hormis son travail rien ne compte vraiment. Dans leur relations sociales, mon père en a autant que moi, maman elle va ignorer la façon dont les autres l’ignorent, parfois, pas toujours bien sûr.
En fait, je me suis toujours sentie étrange, comme si ma place n’était pas sur cette planète. Puis j’ai toujours eu des facilités, et on me rejetait parce que je n’étais pas comme eux. Souvent on me dit hautaine, et quand je demande pourquoi on me répond que c’est parce que je ne rigole pas pour leurs choses dites drôles. Les profs et élève ont toujours l’impression que je suis super sérieuse, trop scolaire mais je ne travaille pas, je n’apprends jamais et je ne sais pas faire. Ou si je fais des fiches de révisions c’est parce que ça m’occupe. Mais comment leur expliquer ? J’ai essayé de le dire à mon prof de français cette année et il m’a dit « N’importe quoi sinon tu es un génie », ça m’a mise tellement mal à l’aise que je suis partie. Ou alors je fonctionne un peu à l’envers des autres, je comprends très vite. Et quand je comprends les autres non et inversement. En fait, personnellement je me sens bête à côté des autres. Puis je suis perfectionniste, ce qui me rend extrêmement pessimiste et toujours insatisfaite. Je ne supporte pas l’échec, ni le travail en groupe. Le changement m’effraie, puis j’ai toujours peur de tout. Même d’avoir peur. Plutôt ridicule.

Et je m’ennuie. Tout le temps, sauf quand je peux être moi, ou que je peux poser des questions ou lorsque qu’on me donne des mathématiques ou des défis. En cours je m’ennuie et pourtant je ne comprends rien. L’an dernier maman m’avait dit que je ne pouvais pas m’ennuyer puisque que je n’avais pas des 20 partout. J’ai toujours été très sensible, et j’ai toujours trouvé ça embêtant. Rien que de raconter cela ca m’émeut.. pourtant il n’y a pas vraiment de quoi..
Mais revenons au cours. Rien que savoir que les profs m’idealisent ca me rend triste. Parce que ceux qui ont de mauvaises notes et qui travaillent et bien ils ont un avis négatif d’eux. Mais c’est faux c’est l’inverse mais c’est tellement injuste. Et pourquoi moi je peux faire ça comme ça et pas eux ?
Petite, il paraît que je posais toujours et sans cesse plein de questions, je ne dormais pas en maternelle et je faisais la petite maîtresse, je voulais toujours aider les autres puisque que finissais avant eux, et pour moi ils étaient en difficultés dans l’exercice alors que j’allais juste plus vite. J’utilise « il paraît » parce que je ne me rappelle pas, ce sont mes parents qui me l’ont dit . En primaire il paraît que j’étais timide, sage et refermée, selon un camarade. Et toujours bavarde partout sur mes bulletins. Mais le problème c’est que soit disant j’empechais les autres d’écouter mais moi mon cerveau écoutais, inconsciemment je suis.
Par contre j’ai toujours adoré le dessin, la cuisine, la lecture, les puzzles, le tricot et maintenant l’écriture. Ce sont des moyens d’évasion. Mais comme je déteste la routine je suis obligée, de toujours changer d’activité.
Et je déteste faire les choses à moitié, soit c’est tout, soit c’est rien.
J’ai toujours eu du mal à comprendre quelque chose j’ai toujours été sage, et j’ai toujours aidé mes parents. Et au collège je me suis rendue compte que peu le faisait. Et je me suis toujours fait fâcher parce que je lisais même quand je devais faire autre chose. Mais combien de parents rêveraient que leurs enfants lisent ?

Plus tard j’ai découvert aussi une passion pour la philosophie et la psychologie. En plus du reste et des mathématiques et des étoiles, de la terre, des pierres, de la société. J’aimerais tout comprendre, tout savoir.
En 4e, j’ai eu quelque soucis alimentaires, anorexie dite mentale. Et j’ai eu Twitter, ça me permettait de parler après ma «  »guérison » » . Et je me suis créée un blog pour écrire. Un jour une jeune fille est venue me demandée si j’étais HP, et je lui ai bien sur demandé des explications, elle m’a expliqué et j’ai commencé des recherches. J’étais totalement anonyme sur Twitter, ni prénom ni âge. Et plusieurs personnes d’une vingtaine d’années et un homme d’une cinquantaine sont venus me parler et ils me pensaient avoir entre 20 et 25 ans.
Mes recherches m’ont enormement touchées.. Et j’ai vu qu’il fallait des tests. Alors j’ai essayé d’en parler à maman et elle m’a dit « Pourquoi tu te crois plus intelligente que les autres ? » Non non non, je me sens vraiment bête et absurde. Mais je me comprendrais enfin.
Et je n’aime pas les autres, ils m’ennuient. Et je suis incapable d’avoir une véritable conversation avec quelqu’un de normal. Je n’ai pas vraiment de vie sociale en fait…
Et cette année par hasard j’ai rencontré un garçon, il a 15 ans et demi, il est en terminal, il est précoce et on se ressemble énormément. Et lui est certain que je le suis. Et depuis que nous conversons. J’ai besoin de lui. Je me sens normale, comprise, appréciée. Mais même avec son QI élevé il est normal pour moi.

J’ai sûrement oublié pleins de choses, et dit des choses inutiles. »

C’est brouillon, je suis désolée..

Nadine Kirchgessner | 11 mai 2015 à 20 h 53 min

@Camille, Je vous conseille de parler à vos parents pour envisager de passer les tests de Wechsler qui sont les plus utilisés. Celà vous permettrait de mieux connaître votre efficience intellectuelle et de ne pas vous déprimer pour rien. Vous pouvez montrer le site à vos parents et tous les témoignages. N’hésitez pas à partager avec nous vos tourments.

brumeclaireopaque17 | 13 mai 2015 à 17 h 25 min

Nadine Kirchgessner
Parler à mes parents, c’est compliqué..
Au quotidien, j’ai toujours peur, de tout, je suis totalement instable psychologiquement, je m’ennuie toujours et je me lasse très vite, même des personnes. J’ai toujours l’impression de ne jamais comprendre.. Je suis une éternelle insatifaite, et très pessimiste; en fait c’est la recherche de perfection qui en est responsable, je pense. Puisque la perfection n’existe pas, je ne peux pas être satisfaite ou optimiste.
On me dit souvent aussi d’arrêter de me dénigrer, de me faire plus confiance et d’arrêter de me poser trop de questions. Mais je ne vois pas vraiment le problème, hormis pour les questionnements qui, lorsqu’ils deviennent fréquents, sont plutôt terribles, en réfléchissant et tirant de drôle de conclusion ça laisse des phases de légères déprimes.
A l’internat, on m’a reproché d’être un peu trop active parfois, des soirs je peux rentrer et parler et bouger nons-stop pendant 3h, en ayant toujours quelque chose à dire, même si je me répète parfois.. Mais d’autres jours, je peux très bien ne rien dire.
Je suis aussi sensible, mais pas toujours. C’est très spécial. Avant c’était dans la vie, j’étais une sorte d’éponge à émotions, si quelqu’un pleurait, j’allais pleurer. Mais maintenant ce ne sont plus que les livres, les films ou les séries, qui me font cet effet, c’est comme si, je rentrais dans leur monde, que j’en faisais partie. Voyez-vous ? Mais c’est difficile à accepter pour mes parents.
Je n’ai aucune vie sociale aussi, je n’ai pas d’amis à voir, ou pas de personnes qui m’invitent. Je suis dans un lycée que je n’apprécie pas, et où je ne suis pas appréciée, hormis par mon prof de maths et de physique je crois, du coup, je suis seule, je ne peux pas parler. J’ai du mal, mais j’apprécie de plus en plus la solitude, ce n’est pas bien je sais..
Et ce garçon que j’ai rencontré et qui est surdoué, et bien pour moi, il est normal, même que je me lasse de lui au fil du temps. Parce que j’ai toujours besoin qu’on me « stimule » et lui non.
Ce que j’aime chez les personnes ce sont les mystères, essayer de les comprendre, de les « décrypter ». Je me rends compte aussi que je suis plutôt manipulatrice, j’aime ceux qui ont de bons résultats, parce qu’ils représentent un défi, mais si je deviens meilleure et bien ils ne m’intéressent plus.
Le travail aussi, je ne sais pas comment faire, je ne sais ni travailler, ni apprendre, et j’ai peur. J’ai toujours eu entre 13.6 et 15.8 de moyenne, les mains dans les poches, mais si un jour je ne peux plus ?

Je ne sais pas vraiment si toutes ces phrases ont un sens. Je suis un peu égocentrique, à ne faire que parler de moi..

Nadine Kirchgessner | 18 mai 2015 à 12 h 07 min

@ Camille Vous avez beaucoup de caractéristiques qui pourraient faire penser à la douance. Je pense que cela vaudrait le coup de passer les tests. Vous sauriez comment vous fonctionnez intellectuellement. Et oui la perfection n’existe pas, alors il faut apprendre à être satisfaite sans perfection. Gros travail sur soi.

Cyclobéarnais | 18 mai 2015 à 23 h 29 min

Bonjour Camille,

Concernant les parents, c’est une juste distance à trouver. Entre trop les écouter et faire plus confiance à leurs dires plus qu’à moi-même, et ne rien leur dire, je cherche un juste milieu entre le fait de dire ce qui peut être important pour moi, mais sans trop en dire pour éviter d’être blessé par des remarques incomprises ou à côté (j’y travaille depuis plusieurs années).

Si vous vous sentez à l’aise avec votre ami, alors essayez de vous ressourcer auprès de gens comme eux, c’est à cela que j’ai abouti après m’être un peu paumé. Le partage d’idées permet d’apprendre pour nous-même lorsqu’on se sent compris, et ce même si ce n’est pas tout à fait parfait. Je me rappelle d’une discussion avec un gars qui me disait que j’étais bizarre, mais pour une fois pas dans le mauvais sens du terme, et ça m’avait bien aidé.

Du coup, j’essaie de discuter avec les gens quelquefois sur des sujets à part (lorsque le contexte le permet), et lorsque la communication passe vraiment bien, nous apprenons mutuellement sur nous-même réciproquement et nos idées. Rencontres rares, mais bien riches.

Bon courage à vous,

Sofia | 17 septembre 2015 à 23 h 12 min

Bonsoir Bleuenn,

Je ne sais trop par où commencer. Au moment même où j’écris, je suis sous l’influence d’effluves alcoolisées, comme souvent et depuis si longtemps. Passons.
Je viens de lire, ou plutôt d’engloutir depuis quelques heures votre témoignage ainsi que les réactions et rédactions en découlant. L’ensemble de cette lecture est pour moi comme une révélation, une véritable découverte, quelque chose que j’attendais depuis des années, depuis toujours en fait.
J’ai 34 ans, je suis maman d’une petite Livia âgée de 2 ans. Elle semble véritablement être précoce, et c’est pourquoi mes recherches sur internet m’ont d’abord amenée à lire des articles de «zébrés» en tout genre. D’un article à un autre, j’ai fini par taper sur la barre de recherche «surdouée et boulimique». C’est ainsi que j’ai atterri sur votre page. Et cela m’a fait _ me fait_ l’effet d’un tremblement de terre intérieur, d’un véritable électrochoc.
En vrac, voici quelques passages de ma misérable vie : j’ai commencé depuis environ 4 ans à écrire ma propre histoire, sous forme d’un récit, mon journal intime ne me satisfaisant plus. Et puis j’ai eu ma fille, il y a 2 ans. Je ne voulais surtout pas être un jour maman, persuadée que je serais une mauvaise mère, et c’est peu dire. Finalement ma fille est arrivée, et j’ai vécu sa naissance comme une espèce de propre renaissance. Mais aujourd’hui, force est d’admettre qu’elle est différente, et, le terme me pèse mais je dois l’admettre, surdouée. Agée de 2 ans et 2 mois, elle parle parfaitement bien et peut entretenir une conversation avec n’importe quel adulte. Dernièrement, ses questions se reportent à Dieu (je suis athée, c’est d’autant plus difficile de lui apporter réponse!), elle veut lire, sait compter (rien à voir avec du «par coeur», non, elle additionne).
Bref. J’ai lu, absorbé, pleuré devant votre témoignage, Bleuenn. Tout comme vous, ma vie n’est qu’une non-réalisation, elle se résume à une suite de souffrances psychiques, bien entretenues, voire bien huilées par la perversité de ma mère. Des psys, j’ai commencé à en fréquenter à l’âge de 18 ans. Pour l’anecdote, ma mère, avant sa retraite, a été psychologue pour enfants en CMPP. Thérapie familiale, psychanalyse, rien n’a été oublié par mes parents, pour mon bien-être, et surtout, je pense, pour le leur… Et puis j’ai connu pendant 4 ans les affres de la boulimie, de l’addiction aux drogues douces, dures, et pour finir à l’auto-mutilation, de l’âge de 23 à 27 ans.
J’ai arrêté mes études après le bac, obtenu «pour ma mère», je le sais depuis toujours. J’ai repris un BTS (obtenu haut la main) deux ans après avoir quitté le «cocon familial» (quel drôle de nom, pour moi c’était un véritable enfer duquel je ne pensais jamais pouvoir m’échapper, et ce malgré des fugues à répétition et 3 ans d’internat).
J’ai continué mes études en école d’arts appliqués, dont j’ai obtenu le diplôme après 4 ans d’études. Je n’ai plus jamais plus dessiné après obtention de ce diplôme.
Ma vie est un véritable gâchis. Je m’en suis toujours sentie spectatrice, jamais vraiment actrice. Je l’ai aimée pendant l’enfance, lorsque tout allait encore bien. Tout a changé vers 11 ou 12 ans, à mon entrée au collège.
Je préfère d’ores et déjà couper court à mon histoire, livrée ici sans dessus dessous. En revanche, je tenais à vous remercier pour votre témoignage qui m’apporte enfin, à l’âge de 34 ans, non pas une lueur d’espoir puisque tout comme vous, je suis persuadée que rien ne pourra plus être ce qui aurait déjà dû être, mais un réconfort quant à ma condition humaine. Tout comme Karen, j’essaierai que la vie de ma fille soit empreinte d’amour, qui m’a si cruellement manqué, de compréhension et d’égard quant à sa personne, si petite soit-elle à ce jour.

Merci, mille fois merci,
Amitiés,

Sofia

Nadine Kirchgessner | 1 octobre 2015 à 20 h 10 min

Bonjour Sofia
Merci pour ce témoignage, et pour Bleuenn. Elle sera touchée que son récit vous vienne en aide , et c’est pourquoi les témoignages sont si importants.

BLEUENN | 15 janvier 2016 à 20 h 19 min

Bonjour!
un petit mot pour Sofia dont je découvre le message ce soir…
34 ans c’est la force de l’âge, et une bonne tranche de vie devant soi avec dejà de la maturité mais encore de la jeunesse.
j’ai connu quelqu’un qui a débuté des études de médecine à 37 ans.tout le monde essayait de l’en dissuader, il a réussi,il a fait un bon médecin, très humain, très complet. A 34 ans Sofia, je ne dis pas que les choses sont faciles mais beaucoup de choses sont possibles. vous pouvez envisager des études longues, avoir d’autres enfants ou pas… dans 15 ans ces 2 projets seraient ou impossibles ou irréalistes. je voudrais bien avoir à nouveau 34 ans Sofia…se couper de soi-même c’est parfois la seule solution quand les dés étaient pipés, mais quelle souffrance! ne pas dessiner ni peindre quand on en a besoin et que cela nous ferait plaisir c’est continuer dans cette cassure de l’élan vital.Sofia, votre prénom vous invite à la sagesse, alors ce serait quand même dommage, parce qu’on vous a fait du mal, de ne pas répondre à l’invitation, non?
je vous souhaite une année pleine de sagesse véritable c’est à dire de création de vitalité d’accord et de fantaisie. et une bonne année à votre petite fille. vous avez la chance réciproque de vous connaître.

Sofia | 13 février 2016 à 15 h 43 min

Nadine, Bleuenn,

Merci pour vos messages que je découvre aujourd’hui, ils me touchent beaucoup.
Suite à la découverte de votre témoignage Bleuenn, j’ai approfondi mes recherches, lu et relu des ouvrages se rapportant à l’adulte surdoué (notamment celui de Jeanne Siaud-Facchin), puis j’ai tout arrêté.
Quelques semaines plus tard, ce sujet continuait de me tarauder malgré moi, sans cesse. J’ai finalement contacté l’AFEP qui m’a donné le nom d’une psychologue spécialisée. J’ai donc obtenu d’elle un rendez-vous le mois prochain, avec dépistage en suivant. Je suis terrifiée, cela m’obsède, mais je suis sûre d’avoir fait la bonne démarche.
Vous avez raison Bleuenn, je n’ai que 34 ans. Je parlais de « renaissance » lorsque j’ai mis au monde ma fille, je souhaite que cette émotion me nourrisse pour avancer.
Je vous remercie profondément d’avoir témoigné comme vous l’avez fait, car même si je ne suis pas encore dépistée « HQI », et quelque soit le résultat (même si j’en ai terriblement peur), votre histoire m’a permis de « réagir », et je l’espère maintenant, d' »agir ».

J’espère vous donner de mes nouvelles très bientôt,

Sofia

Nadine Kirchgessner | 17 février 2016 à 11 h 57 min

Bonjour Sofia, vous mettez le doigt sur quelque chose qui m’a blessée en 2009, alors que je venais de démarrer mon site. Imaginez-vous que des personnes de l’AFEP ont voulu que je ce site soit caché et s’arrête…Imaginez …si je n’avais pas eu cette persévérance que l’on trouve chez la plupart des personnes surdouées, malgré l’adversité qu’ils rencontrent régulièrement ? Imaginez que le témoignage de Bleuenn n’ait pas vu le jour ? Je vous conseille de lire les articles et livres d’Arielle Adda.
N’ayez pas peur et donnez-nous de vos nouvelles !

Antoine Coeuré | 15 mai 2016 à 0 h 37 min

Etant moi-même depuis toujours sentis en décalage par rapport à la majorité des personnes de mon âge, je me suis toujours intéressé à diverses explications. Ainsi, votre article a permis entre autre de m’identifier par rapport à ce que vous décrivez très bien : La différence. A mon avis, s’il y’a bien sur un point en particulier qu’il convient de développer, c’est celui-ci. Même si je n’ai jamais fais de test de « Qi », je ressens toujours un décalage voir même un déphasage par rapport à mes pairs que ce soit par l’intermédiaire du langage, les occupations/Centres d’Intérêts. S’il y’a bien un lieu où cette différence est visible c’est le lycée. Etant en terminale S, je constate par rapport à la majorité de ma classe que je n’ai vraiment pas du tout les mêmes préoccupations. Alors que la majeure partie de celle-ci s’intéresse à des sujets conformes à leur âges, je m’intéresse notamment à la météorologie, …Par conséquent, il suffit pas moins de quelques secondes voire quelques minutes pour qu’ils s’aperçoivent de cette différence. Les seules personnes avec qui je peux parler en totale correspondance et transparence sont mes professeurs. En effet, j’apprécie leur poser des questions sur des apports de points historiques, des liens avec la recherche, des sortes « d’approfondissement » même si ce terme semble à première vu inapproprié ici.

Nadine Kirchgessner | 18 mai 2016 à 14 h 27 min

Bonjour Antoine, merci d’avoir commenté sur le si beau témoignage de Bleuenn. J’espère que vous avez des amis quand même. Mais gardez votre personnalité qui est sensible et juste, j’en suis sûre, malgré le décalage. Et vos bons rapports avec vos professeurs. Après le lycée, vous aurez d’autres occasions de rencontres intéressantes pour vous.

Sofia | 2 septembre 2016 à 17 h 02 min

Nadine, Bleuenn,

Je me dois de vous donner quelques nouvelles que voici : j’ai passé le test de QI tant redouté. Les résultats des différents items étant « hétérogènes » ( de « moyenne supérieure » à « très supérieure »), pas de chiffre à la clé.
La neuropsychologue a tout de même conclu à « un fonctionnement à haut potentiel intellectuel » et préconisé une thérapie en conséquence. Je suis donc suivie depuis 3 mois par une spécialiste en la matière. N’ayant pas eu une preuve suffisamment rationnelle à mes yeux, j’ai encore du mal ce jour à me considérer comme « HPI ». J’avance malgré tout, petit à petit, vers une nouvelle connaissance de moi. J’espère surtout, par ce biais, pouvoir venir en aide aux préoccupations de ma fille.

Une nouvelle fois 1000 merci à toutes les deux (et je vous rejoins, Nadine, heureusement que le témoignage de Bleuenn a pu voir le jour sur la toile, sans quoi nous serions encore nombreux à nous perdre dans les méandres de nos « êtres »)

Bien à vous,

Sofia

Nadine Kirchgessner | 4 septembre 2016 à 18 h 30 min

merci Sofia , je suis si ravie pour vous de lire vos nouvelles ! j’ai relu votre témoignage, et surtout n’ayez pas de doute. La neuropsychologue a conclu à un haut potentiel , elle analyse avec les tests et avec votre histoire. Ayez confiance en vous !
et oui heureusement que ce site existe pour les témoignages et les livres… Vous aviez écrit en février. et depuis j’ai écrit un autre livre, parce qu’il se passe des choses fâcheuses dans le monde de la douance. Mais il n’est pas facile de faire entendre une voix positive. Et votre témoignage peut contrer la pathologisation du haut potentiel actuelle parce que je suis sûre que vous irez mieux dans très peu de temps !…