Planète surdoués | Un espace d'information et de recherche sur la douance

Bleuenn

Voici le témoignage d’une femme de 44 ans. Elle a écrit la totalité du texte, elle nous livre ce qu’elle a vécu et ressenti de son enfance. Ce qui est dit est d’une grande force et nous montre à quel point ne pas comprendre ce qu’est la douance peut avoir des conséquences pour la vie entière. Je préviens le lecteur que certains passages sont éprouvants. C’est assez long  mais quand vous aurez démarré la lecture, vous le lirez jusqu’au bout, happés par la justesse des mots.

Bleuenn, son histoire  

 Bon, je vais vous raconter l’histoire d’un lièvre qui se casse volontairement les pattes en croyant faire plaisir aux tortues. Car c’est malheureusement l’histoire de ma petite vie.

C’est d’ailleurs ainsi, un lièvre face aux tortues, que me décrivait mon père, incapable de prononcer le mot surdoué qui lui écorchait la bouche. Ce témoignage est décousu, je n’ai pas la force de le synthétiser: il est le fruit de divers mails avec Nadine qui tient ce site avec beaucoup de cœur. Il va un peu dans tous les sens, mais je n’ai pas la force de le travailler. Nadine souhaite garder la sincérité du premier jet. De mon côté, j’aurais aimé faire quelque chose de plus synthétique mais la souffrance du retour sur une vie gâchée m’en rend pour l’instant incapable. Alors, vous qui vous intéressez au sujet, vous aurez droit à des anecdotes décousues mais vraies et sincères et j’espère que malgré ce désordre vous pourrez en tirer quelque chose, sait-on jamais, à quelque chose gâchis est bon?

Bof. En tous cas voici:

Je vais essayer de faire un petit résumé, je n’arrive pas à m’en sortir et je crois bien qu’il est trop tard pour moi mais je voudrais vraiment que l’Education Nationale et la société reconnaissent toutes les différences. Mon histoire est intéressante car mon père était un parfait serviteur de l’Education Nationale et il m’a sacrifiée au nom de son idéologie. J’ai 44 ans et  j’ai cessé d’être moi-même à l’âge de 11 ans. Je continue malgré tout de vivre mais je traîne ma croix tous les jours et je ferais beaucoup pour que cela n’arrive pas à d’autres. Comment faire comprendre que ce n’est pas de l’orgueil blessé mais un traumatisme identitaire puissant, celui de l’automutilation? Comment donner des faits précis (j’en passe pourtant plein) sans avoir l’air de se vanter, certains faits que je cite pourront passer pour un manque de modestie? Donc faire plus de mal que de bien à un problème qui a du mal à susciter de l’intérêt?
Ma première crainte est de m’étaler et de me laisser submerger par des détails et des émotions. Il me semble aussi qu’il y a un fond de culpabilité dû au fait que je n’ai jamais surmonté le traumatisme de ma jeunesse. Je me sens comme un disque (très) rayé. En fait je me sens ridicule à mon âge et indigne (je pense à tous ceux du tiers-monde qui ne se posent pas le 10° de nos problèmes). Seulement voilà, malgré ce jugement moral, c’est ainsi, et sans doute que la personne que je suis, ma véritable nature que j’ai essayé d’oublier dans la dépression, de tuer à coups de médicaments et d’alcool, n’en finit pas d’agoniser et refuse de mourir tout à fait. Il y a, vous l’aurez compris, la personne que je suis véritablement  et celle que je donne à voir, y compris à moi-même. Cette dernière  trouve du travail comme femme de ménage, l’autre sait qu’elle aurait pu être ethnologue ou linguiste ou psychiatre ou autre avec passion. Ce qui me paraît très grave et difficile à expliquer à des personnes qui ne sont pas sensibilisées au sujet dont nous parlons, c’est justement ce renoncement à la passion, ce deuil de soi-même qui fête la Toussaint tous les jours. Indépendamment de toute réussite extérieure c’est une histoire de (non)réalisation. N’avons-nous pas le droit d’être heureux, de donner et d’apporter notre modeste contribution au monde? Si je meurs demain qu’aurai-je fait? Que laisserai-je derrière moi? Quelques amis sincères qui m’aiment sans me comprendre et que j’aime en les comprenant un peu. C’est bien mais c’est tellement peu par rapport à ce que j’aurais pu donner. Quel gâchis ! Le destin des surdoués non reconnus me fait penser à celui des héros du secret de Broadback Mountain: des vies brisées, stérilisées à l’autel de la normalité.

Je voudrais bien aussi réussir à expliquer ce qui à mes propres yeux est difficile à croire: le fait que la destruction d’un jeune surdoué peut être totale et irrémédiable quel que soit son courage par la suite. J’insisterai là-dessus. Un ressort est définitivement cassé, il est au plus profond de l’âme quelque part dans une zone irréparable. Il ne vit pas sa vie, pourtant c’est bien la sienne. Il est son ombre, en deuil de lui-même. Sa vie est une assez mauvaise pièce jouée par des doublures. C’est à son ombre qu’on s’adresse et c’est elle qui répond, il a oublié le son de sa propre voix: qui pourrait l’entendre?

Le « bilan de ma scolarité » est un exercice difficile car n’ayant pas été reconnue il apparait que je me justifie et cherche à apporter des preuves de mon potentiel. Encore une fois des petits faits personnels n’ont-ils pas un intérêt limité?

Ce que je peux dire pour résumer et de façon plus générale, c’est une personne qui a conscience d’avoir un bon potentiel et se retrouve en échec peut le vivre comme un raz-de- marée. Est-ce de l’orgueil? Non, mais l’amour de la vie, la confiance en soi  sont profondément affectés. Il y a autre chose également: le fait que l’on porte tout seul dans le cas d’une auto-destruction la responsabilité de ce qui s’est passé, dès lors comment s’aimer un minimum? En fait le système est profondément inadapté à nos besoins et inversement. J’aurais adoré un apprentissage où l’on me dise: « voilà nous allons aborder telle notion, faites des recherches de votre côté et nous ferons le point après ». J’aurais adoré avoir un précepteur. Que dire d’autre? La non compréhension  de nos besoins affectifs et intellectuels est une maltraitance, un mépris vécus de façon très violente. Ces deux mots étant au sens propre: on traite mal, à côté; on prend mal, on prend son enfant pour un autre. La reconnaissance: je te connais tel que tu es et je te le fais savoir, l’amour: je t’aime tel que tu es sont essentiels pour démarrer dans la vie plus encore chez un jeune hypersensible.  Dans un cas  comme le mien il faut préciser que l’éducation était plus que sévère et ne reconnaissait pas le droit à l’expression des émotions primaires: la peur, la colère le chagrin étaient inacceptables, la joie devait être mesurée. C’est évidemment contre-nature, plus encore chez un enfant hyper émotif. Le drame de l’enfant hors norme c’est qu’il est assez grand pour exprimer des vérités qui sont prises pour des mots d’enfants, des besoins essentiels qui sont vus comme secondaires voire capricieux. (personnellement j’ai pris mon courage à 2 mains pour signifier mon désir de ne plus aller à l’école en fin de CP, le besoin de remplacer mon cadeau de Noel par de l’amour en CE2, la nécessité de faire du sport pour ne pas péter les plombs en 1°… peine perdue. quant à ma tentative de suicide elle s’est soldée par un « ah c’est malin on va avoir la honte à l’hôpital » maternel assez rageur). Ce qui me paraît grave c’est qu’un enfant hors norme n’est pas autorisé à donner or donner est essentiel pour lui. On ne peut donner sa mesure on ne peut donner à manger à son cerveau (je me prends de passion pour le breton en CM2 mais ma mère me retire la méthode pour que je ne prenne pas trop d’avance des cours d’initiation étant promis par la maîtresse…ils ne viendront jamais) au final une fois adulte sa propre nature est tellement déstructurée que même la générosité est atteinte: le cœur est toujours bon mais où l’on n’est pas assez solide pour être utile. Que dire d’autre qui me paraisse important? le non-dit et le déni sont des choses qui vous laissent sans armes. la résilience, j’en suis convaincue est plus facile face à une agression caractérisée, manifeste.Il est plus facile de se remettre d’un coup de revolver que d’une perfusion qui vous envoie une goutte de poison par jour. Le déni et le non-dit auxquels peut faire face un surdoué c’est une intraveineuse invisible difficile à localiser donc quasi impossible à arracher. J’ai pu faire face à peu près à des choses  graves la maltraitance physique et émotionnelle d’une mère perverse jalouse et violente, mais je n’ai pu faire face au déni de la personne que j’aimais et qui m’aimait, mon père. Sa maltraitance, j’ai mis plus de 20 ans avant d’employer ce mot, est d’autant plus forte que je l’adorais elle est d’autant plus forte surtout qu’elle a touché de façon irrémédiable à mon identité. je peux me remettre d’avoir été battue, pas de ne pas avoir été capable de faire des études alors que c’était le sens de ma vie. Évidemment en relisant ces lignes je me pose des questions sur ma capacité de résilience. Mais comment expliquer que d’être encore en vie me semble déjà une victoire en soi, même si elle a un goût absurde cette victoire: je ne m’illusionne pas c’est surtout l’enveloppe corporelle qui reste debout.

 les gens normaux pour qui tout est adapté n’ont pas conscience de leur privilège, s’ils savaient! Je les observe avec envie: ils ont ce confort qui leur permet même de cultiver leur pointe d’originalité. Demandez-leur cependant s’ils sont normaux : »non! » vous répondront-ils car ils ont peur que l’on confonde normal et banal. La norme pourtant ce n’est rien d’autre qu’une donnée statistique sur laquelle se construit une société la norme c’est une chose sur laquelle peuvent cracher les gens normaux comme les riches peuvent cracher sur l’argent; tous les égos du monde, tous les discours vachement rebelles, tous les tatouages, tous les concerts de hard-rock, tous les « moi je suis complètement différent, je mets du poivre dans ma confiture de fraise » ne pourraient rien y faire: c’est un privilège.

Je suis toujours émue par l’agressivité que déclenche la notion non pas de surdon qui est abstraite, mais de surdoué… incarnation d’une menace. C’est comme s’il elle renvoyait avec violence à ses propres « insuffisances » (qui n’en sont évidemment pas) ou à celle de ses enfants. Il y a aussi beaucoup d’ignorance. je ne sais pas dans quelle mesure ce n’est pas chez les gens reconnus comme intelligents qui ont fait de bonnes études et ont bien réussi qu’on ne trouve pas le plus grand rejet. Peut-être jalouse-t-on secrètement avec plus de force ce qui semble à sa portée?  Un enfant surdoué si ce n’est pas le sien, c’est un être agaçant, irritant, à qui  on  clouerait bien le bec comme à un adulte même s’il l’on est éducateur ou instituteur.  une personne normale subit la tension de la norme cela la fait tendre vers quelque chose. une personne anormale subit la pression de la norme, sans un minimum de conditions de soutien autour d’elle,,  cela peut l’écraser. Voilà ce que je pense. Mais après tout quelle importance quand 99% des gens ne sont pas concernés? Je finirai par les paroles d’ « Ah ca ira », chanson d’une période décisive dans la pensée française, la Révolution:

 

« Celui qui s’élève on l’abaissera

Celui qui s’abaisse on l’élèvera. »

 Tout y est…

 

 Le bilan de ma scolarité
Intérieurement elle m’a paru interminable. J’ai eu l’impression que chaque année on consacrait entre un tiers et la moitié du temps à des révisions ( jusqu’en 2°). Avec le recul, deux ans de maternelle, 3 ans de primaire, 3 ans de collège m’auraient bien convenu. …bon c’est une impression.  Extérieurement elle a  effectivement été longue cette scolarité puisque j’ai eu mon bac à 20 ans. (2 première,2 terminale ) avoir mon bac à mon rythme aurait tout changé. Cela ne m’aurait pas épargné les aléas et souffrances de toute vie  mais au moins aurais-je eu la preuve factuelle que je pouvais avoir confiance un minimum en moi. Là j’ai eu la preuve du contraire. Je suis arrivée au bac dépressive, me comportant de façon incohérente dans les épreuves,  fumeuse, boulimique, alourdie de 15 kilos, cassée de toute joie de vivre et de toute curiosité intellectuelle, incapable de choisir une voie, angoissée à cette idée, incapable à jamais de rentrer dans un quelconque formatage de supporter la moindre contrainte, perdue, ne me reconnaissant pas, dépersonnalisée. Avec en prime cette pensée: « est-ce que j’ai rêvé ou est-ce que jai été intelligente autrefois? » plus grave: » Est-ce que je suis folle? » La seule explication que j’ai trouvée et que j’ai gardée des années est la suivante: « voilà c’est ainsi je suis née avec un vice d’auto-destruction ». et puis « ce doit-être mon hypersensibilité qui déforme les choses ». Je n’ai pas fait d’études. L’envie de m’y remettre sur le tard m’a souvent travaillée (j’y reviendrai) mais je m’en sens psychologiquement incapable. Chaque jour qui passe, j’ai l’impression de payer le prix de ce qui s’est passé.

 
Le paradoxe

J’étais une enfant très enthousiaste, aimant la vie, les autres, la nature, me passionnant et approfondissant les sujets d’études que je me choisissais, en parfaite santé. Le sel de la vie, c’était d’apprendre. Etudier était un plaisir, c’est là que j’exprimais le plus mon goût de la vie. Je n’ai pas pu faire d’études…Comment dit-on déjà à L’éducation Nationale? Ah oui: « la même chance pour tous »…Ah non, ils ont changé de slogan: «la même chance pour chacun »…

si je recoupe les dires de mon directeur d’école de CP et ceux de mon instit de CE2, je ne fais pas partie des 99% de la population ça n’a pas d’importance en soi mais ce qui est triste c’est que je fais partie …des 1% du bac C des années 80 qui n’ont pas fait d’études supérieures.  Ce que j’espère c’est que de nos jours une enseignante  qui se dirait « sur les 400 enfants que j’ai vu passer en 16 ans de carrière je n’en ai jamais vu de pareil » se sentirait le droit de faire quelque chose. Pareil pour un directeur d’école qui en a vu passer 750… je sais qu’on n’en est plus là mais je crois qu’il faut se battre très fort, la connerie surtout quand elle se pare d’idéologie est très résistante sa grande force: elle ne doute jamais. je prends le pari que dans 10 ans on entendra encore des choses absurdes.

 

Le fonctionnement quand ça va bien (au début de la vie…)
C’est super. Ça rentre comme dans du beurre pour reprendre l’expression d’un de mes profs. Non seulement ça rentre à la première explication mais c’est déjà compris avant la fin de la première explication. On anticipe sur la fin des phrases on capte au 1/4  de tour et c’est retenu pour toujours.

Le revers de la médaille? il faut écouter patiemment les énièmes répétitions, pendant ce temps là on aurait pu aller plus loin et qu’est-ce qu’on s’ennuie !. c’est encore un paradoxe : n’est-on pas à l’école pour apprendre? pour se nourrir à sa faim intellectuelle? Autre revers: on ne sait pas ce que les mots efforts, travail et réflexion signifient concrètement car c’est comme si le cerveau était indépendant et comprenait tout seul sans effort.
 

 

 

Les faits
 
le langage est parfaitement en place à 2 ans et 1/2 (grammaire et conjugaison précises et adultes). Je me livre à 4 ans à des réflexions (la sagesse, la vérité, la perception du temps, le mouvement, la durée leur lien etc)  je demande à apprendre à lire en maternelle  mon père fait la sourde oreille, c’est contre ses principes d’égalité. Je le tanne. il craque. J ai droit à une première leçon, tout l’alphabet.
une deuxième. tout se passe très bien jusqu’à la lettre « u », que je prends pour un « v ». s’en suit une dispute. résultat des courses: « ma fille, cela fait 30 ans que je sais lire, ce n’est tout de même pas toi qui vas m’apprendre à lire, puisque c’est comme ça tu attendras au  CP comme tout le monde! » J’intègre bien l’interdit de cette éducation psycho-rigide et bien que j’aie des souvenirs de lecture en cours moyen, j’attends le CP comme tout le monde pour m’autoriser à lire.
en CP, je rentre de ma première composition trimestrielle catastrophée: je suis nulle j’ai tout raté. mes parents surpris, doutent. le directeur de l’école leur dira en fin d’année qu’il n’avait pas vu d’élève pareille depuis …la libération soit 30 ans plus tôt! pourtant je suis nulle j’ai tout raté.
en fin de CP je suis heureuse, je dis à mes parents, ce qu’ils s’empressent de prendre pour un mot d’enfant: » ça y est j’ai fini l’école, et bien oui: vous m’ avez dit qu’on allait à l’école pour apprendre à lire à écrire et à compter; je sais lire, écrire, compter je n’ai donc plus besoin d’aller à l’école » grosse déception devant leur réaction hilare: j’en ai pour des années…
en CE2 je suis avec une instit qui m’aime beaucoup
. Elle est pourtant  dans le moule: n’a-t-elle pas sorti, le jour de la rentrée, un laïus bien pensant qui me laisse perplexe sur Chantal une bonne élève avec un an d’avance que ses parents font redoubler parce qu’elle est seulement bonne et non très bonne? (je sens bien ce qui se joue et je suis mal à l’aise pour Chantal et pour la société).  Mais elle m’aime bien, telle que je suis. Elle s’inquiète de mes relations, de mon émotivité, elle me regarde vraiment, elle me reconnait. Elle ne peut s’empêcher de parler de moi avec émotion, semble vouloir me protéger tiens c’est bizarre qu’il y a t il à protéger chez un premier de la classe qui a ses deux parents, enseignants de surcroît? Je crois qu’elle obéit à un instinct. je sais que quelque chose se joue dans son regard que je comprendrai plus tard. comment dire? elle a des cris du cœur en contradiction peut-être avec son idéologie mais en accord avec elle-même et il faut que ça sorte.  je pense qu’elle m’ a tendu inconsciemment des perches. des années plus tard quand je me demanderai si j’ai rêvé que j’avais été intelligente moi la ratée, j’entendrai encore ses mots (j’ai une  mémoire des mots très précise) qui me disent de façon peut-être indécente car publique, que j’ai des années d’avance en vocabulaire qu’en 16 ans de carrière elle n’a jamais vu un enfant écrire de la sorte étant « obligée », c’est son terme, de dépasser le 9/10 ( les mystères de l’Education Nationale de l’époque on ne met pas 10/10 à un enfant en récitation ni en rédaction cette note étant réservée …aux adultes! c’est logique, des fois qu’un écrivain ou un acteur professionnel ait envie de se retaper un CE2…)

Cette même année, mon père, Principal de Collège, prend sa pause-café à la maison un mercredi matin, il reste 10mn et me demande de prendre un papier et un crayon, j’obtempère. S’en suit une dictée. Il relève la copie.  » C’est bien ce que je pensais tu as 20/20″. il repart…. Qu’est-ce que c’était? La dictée du brevet des collèges qui sanctionne le niveau d’orthographe d’élèves qui ont 6 ans de plus que moi…je me dis que quelque chose va peut-être changer, je ne sais quoi au juste ne me sentant pas vraiment de droits, mais non c’est normal, tout va bien, rien ne changera, à part mon orthographe qui n’aura pas cette même note 6 ans plus tard …  

 en CM1 CM2 là tout se joue, et c’est une autre affaire, moi qui ai tellement besoin d’amour et qui en ai déjà tellement peu de preuves à la maison je tombe sur une instit qui ne m’aime pas. Je la dérange; je suis de trop; trop en avance, trop passionnée, trop curieuse intellectuellement trop toujours meilleure partout, trop quoi !  à mon grand désespoir elle est la directrice d’école et s’arrange pour nous avoir 2 ans de suite… la deuxième année sonnera mon glas. Je finis par baisser les bras, je sens bien que je dérange. je sens déjà du non-dit familial, une comparaison sous-jacente avec les personnes de mon âge c’est comme si je faisais du mal malgré moi rien qu’en étant ce que je suis parce que je remets les autres en questions. A cette époque je ressens déjà une question télépathique du genre «mais quand est-ce qu’elle va enfin se planter quelque part » (manque de chance: je suis « multi-cartes » physiquement et intellectuellement) qui sera encore pire quelques années plus tard quand j’ai la bonne idée de devenir jolie (ça n’a pas duré) et d’avoir l’air à l’aise (idem). Ce qui est terrible c’est qu’elle émane de personnes qui par ailleurs m’aiment bien ou sont censées le faire. Oui ça c’est vraiment dur à vivre car moi quand j’aime les gens, je veux qu’ils soient au mieux de leur forme mais apparemment ce n’est pas réciproque.

Bref cette instit va cristalliser les choses. il m’arrive d’ouvrir un bouquin dans mon pupitre pendant qu’elle parle, car non cette année j’en ai marre, je n’en peux plus d’attendre que ça devienne intéressant ça fait 5 ans que je suis polie, elle le sera un peu moins quand elle s’en apercevra. Il se produit un évènement en apparence infime mais en réalité dévastateur chez moi: je décide de ne plus être première à la dernière compo trimestrielle de CM2 je ne perds que quelq ue points cela ne parait pas alarmant mais voilà: cela veut dire que je suis rentrée dans un fonctionnement pervers, auto-destructeur.  c’est un signal d’alarme mais  personne ne l’entend ( pire encore on a des actions chez « Quiès »). bien au contraire mon instit a l’air vraiment soulagée et pour tout dire ravie. mon amie qui est passée première a la grosse tête elle est extrêmement agressive quand je lui avoue que je n’ai pas fait au mieux. bon puisque ça semble arranger tout le monde alors la longue descente n’a qu’à commencer

  
La conscience d’être différent

 
J’aimais beaucoup mes amies. Il ne me serait pas venu à l’esprit de me comparer à elles. J’étais la meilleure en tout factuellement mais il ne me serait pas venu à l’esprit l’idée de m’en vanter, ni même de m’y attarder, je n’avais aucun mérite on me posait une question par écrit et j’y répondais simplement. Je prenais mes amies pour ce qu’elles étaient des petites filles  que j’aimais et qui  m’aimaient. J’avais en revanche conscience que je ne pouvais tout partager avec elles: elles ne seraient pas restées des heures dans une bibliothèque alors on jouait au gendarmes et aux voleurs et après j’allais à ma bibliothèque. Je me souviens de la gêne que j’éprouvais devant les émissions de télé dites pour enfants telles Casimir. Je ressentais un malaise comme une honte et je me disais en substance « ah c’est comme ça que vous voyez les enfants? vous nous prenez pour des cons » . Mais mes amies et les sœurs de mes amies, bien plus âgées, adoraient… alors je regardais pour leur faire plaisir sans faire de commentaires.
je me prends humainement une grosse claque en CM2 lorsque j’avoue en récréation que j’ai fait en sorte de ne pas être première pour la première fois de ma vie: mes amies réagissent de façon violente. J’atterris. je ne les voyais pas comme des rivales mais elles si ! gros décalage. mon aveu les vexe profondément il est irrecevable pourtant il est vrai…

 Un autre détail parmi d’autres qui me revient. Je reçois ma cousine qui est élève au collège, brillante en français. elle a une rédaction à faire pour la rentrée de Pâques et me supplie de l’aider, devant mon étonnement » je ne suis qu’en CE2″ elle insiste: « si c’est toi qui le fais je suis sûre d’avoir une meilleure note »! je trouve ça étrange, ça me contrarie  mais j’obtempère: elle a une excellente note dont ses parents sont très fiers sans être au courant du subterfuge. les miens le sont mais trouvent ça normal…moi je me doute bien que je ne le suis pas mais bon, j’ai l’habitude.

 Bon des anecdotes, j’en ai plein, je ne vais pas toutes les citer mais je m’en rappelle une autre. En cours de récré en 3°, un copain me voit les mains dans les poches, tout le monde révise le test national d’anglais de fin de collège: « tu révises pas? Ah oui c’est vrai t’as pas besoin toi ». J’aurais 98/100 sans réviser, du reste en anglais je ne fais qu’écouter mais ne me lasse pas car c’est de la musique, (96,5 mais je n’ai pas osé réclamer le point et demi oublié par la prof). La prof s’étonne des résultats d’une surdouée reconnue, un an d’avance, excellente et bosseuse, qui a…93.

 

La passion

 tout est source de passion, l’histoire, les indiens d’Amérique, à 9 ans je connais par cœur et avec beaucoup de précision toutes les essences du grand et vieux parc  sur lequel le collège de mon père est implanté j’adore les arbres, j’aurais autre chose sous les yeux il en serait de même. On me cherche partout à la fermeture des musées qui ennuient paraît-il les enfants…ben oui mais la vie des paysans de la creuse dans les années 50 au musée de Guéret j’adore.  

 
Les résultats

J’ai joué le jeu pendant les premières années. 1° de la classe jusqu’en CM2. Félicitations du conseil de classe jusqu’en 5°. (très) bonne élève jusqu’en 3° avec déjà quelques signes apparents de régression. Irrégulière en 2° avec quelques coups d’éclats. Je commence déjà à déprimer et à me déconnecter vraiment. Tout ce qui est scolaire me dégoûte. Je ressens le besoin de m’éloigner d’une scolarité classique et tellement pesante et demande à faire une première sport-études ou artistique pour prendre un peu d’air, j’étouffe. Comme cela m’est refusé par mes parents, je choisis une filière scientifique dans le but de faire psychiatre étant déjà personnellement sensibilisée aux souffrances psychiques dont il me semble que la société n’a que faire. On me laisse passer en disant que je n’ai pas du tout travaillé mais que je suis douée. En première je refuse tout, n’apprends rien, sors ma console de jeu en interro de maths devant un prof navré mais impuissant. Ce qui aurait pu passer avec des matières littéraires où je peux vivre sur mon talent et mon oreille même distraite ne passe pas : les maths ça ne s’improvise pas, il faut au moins connaître les définitions de base: je redouble. Le bac de français est catastrophique je fais n’importe quoi, je le sais je refuse tout( même ma prof de piano qui veut me faire passer des concours nationaux s’arrache les cheveux). La terminale C se passe comme toujours depuis quelques années de façon très irrégulière. Le jour des épreuves je me coule toute seule. Je me rappelle avoir passé 2h30 sur une question à 1point …sans succès. Une force négative me submerge. Une force que je sens depuis des années et qui hurle « au secours! ».
Je vais au rattrapage. Là encore devant des profs médusés et chez qui je ressens un mélange de mépris et d’étonnement je fais n’importe quoi. Je refais donc une terminale. Je finis par avoir mon  bac sur les rotules non sans avoir songé à partir, mon père me retenant avec dureté.
 

 Le redoublement

Chez tout enfant cela laisse des blessures, mais chez un surdoué c’est une histoire de fou. c’est une contradiction impossible à gérer. il y a la conscience très nette qu’on serait plus à son niveau d’apprentissage avec quelques années d’avance et là  on redouble. Le regard des autres change. les profs dont c’est pourtant le métier vous regardent comme  redoublant. très peu vont au-delà. je me rappelle, redoublante  de première la réflexion d’un camarade « mais tu as l’air vachement douée, comment ce fait-il que tu aies redoublé? » et la réponse d’un autre qui m’aimait bien: « à ton avis si elle était si douée pourquoi est-ce qu’elle aurait redoublé? » . Je n’en ai pas voulu à l’ami qui a répondu ça j’ai simplement pensé avec tristesse qu’il reprenait à son compte la pensée de la société. Sa réponse était imparable. les profs ou instit m’ont d’abord vue comme quelqu’un d’exceptionnel, puis comme quelqu’un de brillant, puis comme très bon, puis bon, puis qui pourrait bien faire en travaillant, puis qui pourrait assez bien faire (euh en travaillant beaucoup peut-être?)  sans parler de ceux dont vous détruisez des inepties scientifiques (sciences physiques: avec le théorème ça marche, mais pas avec le sous-théorème non: euh.. t’as pas fait une faute de calcul M. Einstein?) mais qui vous prennent pour une débile…euh on parle pourtant de la même personne?
 
Le fonctionnement quand ça commence à déraper

quand le psychisme craque l’intelligence ne répond plus. Ou alors de façon inattendue. En première je faisais du grec ancien depuis 3 ans. Je n’avais pas bossé, et je l’avais apprise comme une langue vivante : en écoutant tout en remplissant mon livre de croquis car il était illustré de sculptures magnifiques. Total, beaucoup d’intuition mais pas de bases aussi solides qu’un bosseur scolaire. Il suffisait que la prof dise « bon je vous donne cette version mais elle est très difficile, ca m’étonnerait que vous réussissiez, c’est juste un test, ne vous étonnez pas si vous n’avez pas la même note que d’habitude, on verra à la prochaine», pour que je sente quelque chose en moi qui se réveille et que j’aie une excellente note, le reste de la classe se plantant. En maths en Terminale C j’avais une prof très brillante, agrégée, passionnante. Il suffisait qu’elle dise: « celui qui trouve cette réponse à un carambar car la question ne figure plus au programme c’est juste en truc en plus pour voir » pour que je trouve intuitivement la solution, en géométrie pure, très rapidement, en général j’étais la seule. Je raconte cela car je trouvais cela frappant : mon cerveau semblait se réveiller vraiment, je le voyais bien, sous l’effet du défi et du carambar deux choses ludiques débarrassées de toute pression juste pour le plaisir. Avais-je la meilleure moyenne dans ces deux matières? Non, loin de là mais je constatais que le fonctionnement réel de mon intelligence ne devenait possible que lorsqu’on me disait « c’est impossible » ah le grand pouvoir du « t’es pas cap »! cela ne m’empêchait pas de douter de mes neurones, moins efficaces avec des consignes normales. Simplement cela me frappait car c’était systématique. (j’ai du avoir 5/20 au bac mais j’ai mangé beaucoup de carambars…). En revanche quand il fallait rentrer dans un exercice scolaire comme celui que je détestais et dont je ressentais profondément le formatage intellectuel: la dissertation, j’étais perdue. Je sentais un décalage énorme entre la vitesse de ma pensée et celle de mon écriture. Lorsqu’une phrase s’achevait j’étais déjà passée à autre chose il me fallait donc réécrire cette phrase car elle était nuancée par l’avancée des idées. Il me paraissait insensé et impossible de classer les idées par ordre d’importance puisque tout me paraissait important. Je pouvais pinailler sans fin sur une seule phrase, incapable de lâcher du lest et de me satisfaire d’un compromis. Je trouvais cet exercice thèse, anti-thèse, synthèse, déconnecté de la réalité de la pensée, artificiel et sans rapport avec la matière. Le seul exercice que je trouvais en rapport avec la matière littéraire était le commentaire composé. Pourtant l’exercice roi scolairement c’était la dissertation. Ah bon c’est ça le français? C’était bien la peine d’avoir des poètes géniaux…
 

  
Ma vie d’adulte

 Incapable de me laisser aimer, comment le pourrais-je moi qui me suis coupé la tête pour faire plaisir, je n’ai pas eu d’enfants alors que je les adore…beaucoup de choses me font souffrir dans le monde mais je ne me sens pas capable d’aider.

Je me sens incapable d’étudier, intellectuellement je n’ai rien fait.

j’ai l’impression que j’ai vécu ma vie comme un naufragé sur une planche au fil de l’eau je voudrais bien redresser la barre mais il ya longtemps qu’il n’y a plus de navire et je vois l’âge du capitaine qui s’accroità quel moment suis-je paix dans la vie? À la tombée de la nuit car je pourrai dormir et oublier demain sera un autre jour. Mais le lendemain c’est la même histoire. Des années de souffrance dont je n’ai pas envie de parler. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: j’ai été heureuse en 1990. (circonstances exceptionnelles je vis en tribu kanaque) bon une année c’est mieux que rien. Heureusement que je l’ai vécue.

 

Comment je me suis vue

 Comme quelqu’un qui avait eu un très bon cerveau étant petite mais qui avait perdu ses neurones. à ce propos, moi je donne ma main à couper (ma tête je ne peux pas c’est déjà fait!) que le potentiel, contrairement à ce qu’on dit, peut-être atteint par trop de souffrance. Comme quelqu’un qui n’a aucune intelligence de la vie. comme quelqu’un de très seul malgré de belles amitiés qui se pose manifestement des questions que la sagesse des autres ne se pose pas. Et malheureusement malgré du courage, cela je m’en accorde autant que de lâcheté, comme une personne profondément incapable de digérer et de cicatriser ce qui me pose beaucoup de questions et remet en cause le peu de bien que je peux penser de moi.

 

Mon père ce héros…de l’Education Nationale

 La loi c’est la loi et c’est la même pour tous. Surdoué est un terme ridicule (c’en était un lui-même) qui renvoie à l’élitisme qui lui-même renvoie au nazisme. Mon père était très intelligent curieusement les seules fois où il était complètement idiot c’est quand il parlait d’éducation, ce qui m’a toujours fait dire que l’idéologie vient à bout de tous les neurones quand elle s’y met. Il était bon il est devenu maltraitant.  

Sa fille doit faire comme les autres, il n’y a pas de raison. En même temps il parait qu’il est très fier de moi mais a peur d’avoir la grosse tête et évite donc de parler de moi.

Pendant un temps cependant, le décalage lui parait si fort qu’il songe sérieusement à contredire son idéologie. (je l’apprendrai des années après sa mort de la bouche de ma mère) mais cette dernière (l’idéologie pas ma mère qui paraît-il n’était pas contre) aura le dernier mot. L’argument imparable que j’ai encore entendu dernièrement chez une instit c’est qu’il ne faut pas faire sauter des classes à un enfant car cela le priverait de jeu et que le jeu est constructeur. l’enfer comme d’habitude est pavé de bonnes intentions et d’une profonde ignorance de la réalité. apprendre chez certains enfants est en effet le jeu par excellence celui dont on retire le plus de plaisir et de construction.  mais bon, j’irai en enfer et la bien-pensance gardera ses ailes de plomb.

Quand je commence à déprimer au lycée et que je ne me reconnais plus intellectuellement voici « l’aide » que mon père (passionné par l’orientation selon ses dires!) m’a apportée :

« ma fille tu as été à l’école comme tout le monde. tu as donc appris, comme tout le monde, la fable du lièvre et de la tortue. mais tu n’en as pas tiré la leçon: tu as été le lièvre, à toi de savoir faire la tortue. » outre que j’apprends que je suis une sotte car je ne sais pas tirer les leçons des fables contrairement à tout le monde,  on me confirme qu’il faudrait que je sois quelqu’un d’autre et que tout est sous ma seule responsabilité ! cela ne t’as pourtant pas échappé mon cher papa je me suis cassé les pattes je me sens très coupable d’être sur terre, et je n’aurai jamais  de carapace…je note au passage que tu sais qui je suis même s’il te faut pour cela employer une image car ça n’engage à rien ce n’est qu’une image n’est-ce pas? je crois avec le recul qu’il a fallu de la force à mon cerveau pour ne pas sombrer dans la folie de ces informations contradictoires. entre parenthèses et de façon prémonitoire lorsque que j’ai appris cette fable je ne l’ai pas trouvée sage, je l’ai trouvée profondément cruelle et absurde, ce lièvre dont tout le monde se rit me mettait les larmes aux yeux….

 vers 25 ans très déprimée consciente que je me prépare à une vie d’errances et qu’il faut peut-être surmonter le problème j’écris à la seule personne qui me connait vraiment selon moi, mon père. Je lui écris une lettre dans laquelle je lui fais part de mon intention très angoissée mais réelle de reprendre des études. Cette lettre, devinant l’agressivité d’une culpabilité parentale refoulée, je l’écris avec précaution en précisant bien qu’il n’y a aucun reproche mais un besoin de vérité pour pouvoir repartir dans la vie.  Je  lui demande s’il m’a aimée (moi qui l’adorais) et pourquoi il ne m’a pas aidée un peu, je lui demande si je suis folle ou si j’ai bien été surdouée. Je n’aurais jamais dû faire cela c’était mettre ma vie entre ses mains, ses grosses mains d’idéologue. la réponse m’a été fatale et a décidé de la suite de ma vie. Elle m’a mise KO, incapable de me relever pendant des années. Cela parait sûrement incompréhensible pour quelqu’un de normalement et solidement construit mais c’est vrai. Je l’ai reçue véritablement physiquement comme un coup en plein cœur j en ai encore la sensation. je n’étais pas surdouée (donc j’étais folle) le passé était le passé et il avait fait ce qu’il avait pu. Sans doute aurais-je dû éviter de mettre un gros mot « surdoué » dans ce courrier. Peut-être aurais-je du me cacher derrière La Fontaine? En tous cas c’est la seule fois où j’ai osé en parler. Avec le recul quelle aide pouvais-je attendre de quelqu’un qui s’écrie avec colère à un enfant de maternelle « tu attendras le CP comme tout le monde! » un petit enfant mérite-t-il une telle colère? Mon père est mort 4 ans plus tard. il aurait pourtant suffi d’un mot, un seul mais il ne serait jamais sorti de la bouche d’un historien de formation passionné par la Révolution Française. quelle aide pouvais-je attendre d’un père qui dit à son ado malheureuse qu’elle n’a qu’à faire la tortue? (la tortue n’en a pas l’r mais c’est de la torture…bon ça fait du bien un petit jeu de mot) il n’y a rien de pire que le déni. il fait perdre un temps fou, l’adjectif est juste, et précieux en terme de reconstruction. il arrive un temps où la reconstruction n’est plus possible. la blessure ne se referme pas avec les ans elle est plus profonde simplement on ne la voit plus la peau s’est refermée. elle suit son évolution à l’intérieur d’un gros hématome qui s’appelle le cœur.

 

 Peut-être une seule phrase vous sera-t-elle utile? Moi je sais que dans ma vie certaines phrases ont compté alors que formulées autrement elles ne me faisaient pas d’effet.

Merci beaucoup Bleuenn, mais je vais livrer à mes lecteurs un peu plus qu’une seule phrase ! 
Avez-vous eu un test de QI à un moment de votre vie ?

Je n’ai jamais passé de test. Sincèrement je me demande si l’on peut quantifier l’intelligence de cette façon. Il paraît que cela quantifie un écart par rapport au reste de la population. Des preuves d’un écart très important par rapport aux gens de mon âge j’en ai eu plein étant jeune alors…quelle importance cela ne m’a fait que du mal.

 

Pensez vous que si votre avance intellectuelle avait été mieux prise en compte, vous auriez pu accomplir de grandes choses ?

L’accomplissement / la prise en compte de ma différence
comme je vous l’ai dit, mon avance n’a pas été mal prise en compte, elle n’a pas été prise en compte du tout, pire elle a été déniée, ce qui est encore plus ravageur psychologiquement « je sais, je sais que tu sais, je sais que tu sais que je sais, mais on va faire comme si on ne savait rien »…  j’insiste car cela me parait important.
 
Votre question est difficile: aurais-je fait de grandes choses? Spontanément je dirais : »oui bien sûr car l’enfant que j’étais comprenait à demi-mot, avait une mémoire très solide, était passionnée par la connaissance, avait un gros cœur ». Dans l’idéal le but d’une éducation est d’élever un être jusqu’à ce qu’il atteigne son propre niveau. Dans le 1/3 monde élever son enfant pour qu’il atteigne sa taille physique programmée génétiquement est déjà une victoire. Je culpabilise de savoir que je souffre alors que certains sont prostitués, meurent de faim ou sont en prison pour leurs idées. Mais justement, si l’on m’avait laissé le droit d’être moi-même, je sais bien que j’aurais pu être utile. Croyez-vous que je puisse être utile, actuellement au chômage, rejetée par atypisme, non diplômée? C’est cela le plus gros gâchis, priver le monde de cerveaux, le monde en a bien besoin et la France qui aime bien donner des leçons, pourrait y réfléchir, elle qui a les moyens d’encourager l’intelligence de ses enfants. La France en finira-t-elle jamais de couper des têtes? Il me semble souvent que la pensée française est perverse, je repense souvent à cette phrase de Voltaire, un génie qui s’est fourvoyé dans la mode du théâtre et qui sans cela nous aurait livré beaucoup plus: « l’hypocrisie est l’hommage que le vice rend à la vertu ». Nous faisons semblant d’être vertueux,…nous coupons des têtes. Pour en revenir à ma petite personne, et à votre question, parler 50 langues ne m’aurait pas fait peur, défendre les langues menacées encore moins car c’est un devoir humain essentiel quoique totalement méprisé, mais cela n’a pu être mon chemin car j’ai du payer la taxe au surdon, la payer trop fort, la payer trop jeune.

 

Envisagez-vous vous concentrer sur des études aujourd’hui ?
  
la possibilité de reprendre des études
Franchement comment faire quand on a une méfiance allergique en l’éducation nationale?

 

Pensez-vous que votre potentiel soit toujours présent ?

 La question du potentiel
 
comme je l’ai déjà écrit je pense qu’il a été atteint et j’ai passé la quasi totalité d’adulte à croire que mes neurones avaient disparu. Vers 35 ans cependant je fais 4 stages intensifs de breton (40h/semaine) l’apprentissage se passe pour moi dans des conditions idéales: pas d’autre enjeu que d’apprendre pour le plaisir avec des collègues et des profs sympas. Il m’arrive un truc incroyable: « mes bottes de 7 lieues » comme je les appelle, sont revenues, sensation étrange il me semble que j’apprends de plus en plus vite au fil des jours et à un moment donné ma vitesse me fait peur car j’ai l’impression de n’avoir pas le contrôle! cela me rassure d’un côté mais en même temps je me dis que c’est peut-être un accident, un réveil momentané de mon cerveau…je note avec amusement que je revis en accéléré les réactions des autres (rejet étrange d’un prof qui ne conçoit pas que je puisse ne faire qu’un seul stage niveau 1 alors qu’on en fait 3 ou 4 en moyenne, encouragements et compliments très forts d’autre part, je dois dire que j’ai entendu le mot surdouée) mais cette fois-ci j’ai le recul d’une adulte tout cela n’ a guère d’importance. Une autre situation, un consours, va me faire comprendre qu’il me reste suffisamment de neurones pour aller très vite (avaler en 2 mois et demi un programme d’un an) mais que je suis incapable de me plier au formatage.

Que vous dire d’autre? Ce n’est pas intellectuellement mais psychologiquement que je me sens incapable de reprendre des études. Je prends mon courage à 2 mains et m’inscris en fac d’histoire par correspondance il y a 2 ans. à la première marque d’illogisme de la part du système j’envoie tout promener. Le seul devoir que je remplis en un jour est un devoir de grec ancien dont les phrases de version ne me posent pas de problème bien que je n’ai pas étudié cette matière depuis 25 ans…

En conclusion, pour répondre à votre question honnêtement je suis obligée encore une fois d’en passer par des faits précis qui donnent tort à mon impression première, à savoir que mes neurones ne fonctionnent plus comme avant. Comment savoir cependant? Le même potentiel dans de bonnes conditions à savoir dans des conditions qui l’auraient laissé s’exprimer dans sa jeunesse se serait certainement entretenu et réalisé, mon cerveau s’en serait mieux porté, se serait aiguisé dans le travail. Je pense sincèrement qu’il a été atteint par trop de souffrance mais je sais aussi qu’il en reste visiblement suffisamment pour raisonner. Simplement qu’en faire? il semble affamé et je n’ai d’autre nourriture à lui apporter qu’une introspection.

Ce mal qui s’empare de vous enfant, vous êtes trop jeune pour l’affronter, vous faites donc comme vous pouvez, mais une fois que le mal est fait c’est quasiment impossible d’y remédier car les diplômes conditionnent nos existences d’occidentaux, or dans un cas comme le mien, d’auto-décapitation, l’école commence à être un peu intéressante en 1° c’est à dire qu’elle commence à vous donner à manger quand vous êtes déjà devenue anorexique et rebelle au système : il est  trop tard. à un âge où vous êtes censé vous construire vous êtes déjà détruit. D’où une vie d’errance avec une allergie foncière à ce pour quoi vous êtes fait : l’étude, c’est à dire les études.

 

 En voulez vous plus au système ou à vos parents et plus à votre père ?

 En vouloir est-ce le bon mot? Disons que c’est la faute à pas de chance, je ne suis ni  née dans la bonne famille ni dans le bon pays ni au bon moment du point de vue d’une anormalité intellectuelle et émotive. Spontanément, dans mon histoire, j’en veux plus à l’idéologie. Mon père évidemment était victime de cette idéologie dominante mais je crois aussi qu’il y avait une énorme part de narcissisme en lui, c’est d’ailleurs pour cela que l’idéologie pouvait avoir prise: « je serai parfait, j’apporterai à mes idées la preuve que je les soutiens jusqu’au bout et que je suis irréprochable, cette preuve irréfutable sera le sacrifice de ma fille ». (De toute façon pourquoi avoir des états d’âme, une intelligence réussit toujours) …votre question est difficile, le même père médecin n’aurait sans doute pas vu d’ombrage à ce que j’aie mon bac à 14 ou 15 ans. tout ce que je sais c’est que de tous temps, il y a eu des parents qui aimaient leurs enfants plus qu’eux-mêmes ou que leur confort (cf « ordinary people » ou « Billy Elliot »). Donc finalement, pour votre réponse, je crois que c’est mon père, la personne que j’aimais le plus au monde, qui porte malgré tout le plus de responsabilité car il était au cœur du système et si le système n’avait pas d’amour, lui aurait pu en avoir.  Car pour finir c’est une question d’amour: aimer l’autre tel qu’il est dans sa différence, aussi dérangeante soit-elle, et lui laisser le droit de vivre son destin. Le sacrifice d’un enfant surdoué, s’il est volontaire, est inutile. La norme ne s’en porte pas mieux car même si cela la rassure momentanément elle aura toujours besoin d’écouter du Mozart. C’est paradoxal et c’est absurde.
 
UNE REFLEXION
Par ailleurs, je voudrais aussi dire que je ne prends plus d’antidépresseurs depuis que j’ai fait pleinement le deuil de mes parents et que donc, ce faisant, j’ai remis un mot tabou sur mon problème de fond. Le mal de vivre qui ne m’a pas quitté depuis ma première dépression à 16 ans, ce mal de vivre que les médecins n’arrivaient pas à m’aider à vaincre, c’est le mal de ne pas vivre sa vie. On fait le diagnostic d’une dépression, le mal de vivre du surdoué c’est en fait le Canada Dry de la dépression. Mêmes symptômes, même puissance, mêmes conséquences  mais ne nécessitant pas les mêmes remèdes, la même approche. passer à côté des caractéristiques émotives et intellectuelles d’une personne à haut potentiel  c’est passer à côté de son mal-être et donc de son bien-être sa « guérison ». Voyez-vous cela fait presque 30 ans que je me bats, à 16 ans j’ai dû chercher seule dans un dictionnaire les mots « dépersonnalisation » (une intuition de langage) et dépression (un mot maternel sans autre explication). Une force en moi me pousse à ne pas abandonner tout à fait et je crois que si je n’ai plus besoin de cachets c’est parce que je m’autorise à employer un gros mot, ce mot qui écorchait le bouche de mon père: surdouée, c’est à dire « ni tout à fait la même ni tout à fait une autre »  pour reprendre Verlaine….

 

Merci beaucoup pour ce témoignage. Je n’ai rien à y ajouter. Tout est dit.
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77 Comments pour Bleuenn

Rainbow | 20 octobre 2011 à 21 h 54 min

Ce n’est pas Baudelaire, Chouchou, mais Verlaine !
Témoignage poignant,( je me suis reconnues dans certaines choses) et je te souhaite de tout coeur de reprendre ta vie en main et d’être à l’avenir tout à fait toi-même pour que l’on puisse enfin t’aimer et te comprendre.

Bonne chance à toi.

bleuenn | 21 octobre 2011 à 14 h 39 min

merci pour ce message de soutien

PS: exact c’est Verlaine, acte manqué: des 2 Beaudelaire est mon chouchou, « chouchou »!

Nadine Kirchgessner | 25 octobre 2011 à 23 h 41 min

Merci à Rainbow pour Verlaine , c’est corrigé.

Betty | 9 novembre 2011 à 10 h 21 min

Merci pour ce témoignage… c’est ma fille de 22 ans qui me l’a fait lire. Elle pleure et souffre en lisant en ce moment tout ce qu’elle peut sur les surdoués, et moi je pleure en écrivant ça. Je crois, j’espère, qu’elle a eu plus de chance que vous: je l’aime tellement et comme elle est et même (surtout?) quand je ne la comprends pas…je l’ai toujours soutenue, mais sans penser au surdon; très intelligente, très « spéciale », très créative, oui, c’est dans ce dernier aspect que j’ai vu le surdon, et que je l’ai toujours pointé, tout en me demandant secrètement si c’était l’amour aveugle d’une mère qui voit son enfant merveilleux…
Alors juste une question, s’il vous plait…
comment peut-on l’aider? Elle n’est pas en échec, fait les études qui lui plaisent, mais elle souffre tellement qu’elle est toujours malade: trop fatiguée pour faire ce qu’elle aime, cela fait 10 ans qu’elle manque 1/4 ou 1/3 d’année scolaire à cause de ça…
Merci pour votre témoignage. Et je crois que pour vous, non, ce n’est pas fini, raté, trop tard; trop tard pour ce qui n’a pas été fait, oui, bien sûr! mais pas pour ce qui est devant… vous avez pu sortir de la dépression, « tester » le toujours bon fonctionnement des neurones… il faut s’attaquer à la récupération psychologique, à la reconstruction. L’humain a cette capacité de pouvoir se reconstruire même sur des ruines: le matériau est là. Oui, je sais, c’est très fatigant, et sans doute effrayant: va-t-on souffrir de nouveau? en est-on capable?
J’arrête là, j’en ai trop à dire.
Amitié

Nadine Kirchgessner | 9 novembre 2011 à 14 h 18 min

Bonjour Betty
Votre fille selon moi a déjà beaucoup de chance d’avoir une maman bienveillante, et de faire des études qu’elle aime. Par contre il faut comprendre pourquoi elle somatise de cette façon.
A-t-elle déjà été testée ?
Merci pour votre témoignage.

bleuenn | 10 décembre 2011 à 21 h 05 min

bonjour Betty,
je viens seulement de lire votre message qui a plus d’un mois. je ne sais si la question m’était adressée, mais suis certaine que Nadine saura vous être de bon conseil. Je ne sais comment il faut aider votre fille, mais rejoins Nadine en ceci: elle a un vraie mère: aimante et bienveillante. C’est essentiel. Si elle fait des études qui lui plaisent c’est formidable. Je ne sais que vous dire à part que je me tiens à votre disposition à toutes les deux. Peut-être votre fille doit-elle faire son deuil d’une communication idéale avec les autres? Avoir peu de gens autour d’elle mais des gens qui lui conviennent et à qui elle convient. Peut-être a-t-elle comme moi un désir d’osmose et de fraternité qui ne peut être assouvi dans la réalité? « Amour tu as été mon maître(…)Ah si je pouvais deux fois naître comme je te servirais mieux » Dites peut-être à votre fille qu’on ne vit qu’une fois que la terre est merveilleuse malgré les fureurs humaines,que tous les êtres à part sont forcément isolés et qu’il est normal que cela les fasse souffrir car l’être humain n’est pas fait pour la solitude.Je lui dirais d’aller vers l’excellence c’est à dire dans l’accomplissement d’elle-même, de se remplir de chefs-d’oeuvres et d’apprécier aussi des choses qui semblent modestes.En tous les cas avec une mère telle que vous elle a déjà beaucoup de cartes en main.
Amitiés

Karen | 28 février 2012 à 20 h 36 min

Chère Bleuenn,

Votre texte m’a profondément touchée. J’ai reconnu plusieurs pans de ma vie, même si j’ai eu plus de chance.

Je me permets de vous adresser ces quelques mots pour vous témoigner mon admiration. Vous évoquez la résilience et selon moi, vous en êtes pourvue car il faut beaucoup de courage pour affronter un tel passé.

Votre texte est magnifique, limpide et si émouvant, vous livrez à nu les expériences d’une âme trop pure pour ce monde dans lequel elle évolue si courageusement. Il n’y pas une once de prétention, j’aime votre humilité et la simplicité de vos propos. Vous faites souvent mention à votre désir d’aider les autres et vous souffrez de ne pas pouvoir le faire. Vous me faites penser à un ange dont on a ligoté les ailes. Votre altruisme et votre idéalisme suintent tout au long de votre récit, âme écorchée par le vice de la jalousie ambiante. Je suis sûre que vous avez dû aider bien plus de personnes que vous ne pensez, quitte à vous sacrifier.

Heureusement, dans ces brumes, il y a dû y avoir des éclaircies, comme en témoigne votre aisance à l’écrit. Vous avez sûrement dû vous abreuver des mots des grands écrivains pour affronter vos maux et panser vos plaies.

Tout n’est pas irrémédiablement perdu, couchez sur papier votre expérience, cherchez à la diffuser , il y a en vous des trésors cachés que vous ne soupçonnez pas. J’ai étudié en littérature (niveau doctorat) et croyez-moi votre style est prometteur.

J’ai participé à un colloque sur la souffrance à l’école (contrer la souffrance à l’école : du pâtir à l’agir) J’avance une théorie selon laquelle en faisant le récit de notre vie, on en devient l’acteur et donc on reprend le dessus. On quitte le pâtir pour l’agir…Votre témoignage est poignant,c’est un premier jet, allez plus loin…

Quoiqu’il en soit, en dépit des vicissitudes que vous avez dû affronter, dites-vous que vous avez su garder votre dignité et que votre intelligence, qui a été votre lumière tout en provoquant vos ténèbres, sera toujours là pour vous guider vers une autre forme de réalisation. Je comprends que vous souffriez de ne pas avoir pu faire vos études mais au moins, vous avez continué à nourrir votre âme, même en dehors du système éducatif.

Cette richesse vous appartiendra toujours, qu’importe votre statut social, vous avez su grandir de l’intérieur autrement. Je vous conseille de lire L’élégance du hérisson. Vous me faites penser au personnage principal.

Bonne chance dans votre poursuite du bonheur,vous le méritez et je suis sûre que vous finirez par le savourer.

Karen

Nadine Kirchgessner | 29 février 2012 à 15 h 18 min

merci! oui elle écrit magnifiquement.

bleuenn | 2 mars 2012 à 19 h 42 min

Karen,

Vous m’écrivez un mot de réconfort alors même
que j ai de nouveau perdu la lueur au fond de ce tunnel absurde qu’est ma vie. Merci,je vais le prendre comme un petit signe. Il est étonnant votre mot. Bien évidemment je ne partage pas votre opinion: je me crois courageuse oui, résiliente non. Une ombre est-eLle résilliente? Ma bonté vous savez, je suis tellement triste et lasse que je sens qu’elle s’épuise. Pour le reste je n’ai jamais vraiment récupéré de l’anorexie intellectuelle adaptative que j’ai créee à l’adolescence. Je vous l’ai dit: je suis une ombre et contrairement à ce que vous semblez croire je lis bien peu et n’écris pas.
Maintenant que je vous ai dit que je pensais que vous aviez tort je dois aussi vous dire que vous avez raison. Karen, savez-vous que votre mot est, au vrai sens, surprenant :il me prend sur le fait du désespoir. Ainsi merci d’évoquer l’écriture. Peut-être de mes ailes arrachées reste-t-il une plume? Peut-être que cette plume je peux la tremper dans le sang de la guillotine? Et peut-être que je suis une oie? Pardon, mais la connerie c’est la soupape des tristes.
Je ne vous connais pas mais je vous embrasse et vous souhaite beaucoup de bonheur Karen. Nadine je vous embrasse aussi et désolée pour le gros mot.

karen | 3 mars 2012 à 4 h 53 min

Chère Bleuenn,

C’est vrai, je ne vous connais pas et si, tel que vous dites, vous lisez peu, et bien vous avez encore plus de mérite car votre style est vraiment agréable à lire. Vous avez la sensibilité d’un poète et j’aime votre image de plume trempée dans le sang. Et comme on dit, il n’y a pas d’encre plus épaisse que le sang.

Votre vécu douloureux pourrait devenir, qui sait, votre source d’inspiration après avoir été votre poids. Vous avez été en période d’anorexie mais votre esprit a continué, je pense, à grandir à votre insu car comment expliquer cette sensibilité, cette richesse intérieure que l’on devine derrière vos mots ?

Il n’y a pas que dans les livres que l’on trouve la beauté, mais aussi dans la nature, les petites choses de la vie et je suis sûre que votre esprit vif a dû analyser bien des situations dans vos relations humaines,apercevoir des éclats de cristal sur des brins d’herbe, là où d’autres ont vu des gouttes de pluie…

Vous parlez d’ombre, et bien, j’ai toujours pensé que la majorité des gens vivent justement comme des ombres, se contentant de satisfaire leurs besoins de richesse, reconnaissance sociale etc…Voilà ce que j’appelle mener une vie physiologique, d’autres errent mais se remplissent de l’intérieur car ils veulent à tout prix donner un sens à cette vie, même si elle les malmène. Voilà où réside leur valeur et pour moi vous faites partie des gens qui ont atteint une profondeur que beaucoup envieraient…

Ne vous découragez pas, je sais que c’est facile à dire, mais je vous assure que vous avez une grande valeur car peu importe le statut social que l’on occupe (au fond c’est du décorum), la vraie vie consiste à s’élever non au-dessus de sa condition sociale mais au-dessus de sa condition humaine, votre texte démontre que vous le faites.

Je viens d’un milieu dysfonctionnel aussi (père violent etc)Lorsque j’étais petite, en période difficile, je regardais le ciel étoilé et je me disais que c’était si beau que le reste n’avait pas d’importance. Je sentais confusément cette vision du Sublime me réconforter et bizarrement, face à l’immensité sidérale, au lieu de me sentir petite et perdu comme un grain de sable dans l’univers, je ressentais du bonheur et de la joie. Je me disais:qu’importe mes chutes, je tombe dans un monde magnifique. Cela peut paraître naïf, mais cette image du ciel étoilé m’a toujours aidée à remonter la pente. Peut-être avez vous en vous un autre genre d’image qui pourrait vous aider à retrouver le goût de la vie ? Pourquoi ne pas écrire une lettre à l’enfant que vous étiez pour rendre hommage à sa vivacité, sa joie de vivre et son intelligence que vous possédez encore malgré ce que vous pensez ?

Je vous embrasse aussi et vous souhaite une seule chose : la paix. C’est beaucoup pour retrouver le bonheur…

bleuenn | 5 mars 2012 à 20 h 08 min

Chère Karen,

C’est vrai que la vie est un miracle, comme je vous écris j’entends quelque part dans mon village le chant d’un crapaud, c’est un chant très doux qui a des milliers d’années et il est la vie même ce chant que l’on ignore. Le fait que vous prenniez le temps de m’écrire un mot est un cadeau. Je vous dis un grand merci. Vous m’avez fait du bien.
Vous savez, la reconnaissance sociale, c’est complexe, j’ai la chance de ne pas en être dupe pour les autres à savoir que mon regard sur autrui est, je crois, vierge de cela mais celui que l’on me renvoie de moi-même est différent: il me rapelle la situation absurde et alliénante dans laquelle je me suis mise. Je suis tombée l’autre jour sur le nom d’une camarade de collège qui est devenue chercheuse. Elle dirige un institut national. Elle est utile, s’est accomplie. Je suis heureuse pour elle. Elle était reconnue comme surdouée. J’étais, je peux le dire, il y a prescription, bien plus à l’aise qu’elle. Je suis restée sur le quai de la gare et je dois dire que je sentais que cela se passerait comme ça à l’époque. Bien sûr tout cela peut paraître extérieur mais je suis sûre que pour cette personne il y a aussi un accomplissement intérieur. C’est pour cela que j’ai publié mon témoignage sur ce site. Un petit témoignage plus un autre feront peut-être évoluer les choses pour qu’un gâchis comme le mien arrive de moins en moins souvent à d’autres. Qu’est-ce qui est plus enrichissant pour soi et plus utile à la communauté? Standardiste ou directeur de recherche? C’est aussi en ces termes que les choses se posent de façon générale.
Bref je reviens à votre mot: encore une fois merci Karen, je vais réfléchir à vos encouragements, sait-on jamais, je repenserai à vos étoiles qui sont aussi à l’heure où nous les voyons les miennes et celles de tous nos contemporains. Merci.

Karen | 5 mars 2012 à 21 h 11 min

Chère Bluenn,

je suis heureuse de lire que mon message vous a apporté un peu de réconfort. J’aime votre référence au chant millénaire du crapaud, lorsqu’on a accès à cette part atemporelle de la vie, on se sent rassurée, voire rassérénée.

Pour le regard des autres, je vais vous raconter une anecdote.Mon frère a rencontré il y a quelques temps un de mes anciens camarades de classe qui a été fort choqué d’apprendre que je n’étais « que » prof et au primaire de plus 🙂 Il s’imaginait que je serais médecin ou quoi que ce soit de « glorieux » :)(j’ai deux maîtrises et la moitié d’un doctorat car je n’ai pas encore soutenu, je vous dis ceci en toute modestie, pour vous dire que les études n’importent pas tant que ça au fond) Et pourtant, croyez-le ou non, ce métier d’enseignante me remplit de bonheur. Je travaille dans un milieu très défavorisé, pour ces enfants à la dérive, l’école est une sacrée bouée de sauvetage, une bouffée d’air également. J’enseigne à des enfants immigrants, il m’est arrivé de témoigner pour sortir du marasme certains d’entre eux (un petit de 5 ans que sa mère punissait avec des mégots de cigarette, une fillette de 6 ans qui me suppliait de l’emmener chez moi pour échapper à son père qui la battait avec des fils électriques…) Bref, quand j’étais enfant, je rêvais d’être médecin sans frontières et je vous avoue que j’ai l’impression faire la même chose mais à petite échelle.

Ne vous occupez pas du regard des autres, vous devez apprendre à faire confiance à votre destin et votre valeur. Votre métier peut être un gagne-pain temporaire et même si vous ne pouvez pas devenir chercheure dans un institut, votre engagement peut se situer à un autre niveau. J’ai aimé votre réponse à la maman qui s’inquiétait pour sa fille. Votre témoignage m’a permis de comprendre certaines choses de ma vie mais aussi d’appréhender avec sérénité l’avenir de ma fille qui a presque 4 et réclamait à grands pleurs que je lui apprenne à lire. J’ai failli commettre la même erreur que votre père, merci de m’avoir ouvert les yeux…
Rien n’arrive par hasard, vous avez dû aider d’autres personnes qui n’ont peut-être pas eu le désir de répondre.
Courage à vous, c’est quand la nuit est noire que l’on voit briller les étoiles 🙂 Les épreuves nous aident parfois à forger notre conscience et il n’est jamais trop tard. Y-a-t-il des ateliers d’écriture dans votre coin ?

Nadine Kirchgessner | 7 mars 2012 à 17 h 07 min

Merci Karen pour Bleuenn et pour moi aussi si vous me le permettez… que mon site serve aux échanges entre personnes surdouées pour trouver du réconfort est un rôle inattendu et bénéfique. j’ai grandi également dans un chaos familial , et je vais prendre vos encourageemnts d’écriture comme un bienfait. J’ai également trouvé dans le témoignage de Bleuenn un écho à mon histoire, il a été douloureux de recueillir son témoignage mais je savais que c’était indispensable. J’ai bataillé dur pour qu’elle ose enfin le diffuser, je savais qu’elle écrivait si bien , moi qui ai lu et qui lit beaucoup. Et je la remercie encore. Beaucoup de gens sont touchés par son témoignage et il peut contribuer à faire comprendre les erreurs dans lesquelles de nombreux pédagogues se perdent. Et vous une lectrice vous nous sauvez. Toutes les deux. Les interactions sont curieuses et mystérieuses. Je sais qu’il faut que j’écrive aussi mais des situations sont si douloureuses qu’elles ne peuvent être dites avant des années…j’avance sur les années, j’avance sur l’écriture, mais…parfois je me dis qui me croira ? Sans doute Bleuenn est dans ce cas. Vous écrivez aussi magnifiquement et j’aime votre image de la vie intérieure. Vous avez raison, quand on a été si malmené, on a une grande vie intérieure mais que de difficultés. Je comprends Bleuenn, je vous comprends aussi , je comprends tout le monde, mais ce que je comprends pas , c’est ce monde, rempli de gens malfaisants, jaloux, déplacés, nombrilistes, noyés dans une goutte d’eau… Il est vrai que la littérature n’existerait pas si les auteurs avaient eu une vie lisse et inintéressante. Hervé bazin n’aurait pas écrit « vipère au poing » si sa mère avait été une mère bienveillante. Françoise Dolto n’aurait pas été la grande psychanalyste que l’on connait si sa mère ne l’avait empêchée de faire des études. Parfois la force vient à bout de l’adversité, mais parfois l’adversité est la plus forte. Mais les personnes surdouées sont fortes face à l’adversité.

karen | 7 mars 2012 à 19 h 50 min

Chère Nadine,

vous avez raison, les interaction sont mystérieuses car je m’apprêtais à vous écrire via votre adresse courriel lorsque j’ai vu que vous aviez répondu à mon précédent message:)

Je voulais vous remercier et vous féliciter également de la qualité de votre site. Il est très instructif et rafraîchissant, comparé à d’autres sites dédiés aux zèbres mais qui me mettent mal à l’aise car il y flotte une ambiance d’égotisme assez insupportable pour moi. Il y en a un que je consulte régulièrement pour les articles mais les différentes interventions me fâchent parfois car j’ai l’impression d’avoir à faire à un club sélect de personnes qui se pensent trop intelligentes pour ce monde :)Or, le signe de l’intelligence est selon moi, l’humilité 🙂 J’aime votre site car il y a une véritable volonté de faire avancer les choses, un besoin de vérité et non une attaque perpétuelle contre le système éducatif.

Je vous comprends parfaitement pour l’écriture car je dois avouer que j’exhorte Bleuenn à écrire alors que je n’arrive pas à franchir ce pas 🙂 Peut-être que les choses finissent par se tasser et que tôt ou tard l’inspiration aura raison de nos démons passés.

Il y a une chose que je ne cesse de me répéter : il faut faire confiance à la vie, elle a plus d’imagination que nous. Votre sensibilité et celle de Bleuenn me touchent profondément, j’ai l’impression de vous connaître sans vous avoir jamais rencontrées. Voilà la magie de la vie qui opère:) On se sent rassurée et soulagée de savoir qu’il existe d’autres personnes qui perçoivent le monde comme nous.

Vous avez raison, la plupart des gens sont mesquins, c’est ce que j’ai appris au fil de mes déceptions amicales. Je ne sais pas si je suis surdouée mais je vous avoue que la question ne me torture pas pour moi, car l’école a été ma voie de réalisation pour échapper au poids d’une culture qui ne me convenait pas. Mais j’ai toujours eu l’impression de vivre mon rapport au monde de façon très émotive, au point d’avoir l’impression de capter les émotions et les pensées des gens, notamment ceux qui espèrent vous voir vous planter :). Aujourd’hui, je vois ma fille souffrir de sa différence et de la jalousie de personnes même proches. Elle commence à s’adapter au moule 🙁 et fait semblant de répondre ou faire n’importe quoi, comme si elle cherchait à rassurer ces personnes sur son manque de compétence. Elle a toujours eu beaucoup de facilité à apprendre et s’est montrée avide de savoir très tôt , on m’a même accusée de la surstimuler, ce qui n’est pas du tout le cas, au contraire, j’ai causé bien des larmes en lui disant qu’elle était trop petite pour lire. Mais c’est vrai qu’entendre un enfant de 2 ans vous expliquer la différence entre les globules rouges, blancs et la macrophages, ça peut paraître déroutant pour certaines personnes.

J’ai lu avec intérêt le parcours de vos enfants. Vous êtes une maman formidable et inspirante, cela m’a fait du bien de voir votre modèle de combativité. J’espère être en mesure d’aider du mieux que je peux ma fille, votre site et le témoignage de Bleuenn m’ont offert d’autres façons de voir la question de la douance. En fait, je pense que j’aime votre approche plus philosophique et plus humaniste aussi. On sent une réelle volonté de comprendre cette réalité et non un simple affichage des prouesses de la surefficience intellectuelle. Au fond, votre site tente de répondre à la question comment être heureux en dépit des différences ? J’aime cet aspect qui me convient mieux que le récit des prouesses des zèbres 🙂
Au plaisir et merci encore de vos bons mots.

bleuenn | 25 mars 2012 à 18 h 07 min

Chère Karen,

Je voulais vous dire combien ce que vous avez écrit au sujet de votre fille m’a touchée. Cette seule phrase sur la lecture compte beaucoup pour moi, bien plus que tous les encouragements du monde, car elle exprime une action bien concrète, un acte qui sera certainement important dans la vie de votre petite et ce faisant un peu réparateur pour moi. Je peux me dire qu’à ma mesure j’ai contribué à un changement et que de toute cette souffrance il est sorti quelque chose d’utile. Cela ne changera pas ma vie mais cela m’apaise et je vous en remercie.
Je voudrais aussi remercier Nadine car c’est grâce à son travail et à son approche que nous échangeons un peu. Savoir que quelqu’un vous comprend quelque part est en effet capital, je le vois come une bouée de sauvetage, je suis fatiguée de nager, souvent à contre-courant, mais au moins je sais qu’au loin il y a ce secours.
Votre fille se sent déjà seule à ce que je lis, mais puisque vous vous l’aimez vraiment telle qu’elle est, alors vous la protègerez et ne la laisserez pas devenir une autre. Ce qu’il ya de bien avec ces enfants par ailleurs fragiles c’est qu’on peut leur parler de choses profondes et réfléchir avec eux avec une certaine force. Sans doute attend-elle une réflexion sur la jalousie, ses causes, ses effets et les moyens d’y faire face. Peut-être a-t-elle besoin d’aborder les thèmes du droit à la différence ou bien de l’affection véritable? S’il y a une seule personne sur terre qui la comprenne et la connaisse telle qu’elle est et si cette personne lui fait savoir qu’elle a le droit et même le devoir d’être elle-même alors cette seule personne lui permettra de s’armer pour affronter les écueils de la vie. Lorsque je dis le devoir d’être elle-même c’est me semble-t-il une façon de transformer la pression en défi et de faire appel à son sens des responsabilités qui est certainement développé. Bien sûr il est difficile de perdre ses illusions d’enfant mais accepter la réalité peut se faire sans trop de heurts lorsqu’on est aimé, guidé et protégé. Voilà pardonnez ces quelques lignes mais j’ai eu mal au coeur en lisant que votre fille goûtait déjà au renoncement. Effectivement il s’agit bien pour cetains de se rassurer quand elle se montre « incompétente ». Mais ce soulagement et cette satisfaction seront éphémères pour eux et cela ne bouleversera pas leur vie. Le sacrifice est une erreur, j’espère que votre fille le comprendra bientôt. Le choix se limite à 2 choses : le deuil ou le sacrifice. Le deuil de sa grégarité ou le sacrifice de sa singularité. Le deuil fait de toute façon partie de la réalité vitale autant donc le commencer de suite, il se surmonte. Le sacrifice n’est que le deuil de soi-même mais quiconque y a goûté n’en revient jamais vraiment. Croyez-moi, je vous écris du purgatoire, je n’étais pas adulte lorsque j’y suis entrée, je n’en suis pas sortie.
« mais la prison sur son pelage a laissé l’ombre du grillage » disait Desnos dans « le zèbre ». Quelle émotion lorsque j’ai appris ces vers en CE1. Comme j’aurais voulu protéger ce zèbre dont la joie et la magie devait se payer par un séjour en cage. Triste prémonition…Une de plus, inutile sans une bienveillance adulte.
Votre fille sait ce qui se joue mais vous ne la laisserez pas derrière les barreaux.
Bon je vous laisse en vous remerciant et en vous embrassant, et pour finir par une note un peu gaie c’est le retour du printemps la plus belle des saisons, la saison de l’espoir et de la renaissance, je vais marcher un peu!

Karen | 28 mars 2012 à 18 h 36 min

Chère Bleuenn,

quel plaisir de vous lire ! Je sais que je me répète mais je tiens à vous dire encore une fois que vous avez un style superbe : des phrases claires, limpides, concises, elles me font l’effet de joyaux taillés dans du cristal :)Ne pensez pas que je cherche à vous flatter, j’adore les textes qui me touchent sur les plans esthétique et moral.J’ai adoré votre phrase : « Le deuil de sa grégarité ou le sacrifice de sa singularité » Quelle belle formule philosophique qui résume à merveille le sort des gens doués.

Je ne sais pas si ma fille en fait partie, je la reconnais dans beaucoup de caractéristiques. Elle n’a pas encore 4 ans et se délecte à apprendre des mots compliqués comme euoplocéphalus, parasaurolophus. Bref, elle est passionnée en ce moment par les dinosaures et retient, bien mieux que moi 🙂 leurs noms, leurs caractéristiques…Elle a une grande sensibilité, se préoccupe de l’avenir de la terre, fait des dessins pour les enfants pauvres, fait des voeux pour qu’ils aient à manger etc…C’est vrai que je l’éduque en ce sens mais elle va plus loin que les valeurs que je lui inculque et réfléchit profondément comme vous dites. D’ailleurs, cela a toujours été un plaisir de converser avec elle, car elle est passionnée par la vie.

Je vous suis très reconnaissante d’avoir laissé un tel témoignage, il a fallu certainement beaucoup de courage pour le faire mais dites-vous que quelque part, vous avez contribué à aider des personnes comme moi, déroutées et ne sachant comment prendre le problème. Grâce à vous et à Nadine, je me sens plus outillée pour comprendre ma fille. J’ai consulté une psychologue qui m’a conseillée de la faire tester lorsqu’elle aura 4 ans car elle reconnaît chez elle les signes de douance.

C’est vrai que je devrais avoir le courage de lui parler de la jalousie et de ses effets pervers, même chez ceux qui nous aiment et sont censés nous encourager. Mais je crains de ne pas pouvoir trouver les mots justes alors je me contente de lui dire qu’elle doit toujours être fière de ce qu’elle est et je lui raconte des anecdotes de ma propre expérience de l’injustice familiale.

Je vous embrasse aussi et vous félicite d’avoir su garder une âme pure et noble en dépit des vicissitudes auxquelles vous avez été confrontée.Vous pouvez être fière de vous, je vous assure.

bleuenn | 9 mai 2012 à 20 h 28 min

Chère Karen,
je reviens à votre fille qui est visiblement un petit être doué d’un coeur particulièrement pensant. Il y a environ 20 ans une instit a publié chez Hachette (education) un ouvrage intitulé en substance « 20 histoires pour les tout petits ». L’auteur y abordait les angoisses diffuses des 3-4 ans et les questions qu’ils ne formulent pas.( racisme, victimat, amour véritable, générosité, crise du « non » etc…)Les héros étaient des animaux. Ce livre était excellent malheureusement je n’ai pas de référence plus précise mais je me rapelle qu’une histoire était intitulée « le petit cochon bleu », elle parlait du racisme. En cherchant bien peut-être retrouverez-vous un exemplaire? Pourquoi n’inventeriez-vous pas une histoire avec un petit animal qui rencontrerait les mêmes problémes que votre fille mais aussi des solutions? C’est, avec le recul, mon message précédent étant sans doute excessif, le meilleur moyen pour un tout petit: procéder par identification.
Votre fille est visiblement un sacré petit bout!
Mais elle a aussi une vraie maman! wouahh! Elle en a de la chance!

Karen | 25 mai 2012 à 20 h 47 min

Chère Bleuenn,

Merci de votre message et encore une fois de votre témoignage. J’ai fait tester ma fille, la psy m’a assuré qu’elle n’a jamais vu de cas comme le sien. Je n’ose dire son QI mais il est vraiment très haut pour son âge. Je ressens de la joie pour elle de posséder un si grand potentiel et en même temps beaucoup d’inquiétudes car plus les jours passent et plus je constate les impacts de son extra-lucidité. Elle est capable maintenant d’une capacité d’analyse qui, honnêtement, m’effraie parfois car je sens sa souffrance de découvrir la méchanceté de certains adultes, dont son enseignante qu’elle a traitée d’hypocrite. La psy m’a dit que l’écart avec la population risque d’être un grand handicap pour ma fille, je l’éduque sur des valeurs de respect de la différence alors peut-être réussira-t-elle à appliquer à elle-même ce crédo. Je vais essayer de trouver le livre que vous mentionnez, depuis qu’elle est toute petite, je l’éduque en effet avec des histoires se rapportant à son vécu.
Je remercie également Nadine au passage pour son excellent site qui dévoile les spécificités de la douance mais en toute simplicité, sans vantardise mais avec un réel effort intellectuel pour avancer dans cette problématique si épineuse.
Je ne manquerai pas d’alimenter ce blog de mes découvertes personnelles (en passant, le livre Zachary l’ourson précoce est génial pour les enfants) mais aussi de mes interrogations de maman inquiète de voir sa petite de 4 ans « scanner » les réactions des personnes avec qui elle évolue 🙁

Nadine Kirchgessner | 3 juin 2012 à 11 h 40 min

Bonjour karen
Merci pour votre message. Je pense que si vous n’aviez pas lu le témoignage de Bleuenn, vous auriez certainement plus tardé à tester votre fille. Je ne pense pas ce gros QI soit handicapant si vous êtes vigilante. Vous avez compris votre fille grâce à votre attention et votre bienveillance et grâce à Bleuenn, pour une part. Vous avez compris , grâce à son témoigage qu’il ne fallait pas freiner votre petite fille. Il n’y a aucune raison pour que cela ne se passe pas bien. Il faudra être diplomate avec les enseignants, avec les autres parents…Merci pour nous avoir donné à lire vos découvertes et vos avancées qui seront utiles à d’autres parents.

bleuenn | 4 juin 2012 à 20 h 02 min

Chère karen,

Je ne suis pas étonnée de votre dernier mail mais j’en suis contente. Ce que vous avez fait est une grande preuve d’amour et nul doute qu’avec un tel amour votre fille trouvera des armes. Je vous écris pour vous rappeler que beaucoup de personnes avec un grand potentiel intellectuel arrivent à se réaliser dans la vie. L’ignorance fait beaucoup de mal et il n’y a pas que de la jalousie dans le rapport des gens normaux avec les personnes hors-norme: il y a aussi beaucoup d’ignorance et d’incompréhension. Puisque vous n’êtes pas dans l’ignorance et que votre fille ne le sera pas que peut-il se passer? Une femme avertie en vaut deux, une petite fille avertie en vaut deux…Elle risque simplement de s’épanouir. Des mesquineries, elle en connaitra et dans un premier temps elle y sera particulièrement sensible, mais elle s’y fera d’autant mieux qu’elle s’y fera tôt et qu’elle aura quelqu’un avec qui y réfléchir tranquillement. Un jour elle sera elle-même tout simplement et plus aucun jaloux ne pourra rien y faire. Certains broyeront du noir dans le secret de leur coeur, d’autres et je pense que c’est la majorité passeront de la critique à l’admiration car sa réussite c’est à dire l’affirmation de ce qu’elle est véritablement aura forcé leur respect. Quelle importance que tout cela pour elle quand elle sera adulte si elle est a suivi son vrai chemin?
Maintenant que vous connaissez les écueils, pensez aux beautés de la haute mer.
Je pense bien à vous et à votre fille mais ce n’est pas avec inquiétude.
Bleuenn

karen | 12 juin 2012 à 4 h 19 min

Chère Bleuenn,

Merci infiniment de votre message, il m’apporte beaucoup de réconfort et de soulagement : vous avez raison, si on connaît les difficultés à venir, cela permet de les aplanir un tant soit peu. Je garderai en mémoire votre belle phrase: « Maintenant que vous connaissez les écueils, pensez aux beautés de la haute mer. »

A vrai dire, toute vie a ses écueils mais aussi ses belles découvertes alors je vais tâcher d’apprendre à ma fille à se réjouir de tout ce que le monde recèle de beau. Je suis en train de relire un livre passionnant: grandir avec ses enfants de Nicole Prieur, il ne parle pas de douance mais il évoque la belle aventure que représente toute vie humaine: rien n’est jamais figé, nous sommes en perpétuel ajustement face à nous-même, face aux autres, face à notre monde de plus en plus mouvant.

Je vous sens plus sereine dans vos messages, j’espère que vous avez réussi à vous réconcilier avec votre destin. Quoiqu’il en soit, je vous serai toujours reconnaissante de votre témoignage qui m’a ouvert les yeux. Vous n’avez peut-être pas découvert un vaccin dans un quelconque laboratoire mais vous avez aidé une maman et sauvé sa fille d’un parcours faussé dès le départ. J’aurais pu croire cette enseignante et enfermer ma fille dans l’image d’un trouble TDAH, brisant ainsi sa vie alors qu’en fait, elle recelait un trésor à découvrir et à protéger.

Je me sens plus armée pour la défendre mais surtout la comprendre et lui permettre de toujours chercher en elle la clé de son bonheur. Elle m’a demandé hier soir d’un air inquiet si un jour il nous serait possible de tout savoir. La mort, les limites, restent des angoisses à surmonter et dépasser mais elle finira par triompher de ses peurs. Au fond, chercher un sens à sa vie, c’est déjà lui en donner un et rien ne vaut cette quête de soi perpétuelle. Nous sommes tous en marche vers nous-même et un jour nous finissons par sourire de gratitude en regardant le chemin parcouru. Je vous souhaite du fond du coeur de ressentir le bonheur que vous méritez et que vous avez si longtemps cherché.
Amicalement
Karen

Nadine Kirchgessner | 15 juin 2012 à 11 h 18 min

merci beaucoup Karen pour ce touchant commentaire.

Paule | 20 juin 2012 à 12 h 33 min

Bonjour Bleuenn,

j’ai lu avec attention et intérêt votre témoignage et les échanges induits. J’admire votre lucidité et votre énergie, j’espère que vous avez trouvé des pistes pour plus de satisfaction.

Je souhaite témoigner à mon tour, mais ce sera peut-être à double tranchant…

Mon intention positive est de vous aider à dédramatiser l’absence de diplôme et de statut social. En effet, j’ai pour ma part poursuivi des études « réussies » après une enfance précoce, jusqu’à un diplôme d’ingénieur et un doctorat. Moi aussi j’aspirais à être « utile » à la société et à mes congénères dont la souffrance me sautait aux yeux et me prenait à la gorge. Après plus de 20 ans de vie professionnelle « réussie » également selon les critères sociaux standards (salaire, carrière,…), je suis malheureusement toujours dans le même état de quasi dépression chronique. Triste constat. Je travaille dans une grande entreprise, un contexte peut-être peu favorable pour jouer un rôle authentiquement utile et mettre en œuvre une vocation trop idéaliste. Je me sens trop souvent très inutile, impuissante, et j’ai pu constater que l’intelligence y dérange parfois autant que ce dont vous témoignez à l’école, la force, la ruse, le sens du pouvoir étant des talents plus valorisés et adaptés. J’ai une amie avocate, en voie d’identifier sa « douance », elle souffre également beaucoup. Tout cela pour dire que diplôme et statut social ne sont en rien des garanties pour se « réaliser » en tant que surdoué.

Le risque de mon intervention est de sembler négative et pessimiste (c’est sans doute ma tendance), et de paraître me plaindre d’une situation bien plus enviable que la vôtre. Je suis consciente de mes privilèges, et comme vous je me compare souvent, en culpabilisant de mon mal-être, à ceux qui souffrent de faim, de violence, etc . De même je suis convaincue que vous auriez moins souffert si vous aviez pu jouer votre carte, votre atout, au niveau scolaire et professionnel.

Mais ce que je crois de plus en plus, c’est que la voie du bien-être est ailleurs, dans la créativité (l’écriture pour vous), dans les échanges nourrissants avec d’autres énergumènes affamés de connaissances et de réflexion (merci et félicitation pour ce lieu d’échange qui répond à ce besoin), dans l’action de proximité auprès des proches, enfants, ou amitiés d’affinité, dans le réveil et l’entretien de ses passions enfouies ou inhibées.

Cela étant, vous avez le droit à un travail plus rémunérateur et (un peu) plus nourrissant, mais sans illusion et surtout sans trop de regrets de ce qui aurait pu être.

Bien chaleureusement

Nadine Kirchgessner | 20 juin 2012 à 18 h 08 min

Bonjour Paule
Merci pour votre commentaire de réussite, nous n’en avons pas beaucoup. Je ne vous cache pas qu’en première lecture j’ai pensé « elle exagère un peu… », puis je me suis rappelée une ancienne émission de Paul Amar, dans laquelle une mère disait de son fils (précoce qui avait 8 ans), « il n’est jamais satisfait ». Je crois que c’est l’une des définitions des personnes à haut potentiel. Je ne vous cache pas que je me sens en empathie avec Bleuenn, et j’ai l’impression comme vous le dites que vous vous plaignez…mais je n’ajoute pas « pour rien » car je tâche de comprendre. Que dire, sinon qu’il me semble que la beauté de votre réussite ne vous suffit pas. Et puis il faut malgré tout vivre dans ce monde, surtout le monde de l’entreprise dans lequel les rapports humains peuvent être âpres. C’est la loi du plus manipulateur , ce que les personnnes douées ne comprennent pas car elles sont souvent pures et « un peu naïves ».Vous semblez penser comme votre amie avocate, que le diplôme ne suffit pas pour combler la personne à haut potentiel. Certainement, mais , « rater » lorsque l’on sait que l’on avait un si haut potentiel est un constat difficile à accepter parce qu’il est tout simplement inacceptable. Mais je m’efforce de vous comprendre. Si diplôme et staut social ne sont pas une garantie pour se réaliser, ils sont néanmoins bien utiles…c’est le même problème que « l’argent ne fait pas le bonheur ».Il semble que votre vie actuelle ne satisfasse pas vos besoins à « être utile » et peut-être que vous pourriez envisager une autre activité dans le social en parallèle dans ce sens. Je vous remercie pour votre intervention positive qui nous montre que « tout est relatif », et que vraisemblablement , le plus important est d’être heureux dans sa vie affective et amicale et dans la réalisation de soi qui ne passe pas forcément par la profession. Merci beaucoup pour cette intention positive qui ne peut faire que du bien à tous ceux qui malheureusement n’ont pas réussi.

Nadine Kirchgessner | 22 juin 2012 à 11 h 40 min

Bonjour Paule
Après réflexion je vais nuancer mon propos au sujet de la réussite. Votre message me montre que je mets trop l’accent (comme Bleuenn et bien d’autres sans doute)sur la réussite scolaire et professionnelle, comme gage de bonheur. Sans doute est-ce parce que la réussite professionnelle me manquait terriblement. Je comprends bien aujourd’hui avec l’âge, et grâce aux nombreux témoignages, que beaucoup de déboires amoureux, familiaux, sociaux, amicaux , relationnels sont dûs à la douance, à de mauvaises interprétations de ce que nous sommes, de l’image que nous projetons, qui ne reflète pas notre réalité. Et comme vous le dites si bien « les échanges nourrissants » de cette page sont un vrai bonheur.

karen | 22 juin 2012 à 19 h 51 min

Bonjour à toutes…

C’est vrai que ce site offre un lieu de partage réel, j’aime l’expression de Paule: des échanges nourrissants. J’ai toujours été à la recherche de ce type d’échanges et j’ai rencontré bien des déceptions 🙂 Heureusement, je me réfugiais dans mes lectures et il m’arrivait d’écrire dans mes dissertations de français que je « conversais » avec certains auteurs que je considérais comme de vrais amis, proches de mes valeurs personnelles 🙂 Avec du recul, je souris de cette naïveté.

Nous appréhendons le réel de façon subjective et cette expérience est exacerbée chez les personnes douées. En quête d’un idéal, un absolu, que nous souffrons de ne pas trouver en ce monde, nous continuons malgré tout à espérer cette transfiguration de la platitude de notre société et des rapports faussés avec nos semblables.

La réussite professionnelle est un leurre face à cette soif d’absolu mais je comprends que l’on puisse douter de son accomplissement personnel lorsqu’on nous a écartés du chemin que nous devions suivre. Que l’on ait réussi ou non, cela relève des aléas de la vie et de notre environnement: hostile, il étouffera notre potentiel; bienveillant, il l’enrichira. Mais je pense que le chemin à faire débouche sur le même résultat: l’un est bordé de roses, l’autre jonché de cailloux, au bout la même question : qu’as-tu fait de ta vie et du temps qui t’étais imparti ?

J’ai toujours pensé qu’il valait mieux réussir sa vie que réussir dans la vie. Aujourd’hui, je me remets en causse sur le plan professionnel. Je me sentais utile en enseignant au primaire à des enfants immigrants ayant fui la misère mais j’aspire désormais à autre chose car je me rends compte que mes diplômes ne m’ont pas servi sur le plan professionnel. Je pense que cette soif d’absolu est inextinguible, quoi que l’on fasse, on est confronté à vouloir dépasser notre condition.

Au fond, cela est rassurant, seuls ceux qui cherchent ont des chances de finir par se trouver, les autres se perdent dans la sécurité des apparences et du prêt-à penser de notre société consumériste et ma foi, vulgaire 🙁 C’est sans doute ce refus de la vulgarité, de la médiocrité et de la facilité qui alimente notre quête.

Bleuenn | 27 juin 2012 à 20 h 24 min

Bonjour à toutes aussi…

Merci pour cette correspondance, ca fait du bien de parler librement!
Bon, Paule, moi aussi je vous ai lue avec attention et je vous encourage à témoigner, votre éclairage très différent du mien sera forcément complémentaire. J’avais aussi beaucoup d’appréhension à me lancer et finalement , grâce à Nadine, je m’aperçois que le but est atteint: apporter sa petite pierre à l’édifice d’une compréhension, celle d’un état encore tabou. Votre intervention je la prends comme elle est: bien intentionnée, sincère et ce que vous aurez à dire, si vous prolongez, sera je n’en doute pas intéressant.
Je suis tout à fait d’accord avec vous sur l’action de proximité, d’ailleurs je l’ai commencée il y a un an en informant un peu une amie de longue date, instit, qui a pu s’intéresser au problème car elle rencontrait des problèmes avec son fils. Si chacun sensibilise un membre de l’éducation nationale, ce sera beaucoup au final car on entend encore des énormités ( je suis polie Nadine?). La propre mère de cette amie, instit à la retraite, m’avait d’ailleurs sorti, bien avant cela, lors d’une discussion hasardeuse, qu’il ne fallait surtout pas faire sauter de classe avec « ces enfants-là » avec pour me clore le bec son diplôme estampillé E.N…C’est vous dire s’il y a du boulot!
Bon pour le reste je dois dire que je ne suis pas d’accord avec vous, même si j’ai la flemme de trop développer car il y a beaucoup à dire ( l’humain être social, l’individu, l’image de soi, le regard de l’autre, le statut etc…) Disons que j’ai vécu la traversée du miroir et vous pas. J’ai vu l’autre côté des apparences, c’est très intéressant mais très troublant et je dois dire amer. Lorsque vous êtes dans votre image symétrique les autres vous laissent voir un bout de leur âme car ils n’ont pas d’image à défendre face à un négatif : ils peuvent donc se laisser aller. Et c’est navrant pour le témoin que vous êtes. Lorsque vous êtes dans cette image inversée de vous-même, tout vous la renvoie et vous seul savez qu’il en existe une autre. Soyez un jour, un seul, dans la peau d’une femme de ménage ou d’un SDF et vous comprendrez ce que je veux dire…Pour ce qui est de l’épanouissement par les études, je crois que vous faites toutes trois fausse-route. Nadine votre premier mail était plus juste que le second. En effet il n’y a plus de place pour les autodidactes, toute compétence doit être sanctionnée par un diplôme, en un sens cela a du bon pour éviter les impostures, mais en un autre cela restreint les possibilités des surdoués hors-piste. Il faut du crédit pour être entendu, c’est ainsi. Soyez quelques mois chômeuse sans diplôme et vous comprendrez.
Par ailleurs, des études outre qu’elles vous nourrissent intellectuellement, débouchent sur un métier. Un métier vous permet aussi d’exprimer un talent. Faire un travail alimentaire n’a rien de péjoratif mais cela ne favorise pas l’épanouissement. Je crois que vous sous-estimez grandement le problème. Je ne crois pas que vous souhaiteriez à un(votre) enfant brillant de se retrouver manutentionnaire. Pourquoi? Les manutentionnaires sont-ils des imbéciles? Non, mais ce métier est-il épanouissant? Encore non. Est-ce une question d’apparence et de statut social? Une des personnes les plus brillantes que j’ai rencontrée était un pêcheur kanak qui allait nu-pieds mais aurait eu de quoi parler avec Socrate. Le cœur du problème n’est pas là. Le cœur du problème c’est, pardonnez-moi de me citer moi-même mais il me semble que je ne saurais le formuler autrement: « Indépendamment de toute réussite extérieure c’est une histoire de (non)réalisation ». Pour un être fondamentalement intellectuel il est fondamental d’étudier or croyez-vous que l’on étudie seul sans bénéficier du savoir de la richesse, de la transmission et de la contradiction des autres? La réussite extérieure c’est ce que Karen appelle « réussir dans la vie », la réalisation c’est « réussir sa vie ». Lorsque je dis « avoir mon bac à 15 ou 16 ans ne m’aurait pas évité les aléas de toute vie » je veux dire, comme l’entend très justement Karen, que la souffrance est inhérente à l’idéalisme du surdoué. La différence de potentiel entre un idéal et une réalité crée une tension. Chez les surdoués cette différence est plus forte car l’idéal est plus haut et la réalité perçue avec plus d’acuité. La tension peut alors s’avérer énorme. La vie est faite d’interactions, ses champs sont multiples et la profession n’est pas tout, certes. Cependant l’amour de la vie va de pair avec l’amour de soi et l’amour de soi va de pair avec l’image de soi qui elle-même est en interaction avec le regard de l’autre. L’image de soi qui se construit en même temps que l’individu, peut être détruite par le système éducatif s’il est égalitariste. Est-ce qu’éduquer c’est détruire? Longtemps j’ai eu cette phrase en tête sans comprendre qu’elle se référait à mon père enseignant modèle de son époque, « mon père pourquoi m’avez-vous abandonné(e)? » Les aléas de la vie ne sont-ils pas suffisants pour que l’école en rajoute trop tôt? Je suis d’accord avec vous sur beaucoup de choses mais c’est mon angle de vision qui est différent car je n’ai pas vécu la même chose que vous, heureusement pour vous. Bref, ne vous inquiétez pas trop pour moi, je n’ai aucune illusion, ce qui, en un sens, me rend libre pour la fin de mon parcours. Il y a tellement de misère que je n’ai jamais perdu de vue que d’avoir un toit et de l’eau chaude est déjà énorme. Une chose est sûre en revanche : je n’ai pas écrit ce témoignage pour moi, aussi faux que cela puisse paraître, mais pour apporter un éclairage qui contribue à sortir d’un tabou. Pour que d’autres ne vivent pas ce que j’ai vécu, pour qu’ on ne fasse payer à aucun enfant le prix de son intelligence au nom d’une idéologie confortable, pour que chacun ait ses droits. Tous les compliments ou encouragements du monde ne valent rien pour moi, qui ai déjà vécu, en comparaison d’un destin futur comme celui de la fille de Karen.
Bref, je crois qu’on va avoir un été magnifique je suis contente de pouvoir vous écrire (car finalement je sais lire!) et je vous salue toutes trois.

karen | 28 juin 2012 à 4 h 01 min

Chère Bleuenn,

Je crois que je vous dois des excuses, car il est vrai que nos discours( sur le peu d’importance que revêt la réussite sociale) peuvent paraître creux et vides de sens pour ceux qui sont de l’autre côté du miroir.

Je pense que ma vision idéaliste de l’existence me jouera toujours des tours. J’ai toujours pensé qu’il fallait vivre au-delà des apparences sociales, temporelles même, comme si je me sentais en dehors du temps et de cette société mercantile. Mais vous avez raison, il est plus facile de penser ainsi, alors que vous êtes en train de réfléchir sur votre thèse, que lorsque vous devez effectuer des tâches qui vous répugnent car elles vous rappellent sans cesse le gâchis de votre potentiel.

Un jour, je ferai lire votre témoignage à ma fille et je lui dirai que vous avez été un phare pour moi. Tout au long de l’année, j’ai cru cette enseignante, me fiant à son éthique professionnelle, pensant qu’elle faisait tout pour aider ma fille à se concentrer. J’ai fin par découvrir en avril que la petite avait bien des raisons de se plaindre de cette personne hypocrite et perfide (elle lui interdisait d’écrire son prénom, la rabaissait devant les autres en disant qu’elle avait trop d’imagination ou l’engueulait quand elle la voyait aider quelqu’un). La petite avait développé un tel stress, une si profonde angoisse qu’elle a fini par haïr l’école 🙁 Aujourd’hui, elle a retrouvé le sourire car elle va en garderie dans un milieu stimulant avec une éducatrice aimante qui tente de répondre à ses questions sans la mépriser ou la prendre pour un singe savant à qui il faut clouer le bec.

Je suis en train de lire Accompagner l’enfant surdoué de Tessa Kieboom, elle évoque plusieurs portraits d’enfants surdoués mais aussi plusieurs comportements qu’ils adoptent pour se protéger, notamment la désidentification qui consiste à cacher à tout prix son potentiel pour ne pas souffrir de sa différence.À force de se renier, on finit pas se détruire en partie et je comprends finalement votre point de vue, tous nos encouragements concernant votre valeur personnelle ne feront jamais taire la douleur de ce gâchis injuste.

Vos chances ont été saccagées mais il vous reste de l’espoir dans ce champ de bataille. Le génie naît de la souffrance, un jour vous aurez votre revanche. Vous devriez écrire votre livre sous forme épistolaire et vous libérez des mots pesants et des maux injustes que vous a infligé la méchanceté de ceux qui n’ont pas saisi la chance de connaître une personne aussi formidable.
En passant, j’aime vraiment votre humour 🙂
Amicalement
Karen

Nadine Kirchgessner | 28 juin 2012 à 11 h 40 min

Oui Bleuenn vous savez lire et surtout écrire…j’aime bien votre expression de « surdoués hors-piste ».
Je pense que vraiment les diplômes apportent un métier et surtout dans un deuxième temps un statut social. Mais dans un premier temps bien sûr c’est la confiance en soi qui est le plus important. Vous vous citez vous-mêmes « Indépendamment de toute réussite extérieure c’est une histoire de (non)réalisation ». et vous avez parfaitement raison. C’est exactement cela : « l’amour de la vie va de pair avec l’amour de soi et l’amour de soi va de pair avec l’image de soi qui elle-même est en interaction avec le regard de l’autre. ».
Mais je pense que dans votre histoire, et dans d’autres, c’est surtout le fait que l’on ne peut pas être Soi, c’est donc quelque chose de très traumatisant. Et cela va au-delà du métier et du statut social.C’est de cela dont parlait Paule…même dans son métier, elle ne peut pas être toujours elle-même
Votre témoignage Bleuenn a réussi à toucher Kareen et à sauver sa fille. Ainsi vous avez réparé la petite fille blessée qui était en vous, du moins je veux le croire, pour une part. Elle vous l’exprime, vous avez été un phare pour elle, ce n’est pas rien ! et sans doute pour d’autres.
Et votre talent est toujours présent, cela ne s’estompe pas comme cela. On ne détruit pas comme ça la douance quand elle est bien présente.
Bon été au « champs de bataille » et avec la chaleur (pas trop cette année…) il deviendra sans aucun doute un champs de fleurs…Merci Jacques, la poésie est contagieuse…
et oui Karen, « Le génie naît de la souffrance », cela j’en suis sûre.

« L’homme est un apprenti, la douleur est son maître, Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. »
de Alfred de Musset
Extrait du poème La Nuit d’Octobre

BLEUENN | 4 juillet 2012 à 18 h 02 min

Chère Karen,
Je vous remercie pour ce message, je lirai certainement avec curiosité les livres que vous citez.
Bon, il ne fallait pas s’excuser, vous êtes bien intentionnée et c’est tout ce qui compte pour moi. Simplement j’ai réagi car j’aime bien être comprise surtout sur un site come celui-ci. Le statut social n’est pas ce qui blesse un surdoué en échec mais je sais pour avoir vécu chez les Kanaks qui n’y accordent aucune importance, en tous cas à celui que nous concevons, à quel point il est malheureusement un carcan chez nous. Un carcan intéractif, dont, par conséquent, nul ne s’affranchit tout à fait, sauf à vivre en ermite. Je partage le même idéalisme que vous et je dois dire le même rejet de nos modèles consumméristes. Chez les anciens les sirènes tentaient les hommes en leur proposant la connaissance. De nos jours je me dis qu’elles proposeraient sans doute de l’argent du sexe ou de la notoriété…Vaste programme! Avez-vous vu cette pub « parce que mon banquier c’est moi »? Elle me glace les sangs. Une jeune femme blanche, aux yeux bleus, au brushing impeccable, au polo de marque bien repassé par quelqu’un d’autre, pilote un voilier qu’elle s’est achetée en prenant de l’argent, à son ex-mari lors d’un divorce visiblement juteux. Ce simple fait et l’aigreur qu’il doit en ressentir la mettent en joie. Mais ce qui l’extasie le plus c’est c’est cette pensée: « oui je sais, vous vous dites: mais qu’est-ce qu’elle a de plus que moi? ». Les autres sont des objets, des miroirs destinés à lui renvoyer l’image qu’elle s’évertue à donner, à travers un regard qui ne saurait être qu’admiratif jusqu’à l’envie. Ouah! Le narcissisime, le règne du « petit je » ont de beaux jours devant eux. Ca fait peur non? Ben ma cocotte, je sais ce que tu as de moins que moi: un coeur qui bat pour autre chose qu’un portefeuille boursier. Et au passage, Tabarly, lui, me faisait rêver. Ce qu’il avait de plus que les autres? La passion, le courage, l’idéal, l’investissement humain poussés au plus haut point.
Bon j’avais envie de vous écrire un petit mot mais je n’avais pas envie d’être grave.
Peut-être que j’ai tort car on s’éloigne du sujet. Mais tant pis je ne recommencerai pas.
Bon il faudra quand même que je vous réponde sur les « tâches répugnantes » mais une autre fois.
Bleuenn

karen | 6 juillet 2012 à 3 h 46 min

Chère Bleuenn,

C’est vraiment un plaisir de vous lire ! Vous avez raison pour les sirènes, il me semble presque entendre physiquement leurs appels stridents, j’avoue que je ne comprends pas que les gens y cèdent si facilement….

J’ai regardé par curiosité la pub dont vous parlez (mais la femme est brune ), je la trouve également idiote, la version 2012 avec le pilote d’avion est vraiment ridicule! Je ne vis plus en France mais à Montréal et j’avoue que je ne regarde jamais la télé car ici c’est encore pire au niveau du consumérisme, la petite lucarne relaie toutes les 15 mn les incantations mercantiles 🙂 Mais chose étrange, je trouve toutefois les gens plus simples, il reste encore de l’idéalisme comme en témoigne le symbole du carré rouge des étudiants québécois.

J’ai beaucoup réfléchi depuis votre message sur la non-réalisation de soi et le statut social. Je suis enseignante au primaire depuis 10 ans mais comme je viens de déménager, je dois recommencer le processus de titularisation dans une autre commission scolaire alors je me suis dit que j’allais en profiter pour voir plus « haut ». Il n’y a pas longtemps, j’ai vu une annonce de poste à l’université pour enseigner le FLE, ils ne demandaient qu’une maîtrise. Or, j’en possède deux et j’ai achevé ma scolarité de doctorat (il me reste la rédaction mais avec deux enfants,c’est dur je l’avoue ) J’ai postulé mais je n’ai pas été prise car ils n’ont pas dû comprendre pourquoi je voulais passer du primaire à l’université et de toute façon, il faut commencer par des charges de cours. La directrice m’a toutefois proposé une charge de cours en septembre mais ce ne sera pas suffisant pour faire vivre ma famille :)Hier, j’ai passé un entretien pour un poste en maternelle et le directeur était surpris que j’aie non seulement renoncé à ma permanence dans mon ancienne école mais également que je veuille enseigner au préscolaire. J’ai dû lui expliquer que ces diplômes ne signifiaient pas grand-chose pour moi car je les ai obtenus dans un besoin de stimulation intellectuelle et non pour une carrière prometteuse. Il a dû me prendre pour une folle 🙂 Il n’y a pas longtemps, j’écrivais à Nadine que j’avais l’impression de me sous-estimer car je n’utilise pas tout mon potentiel. Mais j’ai réfléchi à la notion de notoriété et de  » gloire professionnelle » Il est vrai qu’il est plus prestigieux d’enseigner à l’université qu’à des petits et pourtant c’est avec les enfants que je me sens utile. Ma soeur occupait un poste de vice-présidence dans le domaine de l’éducation internationale et elle a démissionné car elle se sentait vide et exploitée, de même elle avait l’impression d’engranger un système injuste en incitant des étudiants indiens à s’inscrire dans des universités australiennes avec des frais exhorbitants. Alors où se situe vraiment la véritable réalisation ? Est-ce dans le regard des autres ou bien dans le sentiment de combler un vide en soi et chez les autres? Je vous le dirai en septembre en voyant les visages radieux des petits immigrants à qui je vais apprendre le français. J’ai toujours rêvé de travailler pour l’UNESCO et j’ai l’impression d’aider à petite échelle. En revanche, je vais me lancer une fois pour toute dans l’écriture pour assouvir cet instinct du toujours plus au niveau intellectuel. Peut-être que je me sens tellement écrasée par le matérialisme de notre société que je refuse toute forme de prestige. « La réponse est dans un brin d’herbe » me disait une prof que j’adorais. L’humilité, la simplicité et l’authenticité ont toujours été des valeurs sûres pour moi, elles donnent accès à une réalité supérieure sur le plan moral, elles nous permettent d’entrevoir la profondeur et la richesse de la vie, c’est là que se situe le bonheur selon moi. En passant, je me suis peut-être mal exprimée pour les tâches répugnantes 🙂 J’ai bien plus de respect pour la femme de ménage qui nettoie ma chambre d’hôtel que pour le gérant qui l’exploite ou le banquier qui vole, sans compter les politiciens 🙂

Pascale | 9 juillet 2012 à 1 h 01 min

Bonjour à toutes,

J’ai lu avec beaucoup d’attention et d’intérêt vos différents échanges et je suis globalement et peut-être paradoxalement d’accord avec… vous toutes !

Beaucoup de débats intéressants, mais je choisis ici deux éléments clés de vos propos :

l’incapacité de l’éducation nationale (et plus généralement de la société) à traiter le cas des enfants surdoués
le gachis qui en découle souvent

Une solution : infiltrer l’éducation nationale et toutes ses fonctions, Karen a commencé et c’est très bien qu’elle s’intéresse aux maternelles car c’est là que tout débute.

Maintenant, au risque de vous surprendre, je ne vais pas seulement parler des enfants (adultes) surdoués (qui sont pourtant au centre de ce site), je vais aussi parler des autres, les laissés-pour-compte qui sont lents, qui ne « comprennent rien » ou qui ont un handicap, … et qu’on sacrifie tout autant sur l’autel de la déesse Normalité que ceux qui vont trop vite. Aux seconds, on coupe les ailes, aux premiers on les empèche de pousser mais le mal est aussi grand et la destruction aussi radicale. Eh bien, je pense très sincérement que les surdoués sont les plus à même d’aider, et leurs pairs et ces autres parias et j’ajoute même que le défi est plus grand de sauver les seconds que les premiers.

Amateurs de défis, où êtes-vous ? Des enfants ont besoin de vous !

Donner à manger à un enfant sudoué, c’est épuisant car il mange vite mais il mange. Apprendre à un enfant en difficulté quelque soit sa difficulté, c’est devoir trouver mille recettes pour accomoder le même plat et qu’enfin il puisse s’en nourrir et je vous assure qu’il faut bien l’intelligence d’un surdoué pour y parvenir de façon efficace.

Bleuenn , connaissez-vous la fonction d’AVS (sigle autoroutier qui désigne l’assistant(e) de vie scolaire) ? Vous en avez sûrement entendu parler si vous avez une amie enseignante. En résumé, ces AVS sont dépêchés par la maison du handicap sous responsabilité de l’EN pour assister un certain nombre d’heures par semaine, un enfant particulier ou un groupe d’enfants en situation de handicap. La plupart du temps, il s’agit d’enfants d’intelligence normale ou même d’enfants précoces (pas forcément dépistés) souffrant d’un handicap (ceux que l’on nomme les DYS, les TDHA et autres), ce handicap n’est pas visible mais fait autant de dégats qu’une surdouance occultée et quand les deux (handicap et surdouance) sont présents, je vous laisse imaginer…
L’intention est louable, la route de l’éducation nationale en est pavée… mais peu efficace car en définitive la plupart des AVS n’ont aucune formation sur les handicaps en question et n’ont en définitive que leur bonne volonté (assez insuffisante dans ces cas particuliers) pour aider les enfants. En effet, aucun diplôme particulier n’est requis hormis le bac mais il faut, pour être efficace, de nombreuses qualités :
l’empathie (ces enfants sont des enfants en souffrance)
la vivacité (comprendre rapidement le problème du point de vue de l’enfant, qui est très différent du nôtre)
l’esprit d’analyse (la non réalisation d’un exercice ne dépend pas forcément de la question elle même mais d’autres paramètres qu’il faut découvrir)
la rapidité de réaction (proposer, observer, adapter très vite)
l’imagination créatrice (trouver différentes approches pour arriver au résultat)
la remise en question (si l’enfant ne trouve pas, ce n’est pas parce qu’il est bête, c’et parce JE dois lui présenter autrement)

Je pourrais en citer bien d’autres et je ne pense pas que Karen me démentira. Mais ces qualités sont-elles l’apanage des gens normaux sans formation ? Sont-elles celles des personnes surdouées, qui sont de plus naturellement autodidactes ? Je vous laisse le soin de répondre à ces questions. Une chose est sûre, ces enfants sont des challenges sur pattes.

Bien sûr, il n’y a pas de diplôme et j’avoue ne pas maîtriser parfaitement l’évolution de carrière de cette fonction. Mais je déteste le gâchis sous toutes ses formes. Gâcher des êtres humains est évidemment pire que tout, alors si on peut faire d’une pierre, deux coups : aider des enfants et atténuer le sentiment de gâchis d’un adulte surdoué, je trouve ça vraiment positif. Et en plus on infiltre, on infiltre… La solution n’est pas pour tout de suite mais qui sait…

Alors Bleuenn, un petit défi en forme de carambar, ça ne vous dit pas ?

Une lecture qui m’a beaucoup marquée dans mon enfance : à la poursuite des slans, un roman d’anticipation de A.VAN. VOGT.
Or, nous sommes des slans d’une certaine façon…

Bonne journée à toutes !

Karen | 10 juillet 2012 à 3 h 53 min

Bonjour à toutes !

Merci Pascale de votre message, il a été une révélation pour moi ! Je comprends maintenant pourquoi je me sens utile auprès des enfants défavorisés, enfin, je le savais intuitivement car j’aime les défis à relever mais là je saisis de façon intellectuelle mes choix. J’ai toujours été passionnée par l’humain et le fait de développer le potentiel des enfants qui me sont confiés me permet de travailler, à petite échelle, à créer l’humain de demain : altruiste, respectueux de son environnement. Cela peut paraître très prétentieux ce que j’écris et je m’en excuse car ce n’est pas le but, ce que je veux dire c’est que l’éducation scolaire ne devrait pas se cantonner à l’instruction par le biais du français, des maths etc mais elle devrait porter sur le développement de l’humain dans toute sa richesse. C’est une vision un peu idéaliste et je sais que peu la partagent mais je considère que l’amélioration de l’humanité passe par l’éducation de ses enfants. Ce sont eux l’avenir.
Bleuenn, peut-être que vous devriez vous lancer également dans un travail avec des enfants, vous pourriez ainsi redonner un sens au gâchis dont vous avez été victime et transformer cette expérience en vecteur de réussite pour vous mais également pour d’autres enfants. Vous avez commencé avec ma fille, continuez ! Rien n’arrive par hasard, à force d’échanger, on finit par trouver des maillons pour saisir la réalité dans toute sa complexité.
Je me souviens de ce livre, il m’a profondément marquée,surtout le pouvoir télépathique:) Je comprends maintenant pourquoi. Je ne cesse de répéter à ma fille ce mantra : ce qui est différent est intéressant:) IL faut chercher à voir le monde sous toutes ses facettes et elles sont innombrables, d’où sa richesse. Je garde cette image de Romain Rolland : la vie est une tapisserie, nous sommes du côté des fils emmêlés, mais il ne faut jamais oublier que derrière ce désordre se dessine un motif.
Au plaisir ! Et merci à Nadine pour ce site formidable qui permet de véritables réflexions qui nous aident à avancer !

Nadine Kirchgessner | 11 juillet 2012 à 11 h 00 min

Merci beaucoup Pascale pour toutes ces pistes intéressantes et pour votre positivité contagieuse.

Pascale | 13 juillet 2012 à 1 h 24 min

Bonjour à toutes,

Ce site est effectivement un lieu d’échanges constructifs et j’ai plaisir à y contribuer. En vous lisant certaines questions me viennent à l’esprit et je les soumets à votre sagacité.

Chaque individu est si différent d’un autre. Au delà de la surdouance, tant d’autres paramètres entrent en jeu et je parle ici de l’essence même de chaque personne et non du modelage environnemental qui commence dès la naissance et qui n’est pas non plus anodin. Pourquoi tel enfant va se mettre à bégayer au sein d’une famille aimante et sans problèmes particuliers alors qu’il est élevé de la même façon que ses frères et soeurs ? Pour des détails souvent, une accumulation de petits grains de sable associés à une fragilité génétique, une personnalité un peu particulière, une certaine place dans la fratrie, … Chaque grain de sable pris individuellement semble pourtant anodin (une fratrie bavarde et turbulente, un emploi du temps un peu dense, une écoute légérement défaillante…) mais si on ne les repère pas au plus vite, ce trouble de communication viendra définititvement pourrir sa vie.
Mais si tous les enfants de la fratrie ne bégayent pas alors…
Tous les surdoués méconnus souffrent-ils ? Autrement dit est-ce la non reconnaissance qui engendre la souffrance ou la non reconnaissance plus tout un tas d’autres grains de sable ? Quelle est l’importance des facteurs confondants et quels sont ces facteurs confondants ?
Tous les surdoués reconnus dès l’enfance vont-ils bien ? Pas si sûr et cela même s’ils ont été entourés de mille soins.
A quoi tient cette souffrance ? à un manque de reconnaissance de la société en général ou plutôt à un manque de reconnaissance/amour des gens aimés ? Et si c’était encore autre chose ?

La notion de gâchis apparaît souvent dans les échanges. On pourrait dire qu’il s’agit de « de ne pas utiliser voire de perdre définitivement quelque chose qui aurait été utile ». C’est le terme « utile » qui interroge : utile/productif , utile/bienfaisant, …? Et pourquoi veut-on être utile, servir à quelque chose ? Sommes-nous de véritables altruistes ou attend-on une reconnaissance qui nous est indispensable, telle l’eau que l’on boit ? Tous les êtres humains n’ont-ils pas ce type d’aspiration ? Peut-être est-ce simplement le degré d’ambition de cette utilité qui diffère ? Ce désir d’utilité n’augmenterait-il pas avec l’intelligence avec un risque accru d’insatisfaction ? Et ce désir n’est-il pas insatiable ?

Je n’ai pas les réponses à ces questions et je me méfie des certitudes. Il y a urgence à n’être jamais sûr de rien car sinon on ne cherche plus et on passe à côté des grains de sable sans les voir. Cela est encore plus vrai quand ces certitudes nous concernent car dans ces conditions nous nous nuisons bien plus qu’aucun élément extérieur ne pourrait le faire. Pour avancer, comme pour construire, peut-être vaut-il mieux, parfois, changer les agencements ?

Bonnes réflexions à toutes Bonjour à toutes,

karen | 20 juillet 2012 à 4 h 21 min

Bonjour à toutes !

Merci Pascale pour ce petit exercice philosophique 🙂

Votre questionnement est très pertinent, il met en valeur les doutes et les incompréhensions liés à la condition humaine. C’est mon sujet de thèse d’ailleurs 🙂 : peut-on faire son histoire sur le plan individuel et collectif ? Peut-on accomplir son destin, si destin il y a ? :)Je pense que la notion d’utilité renvoie davantage à l’aspect bienfaisant plutôt qu’à l’aspect productif car ceux qui créent le font dans le but d’apporter un bienfait à l’Humanité. Est-ce que ce besoin est lié au sentiment de reconnaissance ? Je l’ignore honnêtement. Il ne me semble pas que ce soit le cas ou alors c’est une reconnaissance vis-à-vis de soi-même. Je vous suggère d’ailleurs de lire Parcours de reconnaissance de Paul Ricoeur, ce livre est passionnant, un autre tout aussi intéressant : Du texte à l’action. Sans le savoir, j’ai choisi des sujets qui répondent à mon besoin de savoir quel sens donner à la vie. Mon sujet de maîtrise portait sur le rôle que joue autrui dans notre accomplissement personnel. Accomplissement de soi, éthique de l’agir, rapport au temps, autant de questions qui m’ont permis de réfléchir indirectement à notre façon d' »habiter » le monde. Quels grains de sable, pour reprendre votre belle expression, entravent notre rapport aux autres, au monde et surtout à nous-mêmes ? Je l’ignore, tout comme vous, je me méfie des vérités toutes faites, elles sont sclérosantes mais je sais que certains ont plus d’aptitudes à faire fi de ces grains de sable, et à se construire en dépit de tout, c’est ce que l’on appelle la résilience. Est-ce que la douance permet une plus grande aptitude pour se relever, je ne sais pas, peut-être que le fait de se poser des questions nous apporte plus de facilité pour comprendre les processus de la vie. Notre rapport au monde est filtré par des lunettes différentes, certaines sont plus puissantes que d’autres, d’autres plus colorées mais au final, on accomplit le même parcours. Est-ce que le fait d’être plus lucide nous prédispose à plus de souffrances, plus d’insatisfactions ? Je n’en suis pas sûre. Il me semble que ceux qui réfléchissent sur leur expérience au monde ont un net avantage face à ceux qui vivent en satisfaisant uniquement les instincts triviaux dictés par les sirènes dont parlaient Bleuenn : la richesse, le sexe et le pouvoir. Comprendre le monde, c’est le prendre d’une certaine façon, en jouir malgré sa souffrance. Ainsi peut-on se contenter du chant millenaire d’un crapaud, pour citer encore Bleuenn 🙂 »Entendre de la musique là où d’autres entendent du bruit » a quelque chose de rassurant,malgré toutes les difficultés rencontrées, il y aura toujours ce sentiment que derrière chaque brin d’herbe se cache une vérité à découvrir.
Sur ce, je m’en vais me coucher 🙂
Au plaisir de vous lire !

Nadine Kirchgessner | 20 juillet 2012 à 18 h 57 min

Bonjour Pascale, Karen,
Que de questions et je ne sais répondre à tout , bien sûr. En premier le bégaiement est quelque chose de très mal connu. Il est vrai que c’est un trouble de communication très défavorisant. les études sur les jumeaux et dans les familles apportent des arguments en faveur d’un facteur génétique (la probabilité d’un risque de bégaiement est trois fois supérieure chez les apparentés du premier degré de sujets atteints). On peut aussi voir des bégaiements apparaissant après un traumatisme.
Parfois on peut observer la disparition spontanée et il peut être guéri dans 80% des cas.(cf PUF )
Je ne pense pas que tous les surdoués méconnus souffrent , ceux qui réussissent dans la vie, non. Il y en a qui sont heureux, on en trouve parmi les gens ilustres qui ont accompli de grandes choses. Mais la vie est faite de bonheurs et de malheurs pour tous, plus ou moins, et tout est une question de relativité. Il s’agirait plutôt de la non reconnaissance, plus tout un tas d’autres grains de sable, comme vous le dîtes si bien.
De la même façon , tous les surdoués reconnus dès l’enfance ne vont pas forcément bien. C’est un facteur important mais il ne présage pas du tout de l’avenir. Et cette souffrance tient à mon avis à l’hypersensibilité. Et même si tout un chacun ne va pas forcément bien toute la journée et tous les jours…
Par contre il est important de reconnaître cette particularité tôt pour mettre toutes les chances du côté de l’enfant surdoué. Mais si on reconnait la douance et qu’ensuite l’environnement familial , solaire, amical, est inadapté, cela ne sert à rien.
Quant à la notion d’utilité, c’est plutôt à y réfléchir en termes de donner un sens à sa vie, je pense. certains le pensent en terme d’utilité, d’autres pensent à l’art.
Karen quel beau sujet de thèse passionnant. Lire Ricoeur également. Au sujet de la résilience, c’est un grand sujet…L’inégalité sur ce terrain est grande et très injuste. Certains ont de tous petits traumatismes et sont noyés, d’autres ont de grands traumatismes et semblent en retirer quelque chose ou du moins s’adaptent . D’autres encore ressentent que la douance est un traumatisme en soi.
Ce que je pense , c’est que la douance permet de se relever de grands traumatismes parce que les personnes douées ont une grande force, « hors du commun ». mais elles semblent en même temps avoir une certaine fragilité dûe à la sensibilité, mais il faut considérer cela comme un atout. Cela s’apprend…

bleuenn | 26 juillet 2012 à 22 h 38 min

Bonjour à toutes,

Mince alors! j’ai laissé passer les jours et je ne sais plus où donner de la tête…
D’abord Pascale, votre première intervention, je l’ai trouvée tonique et pertinente, un handicap positif ou négatif est un handicap et c’est sur la connaissance et l’acceptation des différences qu’il nous faut progresser. Je vous remercie pour le défi-carambar mais je ne le relève pas: je n’ai pas du tout confiance en l’Education Nationale française. Je continue à trouver cette grande maison hypocrite. Paradoxalement il me semble que le métier d’instit, pardon, on doit dire professeur, est l’un des plus beaux qui soit.
Des personnes comme Karen qui ont du coeur et réfléchissent par elles-mêmes sont précieuses.
Mais tant d’autres ont des certitudes…Une amie que j’adore et, qui est instit, m’a soutenu qu’il y avait une différence fondamentale entre redoubler et être maintenu dans la même classe. Bon, si elle veut… ce ministère a décidemment un grand pouvoir de conviction!
En matière d’éducation, il y a tellement de modes… Telle petite fille est retirée de sa famille d’accueil…parce qu’on lui donne de l’amour! (ce n’est pas correct)Tel adolescent est maintenu en relation avec un père qui s’amuse parfois à lui mettre un revolver dans la bouche en le menaçant d’appuyer sur la détente, parce qu’il est important de maintenir un lien avec son père! (c’est correct)
Alors je suis peut-être un esprit simple mais je voudrais bien parfois que l’on m’explique. Les deux faits que je vous cite sont réels, récents et révélateurs de la pensée de nos institutions.
Avant de penser ce monde, plein de « grains de sables », ne serait-il pas plus efficace de s’attacher plus modestement à le connaître? Notre connaissance de l’âme humaine n’est-elle pas empirique? N’est-il pas plus efficace de rester souple? La rigidité de l’orthodoxie est confortable mais elle fait perdre beaucoup de temps. Personnellement j’emmerde les certitudes. Pardon Nadine j’ai encore dit un gros mot.
Bon, pour ce qui est de l' »utilité », je rejoins Karen et Nadine, nous parlons du côté bienfaisant. Je crois Pascale, comme Karen et Nadine, à l’altruisme. On peut toujours dire que l’altruiste se donne une bonne image, gratifiante, qui vient combler un vide. Mais cela serait passer à côté de sa sincérité profonde. Il y a chez certains humains la conscience que la vie est courte, que son petit nombril en soi en vue des millénaires ne vaut rien, que nous sommes poussière et retournerons en poussière. Mais il y a aussi cette conscience que nous sommes sur terre et que si nous sommes 6 milliards, nous portons 1/6 milliardième de responsabilité,et ce, que quelqu’un nous reconnaisse ou pas.
C’est peu mais c’est beaucoup. Je ne voudrais pas mourir demain et avoir à répondre à la question: qu’as-tu fait de ton talent? Je serais très embarrassée. Et à mon avis dans pas longtemps je serai très très embarrassée. Ce n’est pas parce que la vie n’a pas de sens qu’il ne faut pas lui en donner un, car lui en donner un c’est lui être reconnaissant de ce cadeau qu’est la vie: un miracle, un phénomène improbable mais cependant incarné. Voilà pour ce qui est de l’utilité et du gâchis. Bien sûr, nous raisonnons avec le ventre plein, et la certitude que nos idées, quelles qu’elles soient, ne nous mènerons pas en prison. Et malgré toutes ces conditions favorables, nous nous heurtons à des murs, des murs qui ne devraient pas être dans une véritable civilisation, des murs d’idéodologie. Comment on mène sa vie quend on est adulte, comment on fait face à l’existence, au vide, à l’absurdité et au paradoxe de cette aburdité pleine de sens, Marc-Aurèle tâchait déjà d’y répondre. Personnellement, je ne m’apitoie pas sur mon sort d’adulte vivant dans un pays riche et démocratique et je reste effectivement persuadée que la lucidité que la nature a bien voulu me donner, et que je ne lui ai pas demandée, peut m’être utile malgré les souffrances quotidiennes qu’elle engendre, ceci dit, dans un pays qui se dit évolué et qui l’est en un sens, j’ai pitié du sort que ce pays a reservé à l’enfant que j’étais, car s’il me l’a réservé, il l’a réservé à d’autres et c’est en ce sens que j’interviens. Je n’ai pas l’impression, mais peut-être que je me trompe, car le monde me dépasse, que le monde va bien. Et s’il ne va pas bien alors il ne faut pas décourager les bonnes volontés, il ne faut pas tuer le talent, surdoué ou pas, dans l’oeuf, voilà, c’est le seul sens de mes interventions.
Karen, je voulais juste vous dire que j’ai trouvé comme une soeur en vous. Et Nadine, je vous remercie encore pour tout.
Je n’ai pas répondu point par point, c’eût été trop laborieux, mais rapidemant à ce qui m’a frappée.
Amicalement,

Pascale | 30 juillet 2012 à 3 h 43 min

Bonjour,

Deux démarches parallèles mais non incompatibles et à combiner sans limite : une démarche de réflexion plus générale sur le monde et une démarche de proximité, au cas par cas car si nous n’avons pas le pouvoir de changer ce monde, nous pouvons aider ou du moins tenter d’aider (soyons humbles) ceux qui nous entourent à révéler leurs talents et ce malgré les nombreuses imperfections du système. Cela participera peut-être à notre contribution de 1/6 milliardième 🙂

Bonne semaine à toutes !

karen | 31 juillet 2012 à 19 h 11 min

Bonjour à toutes !

C’est toujours un plaisir de venir « s’abreuver » ici. Je lis beaucoup sur le sujet de la douance car je veux être certaine de ne rien rater d’important concernant l’éducation que je dois donner à mes enfants ( le second semble suivre les mêmes traces) j’ai aussi un côté boulimique au niveau des informations quand je découvre un nouveau sujet. J’avoue que la plupart des sites m’agacent car je ressens une vague impression d’élitisme, de suffisance même lorsque les gens mentionnent leur haut score comme si cela était important 🙁 J’ai ressenti le même malaise, je dirais même une forme de pitié, teintée de mépris je dois l’avouer, lorsque la psy s’est extasiée devant « les performances » de ma fille. Je me suis dit  » ah c’est ainsi, c’est tout à quoi se résume l’être humain pour elle, à une forme d’intelligence, qui soit dit en passant est culturelle. » C’est vrai que la douance est une spécificité mais elle ne doit pas aider à créer des catégories sinon, on retombe dans les mêmes schémas, elle doit être prise en compte mais d’un point de vue humain et non quantitatif car sinon on court au désastre. Je pense que la véritable question concerne la valeur de la personne en tant qu’individu, avec une personnalité à part. En apposant des étiquettes, on nie cette valeur humaine et c’est ce qui arrive lorsqu’un(e) enseignant(e) malveillant ou maladroit étiquette un enfant tout en s’efforçant de le rentrer dans le moule. Il nie son identité car il commence par lui apposer une étiquette, il transforme sa spécificité en caractéristique à gommer. Cessons donc de catégoriser et envisageons les autres dans un rapport de synthèse ou chaque maillon aurait son rôle à jouer.
Votre mot me touche profondément Bleuenn, sachez que c’est réciproque, je suis heureuse d’avoir « rencontrée » une personne telle que vous. Autrefois, je fréquentais les auteurs classiques pour m’aider à comprendre la vie, aujourd’hui ce sont vos messages à toutes qui m’aident à avancer. Romain Rolland parlait d’un « sentiment océanique » qui unit les êtres vivants entre eux, je pense que les surdoués sont capables de sentir ce lien fraternel qui va au-delà du temps, de l’espace mais aussi de la raison. Vous évoquez Marc-Aurèle, ses pensées ont été ma bible 🙂 Je vous conseille de lire Mémoires d’Hadrien de Yourcenar, un pur régal également. Quand au personnage de Zénon dans l’Oeuvre-au-Noir, je suis certaine que vous vous y reconnaîtrez: l’intelligence a toujours été stigmatisée, quelles que soient les époques et les cultures.
Amicalement

Nadine Kirchgessner | 8 août 2012 à 18 h 18 min

Il nous faut lutter tous les jours contre les personnes qui ont des certitudes…l’intelligence , c’est justement savoir douter…et cela n’est pas mesuré par Le QI, et n’est pas facile à mesurer.

Raphaèle | 29 novembre 2012 à 10 h 50 min

Bonjour à toutes,

Un vrai « choc » positif que de dévorer vos échanges (j’ai commencé hier tant il y a à prendre).

Je suis profondément touchée par vos témoignages, et vos réflexions, dans lesquels je retrouve mes questions, celles de l’enfant « particulièrement sensible » que j’ai été (et que je suis toujours) et celles de l’adulte que je suis devenue.

Vous écrivez toutes très bien, un vrai bonheur en plus.

Mon parcours s’imbrique dans les vôtres, avec des pièces de puzzle déjà évoquées, et d’autres qui feront le lien.

Je n’ai jamais écrit (bien que tout mon entourage m’y ait encouragée depuis que je suis petite) et je crois que bien que l’ambiance HUMBLE et chaleureuse, bienveillante de ce site m’aidera à me lancer.

J’ai comme vous beaucoup à dire sur la différence, la solitude, l’école, la réussite sociale….

je vous embrasse et commence à rédiger mon histoire.

Bien à vous toutes

Raphaèle

Karen | 4 décembre 2012 à 3 h 31 min

Bonjour Raphaèle,

vous avez raison, il règne vraiment une ambiance d’humilité et de chaleur humaine sur le site de Nadine. C’est toujours un plaisir de venir lire les nombreux nouveaux messages (cela fait longtemps que je n’ai pas visité le site, faute de temps et j’ai pas mal de lectures en perspective 🙂

C’est bizarre, à force de lire sur le sujet, j’ai l’impression d’acquérir de nouvelles lunettes qui me permettent d’appréhender mon passé sous un autre angle.

Il y a deux semaines, j’ai assisté à une formation sur le développement du langage oral en maternelle. J’ai alors interrogé l’intervenante sur le changement des structures cognitives des enfants, la nouvelle réalité du multimédia affecte à mon avis la stimulation de différentes sphères du cerveau au détriment de la parole. Mes collègues québécoises semblaient boire mes paroles (l’accent français nous apporte du crédit quoi que l’on dise) mais une collègue française m’a carrément prise en grippe depuis comme si elle pensait que je faisais mon intéressante, ce qui est loin d’être le cas. Au contraire, j’aime débattre, comprendre, apprendre et réfléchir sur mes pratiques pédagogiques d’où mon besoin de partager, d’échanger, d’avancer dans la compréhension de ma réalité professionnelle et personnelle. Cette expérience m’a tout à coup renvoyée en arrière, à l’époque où je devais me taire pour ne pas éveiller le courroux d’esprits jaloux. Il y a des personnes qui sont incapables de comprendre que l’on puisse aimer apprendre pour le seul plaisir d’apprendre. Triste réalité 🙁
J’ai bien hâte de vous lire !
Au plaisir et bonjour aux autres !
Karen

Nadine Kirchgessner | 7 décembre 2012 à 17 h 07 min

merci Karen pour vos impressions toujours intéressantes. le multimedia , c’est un peu comme la télévision , cela ne devrait pas être recommandé avant trois ans, en tous cas à doses minimales. c’est l’interaction des bébés et enfants entre eux et avec les adultes qui doit être privilégiée.

bleuenn | 5 mars 2013 à 19 h 29 min

Karen,

Qouique vous fassiez je vous encourage: vous cherchez la vérité. Ce faisant vous dépassez des limites et ces limites blessent des egos. C’est compréhensible, tout se comprend, tout finit par se comprendre. Mais tout est-il acceptable? il y a des limites à l’acceptable, c’est l’inacceptable. Finalement le courroux d’esprit jaloux est inacceptable: il se comprend mais ne doit pas être pris en compte, ne doit pas être un obstacle à la vérité.
Acceptez-les comme preuves de blesures, refusez-les comme obstacles. Ce n’en sont pas.
Je vous encouragerai toujours, moi qui ne suis rien.
Raphaele, je vous encourage aussi à écrire votre histoire, une pierre de plus dans un édifice fragile celui de la vraie diversité pas seulement celle qui réconforte.
Bleuenn

Nadine Kirchgessner | 8 mars 2013 à 11 h 40 min

Bleuenn , pourquoi écrivez-vous que vous n’êtes rien ? Vous avez, par votre texte, aidé beaucoup de gens comme Karen , Raphaèle et d’autres. Je sais que ce texte, votre texte, est très lu, et je suis sûre que les personnes le lisent jusqu’au bout, bien qu’il soit long, parce que l’on est pris par ce texte.
Je suis sûre que grâce à vous Raphaèle écrira son histoire, ainsi que karen .

Karen | 10 mars 2013 à 15 h 53 min

Chère Bleuenn,

Permettez-moi de commenter votre phrase « moi qui ne suis rien ».

A 15 ans, je réfléchissais beaucoup sur la notion de vide (va savoir pourquoi, peut-être que mon milieu familial dysfonctionnel m’inspirait :)) J’essayais en vain d’imaginer le RIEN, impossible évidemment, j’en étais arrivée à l’idée qu’en fait le vide est une forme de plénitude. Alors laissez-moi vous envoyer l’image de la plénitude que vous êtes.

J’ai ouvert les yeux sur la réalité profonde du surdouement grâce à votre texte si beau et si sensible, vibrant d’humanité et d’authenticité. Vous avez aidé, je n’ose dire sauvé Emma. Votre message a eu une répercussion étrange dans mon inconscient, je ne pense pas que j’aurais réagi avec autant d’urgence sinon. J’ai compris les affres qui attendaient ma fille si je ne l’aidais pas à surmonter le premier écueil rencontré, celui de la méchanceté de son enseignante vis-à-vis de ses caractéristiques différentes.

Aujourd’hui, Emma est en train d’apprendre à lire avec bonheur, elle a retrouvé sa joie de vivre, elle a compris que tout le monde est différent à sa manière et que l’on a tous un potentiel à découvrir et à exploiter pour se réaliser, comme un ruisseau chantant qui finit dans un océan si on parvient à le suivre.

Ne dites pas que vous n’êtes rien. Pour moi et pour beaucoup d’autres sûrement, vous représentez beaucoup: une marraine spirituelle, un ange protecteur qui a étendu sa main, son verbe, au bon moment, une sage qui a beaucoup appris des vicissitudes de la vie. Le vide devient plénitude selon l’angle que l’on choisit pour le contempler.
Amicalement
Karen

Nadine Kirchgessner | 10 mars 2013 à 20 h 08 min

Merci Karen
j’ai eu les larmes aux yeux en lisant votre commentaire.

anémone | 6 avril 2013 à 4 h 56 min

Bonjour Bleuenn,

Votre texte m’a émue, énervée, effrayée, rassurée…tout ça en même temps…
Quand la souffrance d’être surdouée (ce à quoi je ne réfléchis pas trop – ou en tout cas le moins possible…) est trop forte je traîne parfois sur le net, à la recherche de quelques témoignages qui me fassent sentir moins seule.
Ce rejet je l’ai connu aussi, et toujours. Fascination/répulsion. Pas de demi-mesure. Ce sont des mots qui semblent marcher par paire..malheureusement.

Déni du surdon (est ce qu’on dit comme ça?) , enfin d’être surdouée, je me le suis caché très longtemps, toute ma scolarité est un témoignage de ce gâchis et de cette lente destruction par les profs, les parents, mais aussi , parfois, et c’est sans doute le plus dur, par vos amis.. ces phrases qui écorchent et qui font qu’on se ‘coupe la tête’ en effet….
(j’ai aussi bcp de griefs contre l’éducation nationale , qui m’a laissé des traumatismes – tenaces, mais pas irréparables – car je crois que tout est surmontable si on y accorde le temps et la persévérance)

Quant à la place décisive des parents, évidemment, je pense que tout est là.
Je n’ai plus grand chose à dire sur ma famille, perverse et qui m’a détruite.
Les enfant surdoués sont aussi plus sensibles et dans l’empathie, entourés de parents toxiques, ils sont évidemment les premières proies..
Pauvre Lièvre qui a les pattes cassées, c’est drôle vore référence à La Fontaine, je me suis souvenue tout à coup comme je n’aimais pas du tout cette fable étant petite- et je ne comprends que ce soir pourquoi!!

Les cicatrices se referment malgré tout, et je le crois quand l’anorexie intellectuelle (j’ai connu les 2) survient il reste parfois une solution…régler ses comptes avec le passé, ses traumatismes, et aborder la magie de la thérapie!
Je dis cela car je suis en thérapie depuis un an (comportementale) et que j’ai le sentiment que cela est en train de sauver ma vie.
Se découvrir soi quand on est curieux, vif d’esprit et qu’on a de l’énergie à donner, c’est une expérience fabuleuse – j’ai tjs adoré la psychologie, mais soigneusement évité – inconsciemment- ce qui me touchait de trop près.

L’Art avait déjà commencé à ‘me sauver’ quand moi aussi j’ai cru devenir folle (je l’étais un peu, un peu toujours, folie ou…??) Quand vous écrivez que vous avez cherché ‘dépersonnalisation’ par intuition de langage..;comme cela me parle! je me revois à 18ans, quand j’ai complétement pété les plombs..et ce mot évident dont je me demandais s’il existait vraiment..tellement je savais que ce que j’étais en train de vivre (j’ai cru que je devenais schizophrène..)

J’ai repris mes études il y a peu (j’ai 28ans) et je comprends votre réticence à retourner ‘à l’école’ j’ai essayé de me convaincre que ça serait différent, j’ai rencontré les mêmes choses , mais les ai vécu vraiment différemment, plus détachée. il y avait ma passion et au bout , cette volonté, de coûte que coûte, faire quelque chose de ma vie, alors que j’ai passé des années à me détruire (reproduction de ce que j’ai connu avec mes parents)

Auto-didacte, comme beaucoup de surdoués..je suppose que vous l’êtes.
Et vous écrivez très bien, l’écriture peut être salvatrice pour se reconstruire, peut être cela vous aiderait de coucher tout cela sur papier.
Cela soulage tellement , et puis votre expérience ne peut qu’aider d’autres personnes, c’est évident!
Mais il faut vous accorder le droit de vous aider vous.
On n’aide pas les autres avant cela…c’est le 1er pas de celui qui réapprend à marcher je crois!

Mais avant, il me semble que c’est votre coeur qui doit être pris en main, le coeur avant la tête, car l’un et l’autre ne peuvent fonctionner séparément … votre cerveau et intelligence je suis sûre fonctionnent toujours très bien et je ne crois pas qu’on puisse devenir ‘moins intelligent’. Comme vous j’ai cru ça aussi et dès que qq défis sont arrivés je me suis rendue compte que je re-fonctionnais au quart de tour avec mon bon vieux mode (rassurant quand même…)
Mais le coeur…
Les maltraitances subies changent nos shémas psychiques, ce sont ces modes de fonctionnements intérieurs qu’il faut ‘déformater’ , non vous n’êtes pas nulle, et vous pouvez encore faire des choses merveilleuses.
Il y a une injonction intérieure puissante qui vous retient, cela se sent, quelque chose suspendu au dessus du vide, qui attend une grande décision.
Je pense que plus que beaucoup de gens, vous avez le pouvoir de changer, de renaître, et de retrouver tout un souffle de vie qui s’est perdu qq part.
en tout cas je vous le souhaite.

J’ai longtemps pensé que je m’en sortirai seule, réticente à toute thérapie…je comprends aujourd’hui que cela n’est pas possible, aussi intelligent que l’on soit, les souffrances sont trop fortes et l’expérience de soi a besoin d’un guide, et de quelqu’un de confiance (enfin quelqu’un de confiance! déjà sentir cela est une évolution dans la perception que l’on a de sa capacité à être soi avec quelqu’un d’autre, en société…) pouvoir lâcher la bride et dire ce que l’on a manqué.
Supporter les pleurs et les émotions refoulées qui remontent et qui à mesure se détachent, comme de la peau morte…
Comprendre que tous ces actes (les profs, les parents etc) sont de la pure violence et se détacher de la culpabilité – facile à intellectualiser mais le sentir en soi est tout autre chose.
La maltraitance psychologique (et ne pas reconnaître ses enfants tels qu’ils sont en est bien une!) est sans doute le plus dur à régler, son invisibilité enfonce toujours un peu plus.
Je comprends quand vous parlez des enfants du tiers monde etc…moi aussi j’ai eu souvent ce genre de pensée, culpabilisante, mais encore une fois c’est minimiser ce que peut être la violence morale subie par un enfant (ou même un adulte). Or – heureusement- on tient de plus en plus compte de cela de nos jours..

Mon message est très décousu, j’en suis désolée…je n’écris pas souvent- en fait jamais- sur internet , mais votre message m’a vraiment touchée et aussi indignée ‘il est temps que l’on vous donne pour que vous puissiez donner en retour tout ce que vous avez et que vous avez muselé’ , non?

(je dois avoir l’air de faire l’apologie de la thérapie, je suis membre d’aucune secte, hein!!! mais c’est vrai que … je ne vois pas comment sinon)
Je ne vois pas du tout quelq’un de ‘spécialisé’ dans la thérapie avec les surdoués, mais je sais qu’il en existe..peut être une idée??

Je sais pas si mon message est d’une grande aide mais il est sorti comme ça, un peu tout seul, j’essaie sans doute aussi d’y croire , que non être surdoué ce n’est pas forcément un fardeau mais quelque chose qu’il faut apprivoiser, partager (ca c’est le grand pas – je commence à le faire et à me rendre compte que le rejet que je crains n’est pas forcément effectif- d’ailleurs il ne l’est pas, mais il faut vaincre cette foutue croyance, devenue presque superstitieuse à cause des mauvaises expériences..) Biensûr ne parler qu’aux personnes en qui on a vraiment confiance, perso, plus je suis ermite-heureuse dans la création et entourée de peu de gens- mais de gens en qui j’ai toute confiance- mieux je me sens. Je crois en cette devise ‘pour vivre heureux…vivons caché’. Cela me réussit mieux que les groupes (dont l’école fait partie, ou qu’on le veuille ou non la compétition est le mot d’ordre en France, sans doute pas pour vous ni pour moi, pour qui le plaisir de réfléchir ne s’adapte pas au système récompense/punition ,mais la jalousie ou le déni sont tellement présents!)

J’écris pas mal de temps après votre premier texte, alors peut être que beaucoup de choses ont changé depuis, en tout cas je l’espère sincèrement pour vous parce que rien qu’à lire les témoignages des autres personnes sur le site la sincérité de votre témoignage touche et aide les gens !!

amicalement
anémone

langlet | 27 mai 2013 à 2 h 06 min

idem

bleuenn | 29 mai 2013 à 16 h 00 min

Merci à vous trois pour vos messages.
Nadine, j’ai de l’admiration pour tout le travail d’information que vous fournissez sur votre site.
Karen,vous êtes si fidèle! et vous avez bien raison il faut savoir changer d’angle de vision.pardonnez-moi quand même ce « moi qui ne suis rien » qui même s’il est sincère a quelque chose d’indigne et vous a inquiétée.
Anémone: « Il y a une injonction intérieure puissante qui vous retient, cela se sent, quelque chose suspendu au dessus du vide, qui attend une grande décision ». vous tapez dans le mille…cela fait 30 ans que j’ai appuyé sur la touche pause et que je ne retrouve pas la touche play. car la touche n’est pas dans la compréhension ni l’analyse mais dans le coeur.(ce que j’appelle l’hématome avec un ressort cassé tout au fond)
j’ai commencé hier une thérapie avec une psy qui connait la surdouance et je vais essayer de croire que j’ai un avenir, c’est difficile pour quelqu’un qui se croit déjà mort mais j’espère y arriver. si j’y arrive ce sera aussi grâce à ce site qui m’a permis de m’exprimer enfin librement sans peur du rejet,du déni. c’est un étape importante d’être compris et entendu. ensuite il faut arriver à tourner la page et réparer ce qui reste en vie…
merci encore donc.

Nadine Kirchgessner | 14 juin 2013 à 13 h 00 min

je n’ai pas pu répondre avant…bleuenn, vous faites bien d’avoir commencé une thérapie , c’est essentiel. dans quelques temps vous verrez l’avenir sous un nouveau jour et une nouvelle clarté vous éclairera, j’en suis sûre. j’espère que vous trouverez un professionnel à votre mesure et qui sera en mesure justement de vous comprendre et de vous aider.
je m’aperçois un peu tard que je n’avais pas répondu à anémone…qui nous a écrit un formidable commentaire…mais les interactions sur cette page sont salvatrices…merci à toutes !

chivrac marc | 3 juillet 2013 à 22 h 54 min

bonjour bleuenn,
ma vie ressemble à la votre à cette différence,que j’ai eu la chance de faire l’université et de pouvoir y obtenir une licence d’histoire,j’ai été champion d’athlétisme.Mais je trâine ma vie comme un boulet,j’ai un entourage médiocre,incapable de comprendre,je me sens tellement inutile.J’ai souvent des pensées suicidaires,il difficile de parler de la douance dans une famille sans ouverture d’esprit,partir sur une île avec tous les surdoués,mon rêve depuis toujours.JE VEUX BIEN VOUS AVOIR COMME AMIE BLEUENN;chivrac.marc@neuf.fr.Amitiés sincères
marc

Julien | 19 juillet 2013 à 18 h 30 min

Bleuenn, c’est un de mes élèves qui m’a emmené vers ton témoignage ( je suis « prof » de dessin ) car il y trouvait de nombreux points communs.
Je dois avouer que ce dernier n’avait pas tout à fait tort, et je me manifeste ici car je pense que tu as ( et donc ainsi lui aussi ) réussi à me faire prendre conscience de nombreuses choses.
Sachant l’effort que cela demande de se mettre  » à nu  » comme tu l’as fait, je tiens à saluer ton courage et à te remercier.

Cordialement,

Julien

celine | 7 novembre 2013 à 23 h 06 min

Bonsoir,
J’ai lu avec attention tous ces témoignages et j’avoue me sentir un peu moins seule. Je ne peux pas me délecter de percevoir toutes ces souffrances chez vous Bluen mais je me reconnais également un peu dans votre expérience. J’ai eu une expérience différente dans ma famille. Si mes parents ont toujours pourvu au besoin matériel de mon frère et moi, j’ai passé mon enfance à les regarder s’entredéchirer, à les entendre se battre. Je rêvais petite que mes parents divorçaient car j’aime les deux mais pas lorsqu’ils sont ensemble. Ma grand-mère m’a en partie élevée, elle ne m’appréciait pas beaucoup, car j’étais trop insoumise, rebelle, tétue…
Ce que je veux dire c’est que ce climat m’a chargée… Pourtant je n’en veux à personne, çà m’a pris du temps. J’espèrais fuir cela en allant à l’école où je me disais, je ne les entendrais pplus se battre et j’apprendrais… Je me suis trompée. De bonne heure, je me suis mise à faire exprès de faire des fautes de grammaire, en me disant ils vont bien s’apercevoir que cela ne va pas… Erreur, mes notes étaient quand même bonnes… Ensuite ado, 13 ans je me sentais déja dépressive, pas de troubles alimentaires à proprement parler mais l’alcool, le cannabis… Je ne peux pas regarder la photo de mon permis sans que tout cela me revienne dans la face… Ah oui je ne conduis pas, j’ai peur… des autres. Ensuite, flash back, j’avais 6 ans, je me suis dit lors d’une altercation entre mon père et ma mère: « je ne les supporte pas, mais je sais que je dois attendre d’avoir 18 ans pour partir »… Après une enfance en demi teinte et une adolescence à la déglingue, 18 ans je suis partie avec quelqu’un qui m’a battue, moi qui voulais éviter de reproduire le schéma familial, j’en ai fait un mauvais film, série B; Pendant 7 ans je suis restée à subir, je suis partie 20 fois et la 20ième fois à été la bonne… J’ai pris des coups, mais le pire ce sont les humiliations intimes insidieuses « comme des gouttes de poison » qui pervertissent tout. J’ai vu des psys, fait des tests de QI, parcequ’on me l’a proposé, çà ne me serais jamais venu à l’idée… Et je me suis dit et alors, ce résultat me rend-t-il heureuse? NON!!!!
Il y a peu de temps j’ai vu une psychologue qui a remis le doigt la dessus en me posant des questions sur l’école et là je me suis dit, ah oui effectivement je suis comme çà… Je suis allée voir cette personne car je m’automutile.
Toute ma vie j’ai fait cela. Les drogues citées, puis j’ai arrêté car je me disais que ce n’était pas normal. Aprés avoir passé ma scolarité à me saborder pour avoir l’air comme tout le monde. Bleuenn tu décris cela si bien que je me suis revue assise sur les bancs de l’école mais surtout du collège ou lycée et c’est pour cela que je témoigne. Et je trouve ce site intéressant. Là je suis au chômage, j’en profite pour faire du sport, pour me fatiguer et ne plus penser. Chez moi l’automutilation a pris une forme, depuis 4 ans environ, je m’écorche, je me pique pour m’enlaidir. C’est idiot je sais bien mais je fais cela car pour vous dire et je ne sais pas si mon témoignage sera accepté. Un jour une rencontre majeure, de celles qui te font voir le soleil, un ciel propre bleu, limpide et dégagé. Au début tout allait bien, je me suis dit, (j’avais peur vu mes antécédents et tout) voilà mon rêve du prince de mes huit ans, une image précise que j’ai eu à la piscine à cet age, elle prend forme 20 ans plus tard, quelqu’un comme moi, qui ne me mettait de pression, qui s’exprimait comme moi, par la musique, et je me suis dit enfin, toute ma vie j’avais attendu cette rencontre… Et patatras, des gens se sont mélés de çà, je ne voulais pas me sentant fragile, et tout est parti en vrille. Cela fait 7 ans maintenant, mais j’ai besoin de recoller les morceaux, tous ces fragments de moi dispersés qui enfin s’étaient retrouvés recollés, à leur juste place simplement… Mais effectivement quand on est laminé profondément la résilience ce n’est pas si facile… Il faut se battre… C’est difficile. J’ai pris conscience de l’importance du travail, des efforts plus exactement en apprenant à nager, adulte, avant je ne savais ce que c’était, je disais toujours oui j’ai travaillé alors que en 5 min j’avais toujours fait ce que les autres faisaient en quatre heures… A l’école, professionnellement, je suis également abonnée aux boulots alimentaires, pas que j’en ai honte mais je me sens également inutile dans un bar, à l’usine dans un magasin… Et j’ai bien du mal à trouver une place socialement, pour tout dire je me sens très isolée. Ce que je veux dire avec ma façon peut-être bête et égoïste c’est qu’il faut se battre pour ce que l’on croit, c’est dur mais je crois que çà vaut le coup. La vie vaut le coup d’être vécue… Malgré la souffrance. Pas de recette miracle hein… Le yoga et le sport m’aident… Mais ce n’est pas gagné encore, je travaille à essayer d’être heureuse tout en ne sachant rien faire comme tout le monde, cà comporte des écueils des frustrations, belle image du lièvre et la tortu(r)e. Mais je crois qu’il faut se battre pour ce que l’on croit, tant pis pour les autres… Et je dis çà en ayant parfaitement que j’ai un toit, le ventre plein, internet, sinon je ne serais pas là… Alors que des millions n’ont pas le 1/4 du millième de ce que j’ai et doivent se battre pour simplement survivre. Mais juste tout ce que j’ai lu m’a touchée et je me suis sentie proche de ton expérience Bleuenn parfois. Pardon d’avoir écorché ton nom. Merci pour ce beau témoignage, poignant en fait et j’espère que tu t’es mise à écrire car je trouve que tu as un vrai talent pour cela. Beaucoup de courage à tout le monde et merci pour ce site intime. Pardon si je vous ai choqués avec mes histoires. Pardon si vous me trouvez débile, j’avoue ce soir cela a été une pulsion d’écrire une partie de mes ressentis que Bleuenn a si bien fait résonner… Toute ma gratitude et ma reconnaissance pour ce que vous avez tous dit avec humilité, je trouve cela rassurant et rafraîchissant

celine | 7 novembre 2013 à 23 h 26 min

Désolée pour les fautes et oublis/ Concernant l’automutilation je me punis de ce que je suis illusoire… Parceque j’ai torpillé une relation avec une personne magique pour moi mon petit soleil. Et je ne veux pas plaire aux autres du coup, c’est bête hein, mais je travaille sur cela pour le moment. C’est à dire à régler cela le plus sainement possible pour moi et pou lui. Je pense qu’il faut une petite dose d’égoïsme pour ensuite être disponible pour les autres. Une huitre agressée par un grain de sable sécrete de la nacre pour fabriquer un perle, ronde dure et précieuse. Je ne sais pas s’il est approprié de faire cela ici. Mais mon ouvrage de chevet est IMPARFAIT LIBRE ET HEUREUX de Christophe André. Car je pense que d’autant pour quelqu’un qui n’est pas dans la norme, il est important de travailler sur l’estime de soi. Sans être arrogant ou prétentieux, au contraire, je pense que ce cheminement éclairé peux nous permettre ensuite d’être un réel secours pour tous les humains, nous personellement puis les autres qui ont plus ou moins besoin d’aide. Pardon si je vous ai saoulé au revoir. Prenez tous bien soin de vous xxx

bleuenn | 19 novembre 2013 à 20 h 42 min

Bonjour Marc et Julien et Céline,

Marc, je vous écrirai un petit mot prochainement. Julien votre message est positif: il confirme que les témoignages peuvent être utiles. Merci à toi.
Quant à toi Céline, je voudrais t’aider mais je ne sais comment m’y prendre. Si jamais tu n’es pas complètement rebelle ou si tu arrives à mettre ta sensibilité épidermique de côté peut-être peux-tu te remettre à des études qui t’intéressent? Ta curiosité intellectuelle qui ne demande sans doute qu’à revivre y serait stimulée alors que dans des boulots alimentaires elle ne l’est pas. Ne crois pas que les lecteurs de ce site jugent les autres, tu as bien fait de jeter un cri du cœur et tu n’as pas à demander pardon. Le sport à haute dose peut s’avérer une excellente solution , il te prouve que ton corps existe, que tu es en vie, pleinement, en dehors de la souffrance que tu connais. Il y en a un qui est intelligent et pédagogique et qui te conviendrait bien je crois : celui de l’assouplissement qui nous relie à notre squelette de façon intime. Il nous force à nous respecter car si nous forçons trop c’est la déchirure, si nous ne travaillons pas assez c’est la stagnation. Peut-être que ce serait un antidote à ton automutilation? Sans doute qu’en te mutilant tu arrives à contrôler quelque chose. C’est toi en effet qui mets le curseur et qui décides des souffrances alors que plus jeune elles te submergeaient sans que tu y puisses rien. Sans doute aussi que les cicatrices sont des messages. Mais qui les entendra?
Oui il est difficile à trouver, Céline, cet égoïsme bien compris, cet égoïsme salvateur, quand on a besoin d’osmose mais c’est pourtant le seul qui vaille et qui permette d’aller vers l’autre en ayant quelque chose à donner. Je t’encourage de toutes mes forces, sans être, et c’est le ridicule de la situation, à la hauteur de mes conseils… mais je suis cependant persuadée que tu nageras de mieux en mieux, si tu réfléchis bien, ce que tu sais faire.
Bleuenn

monika stehlikova | 31 décembre 2013 à 8 h 44 min

Bonjour Bleuenn,

je ne suis pas francaise donc il y aura peut-etre bcp de fautes dans mon commentaire mais malgré cela j´ai envie de réagir. Je suis trés reconnaissante d´avoir découvert ce site et lu votre témoignage. Ca fait seulement un mois que j´ai réalisé – grâce à d´autre sites sur le HP – que c´est mon cas, que cela explique tout dans mon enfance. Quand j´ai lu votre phrase « c´était à l´âge de 11 ans quand j´ai perdu moi-même » je m´y suis totalement retrouvée (sauf que j´ai perdu moi-même à l´âge de 10 ans:))
Voici en bref mon histoire: étant petite sous le régime communiste dans mon pays de l´Europe centrale et entourée à cette époque-là seulement par des gens que je trouvais totalement différents de moi, j´ai vite eu l´impression que c´était pas normal d´avoir bcp d´émotions, une vie intérieure riche, une sensibilité relativement grande – et cela a provoqué en moi le sentiment de nécessité de cesser d´être comme j´étais et de commencer d´être comme les autres le désiraient (surtout ma mère qui disait pourquoi je dois avoir un enfant débile comme ca…, elle le disait bien qu´elle ait connu le résultat de mon test dq QI – 140 à l´age de 11 ans, elle ne m´avait jamais dit, elle me l´a avoué il y a un mois seulement, m´ayant expliqué que le résultat avait provoqué un grand complexe d´infériorité en elle (au lieu d´être fière d´avoir accouché une telle fille…)
Bref, mon opinion: malgré tout ca, malgré le fait d´avoir pensé pour des années que j´étais la plus bête personne du monde (mais mon mécanisme de protection était de bcp étudier, d´avoir des diplômes universitaires pour « montrer » à ma mère que je n´étais pas si stupide qu´elle le pensait), je l´accepte, je l´assume, les choses de vie ne se passent pas par hasard, il y a toujours une raison plus profonde dont le sens peut nous echapper, c´est ma philosophie de vie. Et maintenant que je redécouvre mon hypersensibité, ma compassion avec les autres, je ne regrette moins les années « perdues » que je suis touchée par le fait que j´ai pu le découvrir, que les choses m´ont été dévoilées, je me sens sauvée presque.
Et, finalement, je pense que les HP et l´intélligence c´est aussi bcp d´energie, bcp plus qu´ont les autres non HP et c´est ca le don que l´on doit cutiver de manière altruiste, il me semble. La réussite sociale ou la réussite scolaire ne peuvent jamais satisfaire les HP. (au moment de me remettre mon diplome d´IAE de Lyon, je continuais a penser que j´étais bête!)Les HP peuvent être satisfaits en soi, en assumant son énergie, sa vitalité, sa douance – en soi, pas par rapport aux autres, pas en devenant prétentieux, mais en devenant finalement soi-même, sans plus avoir peur d´être différent. Et si les HP se concilient avec eux-même, ils peuvent être satisfaits en tant que femme de ménage ou en tant que je ne sais qui, peu importe!Il y a des plaies en moi, mais je veux avancer, laisser toute cette histoire derrière moi,jetter le fardeau, continuer, ne pas désespérer….

Excusez mes fautes.:)

mumen | 1 décembre 2014 à 21 h 53 min

Ben dis donc ça vole haut, très haut ! Je suis ému !

Tu vois, non seulement je me suis ennuyé la plus longue partie de ma vie, mais j’étais aussi très ennuyé de déranger par mon inadéquation, avant de comprendre que ce n’était pas moi qui n’étais pas au niveau, mais eux !

Ça a tout changé.

À 50 ans, j’ai dit : « Enfin ! » J’ai dit aussi : « Les plus belles années de ma vie sont devant moi ! »

Maintenant je choisis mieux mes proches. En plus de « l’intelligence » qui peut voir et dire tant et tant de choses, il y a aussi la pureté qui compte vraiment maintenant.

Laisser les perdus, les irrécupérables. Quitter ceux qui t’emmènent au fond, même morts. Trouver ta Foi et la garder. Épurer Toi, si Belle. Être prête et demander. Toutes les religions et aussi les vraies sagesses le disent.

Bleuenn, tu suis un chemin, désormais. Fais feu de tout bois ! Tu ne peux qu’aller vers mieux, bien mieux, avec une façon de penser et de voir le monde qui sont merveilleux, résolument. Fais ce qu’il faut d’un tel Don prodigieux : Sers ! Deviens libre au point de ne plus avoir de choix.

Ça fait plaisir de croiser de belles personnes ! Merci, Nadine !

bleuenn | 3 décembre 2014 à 20 h 47 min

bonjour à Monika,
je ne suis pas allée sur le site depuis longtemps c’est pourquoi j’ai tardé à vous répondre. votre histoire est très touchante et vous avez raison: il y a une énergie particulière et une vitalité chez les personnes un peu spéciales aussi je vous, je nous encourage à ne pas désespérer. j’ai souvent la phrase de Woody Allen en tête: « bien que je ne crois pas en l’au-delà, j’emmènerai tout de même des sous- vêtements de rechange » elle résume bien la condition humaine à mes yeux et dans son absurdité et dans la conscience de son absurdité et dans la joie malicieuse que cette conscience peut en tirer quand on est dans un bon jour…

Bon courage Monika je ne sais si j’aurais survécu sous une dictature mais vous si!

Bonjour aussi Mumen,
merci pour ce commentaire encourageant; oui servir c’est important, d’ailleurs je dis souvent sans être comprise que je suis « la fille qui ne sert à rien » , c’est aussi drôle que vrai mais tant qu’un être humain est en vie il n’a pas dit son dernier mot, aussi j’espère bien me faire mentir un jour!
« devenir libre au point de ne plus avoir de choix » quelle synthèse! merci Mumen. Je suis contente pour vous que vous ayez pu dire « enfin »…

Aime A | 19 février 2015 à 13 h 26 min

Merci, moi aussi je suis « morte » à 7 ans, je me suis renfermée, rejetée par les autres, différente, je comprend enfin à 42 ans, avec le profil de mes enfants, tout ce parcours douloureux, ces humiliations, ces rejets, cette non compréhension des autres, solitude forcée, ce non accomplissement de soi, cette souffrance qui me fait m’auto détruire physiquement et moralement.
Non ce n’est pas de la dépression ça ne se soigne pas avec des cachets, oui les psy n’y sont pas formée c’est sans issue, un travail sur soi mais avec qui?…
Cigarettes, boulimie, aigreur, déceptions, je connais tout ça, trouver un homme à la hauteur, impossible
Détester l’injustice, se rebeller et on est mis au placard, c’est ça ma vie.
Emotions envahissantes, hyper émotivité et c’est le burn out, on pète les plombs.
Nous n’avons pas été reconnus, on ne se connait pas et maintenant on doit composer avec ça, je sais que je finirais mal dans ma peau avec les problèmes de santé qui en découlent

Nadine Kirchgessner | 20 février 2015 à 8 h 55 min

Votre vie n’est pas terminée ! Ayez confiance ! Il y a des professionnels qui sont formés au haut potentiel, peu nombreux certes…et si vous n’en trouvez pas, vous pouvez lire des ouvrages comme mon livre, ou ceux d’Arielle Adda ! ce n’est pas sans issue, les hauts potentiels ont de grandes capacités de résilience.

Aime A | 20 février 2015 à 9 h 47 min

Merci de cette réponse, ce qui me sauve un peu au milieu de cette auto destruction c’est d’avoir développé des talents de créativité artistique (écriture, dessin, expression) ce qui me vide la tête et me vaut les compliments de mes proches qui se demandent d’où me viennent toutes ces idées (j’avoue que ça flatte un peu l’égo et au stade ou j’en suis ça ne peut faire que du bien!…)
Je pense (ça n’engage que moi) que l’art thérapie peut être utile aux adultes HP, je souhaite a chaque adulte HP de pouvoir développer même en dehors de son travail surtout si peu épanouissant,ce qui est courant chez nous adulte HP non reconnus, un talent, un centre d’intéret ou il pourra être gratifié, vider son esprit, se retrouver.
Merci pour le conseil de votre livre, par contre c’est bizarre mais la reconnaissance du profil HP et tous les renseignements ne m’ont pas amené à un mieux être, peut être faut il aller plus loin effectivement avec un suivi mais il faut trouver le bon psy en effet.
Malheureusement pour moi les symptômes d’instabilité émotionnelle s’accentuent(je réagis de manière limite hystérique face à une injustice ou une blessure affective) j’ai de plus en plus un rapport affectif avec les gens qui engendre frustration, je suis hyper exigeante souvent déçue, je vois tout de suite les failles intuitivement et cela est très dur à vivre d’autant plus que le ressenti hyper sensible s’intensifie avec l’expérience je trouve c’est là ou c’est de plus en plus dur et les toc installés depuis trop longtemps pour s’en défaire.
Merci pour tous vos documents, vos recherches qui nous aident vraiment de constater que notre mal être peut s’expliquer et que l’on retrouve le même genre de difficultés, on se comprend mieux.
quand on s’est coupé de sa personnalité à 7 ans (deuil de ses talents, de sa personne) comme est en train de le faire mon enfant actuellement, diagnostiqué HP dyssynchronique lui aussi (ce qui complique encore) et que l’on est rejeté par ses camarades, on développe tout un tas de problèmes (pour moi toc, boulimie, faux self, hypersensibilité etc…)qui deviennent notre deuxième peau.

brumeclaireopaque17 | 8 mai 2015 à 11 h 28 min

Bonjour, je m’appelle Camille et j’ai bientôt 17ans. Je suis un peu perdue, ça fait un moment que je me demande si je ne suis pas folle, mais depuis bientôt deux ans, la possiblité d’être surdouée reste, cachée pas loin.

Je vous fais par de ce que j’ai écrit à une dame il n’y a pas longtemps, puisque j’avais mis presque tout, et que je suis incapable de tout re-rassembler..

Surdouée n’est pas quelque chose qui me parait possible.

Comme vu ci-dessus : « Le « bilan de ma scolarité » est un exercice difficile car n’ayant pas été reconnue il apparait que je me justifie et cherche à apporter des preuves de mon potentiel. Encore une fois des petits faits personnels n’ont-ils pas un intérêt limité? » C’est quelque chose qui me fait peur..

« Je suis comme ma mère plus jeune, mais en un peu plus poussée, elle me dit donc souvent que j’exagère.. mon père lui , il est très mystérieux et hormis son travail rien ne compte vraiment. Dans leur relations sociales, mon père en a autant que moi, maman elle va ignorer la façon dont les autres l’ignorent, parfois, pas toujours bien sûr.
En fait, je me suis toujours sentie étrange, comme si ma place n’était pas sur cette planète. Puis j’ai toujours eu des facilités, et on me rejetait parce que je n’étais pas comme eux. Souvent on me dit hautaine, et quand je demande pourquoi on me répond que c’est parce que je ne rigole pas pour leurs choses dites drôles. Les profs et élève ont toujours l’impression que je suis super sérieuse, trop scolaire mais je ne travaille pas, je n’apprends jamais et je ne sais pas faire. Ou si je fais des fiches de révisions c’est parce que ça m’occupe. Mais comment leur expliquer ? J’ai essayé de le dire à mon prof de français cette année et il m’a dit « N’importe quoi sinon tu es un génie », ça m’a mise tellement mal à l’aise que je suis partie. Ou alors je fonctionne un peu à l’envers des autres, je comprends très vite. Et quand je comprends les autres non et inversement. En fait, personnellement je me sens bête à côté des autres. Puis je suis perfectionniste, ce qui me rend extrêmement pessimiste et toujours insatisfaite. Je ne supporte pas l’échec, ni le travail en groupe. Le changement m’effraie, puis j’ai toujours peur de tout. Même d’avoir peur. Plutôt ridicule.

Et je m’ennuie. Tout le temps, sauf quand je peux être moi, ou que je peux poser des questions ou lorsque qu’on me donne des mathématiques ou des défis. En cours je m’ennuie et pourtant je ne comprends rien. L’an dernier maman m’avait dit que je ne pouvais pas m’ennuyer puisque que je n’avais pas des 20 partout. J’ai toujours été très sensible, et j’ai toujours trouvé ça embêtant. Rien que de raconter cela ca m’émeut.. pourtant il n’y a pas vraiment de quoi..
Mais revenons au cours. Rien que savoir que les profs m’idealisent ca me rend triste. Parce que ceux qui ont de mauvaises notes et qui travaillent et bien ils ont un avis négatif d’eux. Mais c’est faux c’est l’inverse mais c’est tellement injuste. Et pourquoi moi je peux faire ça comme ça et pas eux ?
Petite, il paraît que je posais toujours et sans cesse plein de questions, je ne dormais pas en maternelle et je faisais la petite maîtresse, je voulais toujours aider les autres puisque que finissais avant eux, et pour moi ils étaient en difficultés dans l’exercice alors que j’allais juste plus vite. J’utilise « il paraît » parce que je ne me rappelle pas, ce sont mes parents qui me l’ont dit . En primaire il paraît que j’étais timide, sage et refermée, selon un camarade. Et toujours bavarde partout sur mes bulletins. Mais le problème c’est que soit disant j’empechais les autres d’écouter mais moi mon cerveau écoutais, inconsciemment je suis.
Par contre j’ai toujours adoré le dessin, la cuisine, la lecture, les puzzles, le tricot et maintenant l’écriture. Ce sont des moyens d’évasion. Mais comme je déteste la routine je suis obligée, de toujours changer d’activité.
Et je déteste faire les choses à moitié, soit c’est tout, soit c’est rien.
J’ai toujours eu du mal à comprendre quelque chose j’ai toujours été sage, et j’ai toujours aidé mes parents. Et au collège je me suis rendue compte que peu le faisait. Et je me suis toujours fait fâcher parce que je lisais même quand je devais faire autre chose. Mais combien de parents rêveraient que leurs enfants lisent ?

Plus tard j’ai découvert aussi une passion pour la philosophie et la psychologie. En plus du reste et des mathématiques et des étoiles, de la terre, des pierres, de la société. J’aimerais tout comprendre, tout savoir.
En 4e, j’ai eu quelque soucis alimentaires, anorexie dite mentale. Et j’ai eu Twitter, ça me permettait de parler après ma «  »guérison » » . Et je me suis créée un blog pour écrire. Un jour une jeune fille est venue me demandée si j’étais HP, et je lui ai bien sur demandé des explications, elle m’a expliqué et j’ai commencé des recherches. J’étais totalement anonyme sur Twitter, ni prénom ni âge. Et plusieurs personnes d’une vingtaine d’années et un homme d’une cinquantaine sont venus me parler et ils me pensaient avoir entre 20 et 25 ans.
Mes recherches m’ont enormement touchées.. Et j’ai vu qu’il fallait des tests. Alors j’ai essayé d’en parler à maman et elle m’a dit « Pourquoi tu te crois plus intelligente que les autres ? » Non non non, je me sens vraiment bête et absurde. Mais je me comprendrais enfin.
Et je n’aime pas les autres, ils m’ennuient. Et je suis incapable d’avoir une véritable conversation avec quelqu’un de normal. Je n’ai pas vraiment de vie sociale en fait…
Et cette année par hasard j’ai rencontré un garçon, il a 15 ans et demi, il est en terminal, il est précoce et on se ressemble énormément. Et lui est certain que je le suis. Et depuis que nous conversons. J’ai besoin de lui. Je me sens normale, comprise, appréciée. Mais même avec son QI élevé il est normal pour moi.

J’ai sûrement oublié pleins de choses, et dit des choses inutiles. »

C’est brouillon, je suis désolée..

Nadine Kirchgessner | 11 mai 2015 à 20 h 53 min

@Camille, Je vous conseille de parler à vos parents pour envisager de passer les tests de Wechsler qui sont les plus utilisés. Celà vous permettrait de mieux connaître votre efficience intellectuelle et de ne pas vous déprimer pour rien. Vous pouvez montrer le site à vos parents et tous les témoignages. N’hésitez pas à partager avec nous vos tourments.

brumeclaireopaque17 | 13 mai 2015 à 17 h 25 min

Nadine Kirchgessner
Parler à mes parents, c’est compliqué..
Au quotidien, j’ai toujours peur, de tout, je suis totalement instable psychologiquement, je m’ennuie toujours et je me lasse très vite, même des personnes. J’ai toujours l’impression de ne jamais comprendre.. Je suis une éternelle insatifaite, et très pessimiste; en fait c’est la recherche de perfection qui en est responsable, je pense. Puisque la perfection n’existe pas, je ne peux pas être satisfaite ou optimiste.
On me dit souvent aussi d’arrêter de me dénigrer, de me faire plus confiance et d’arrêter de me poser trop de questions. Mais je ne vois pas vraiment le problème, hormis pour les questionnements qui, lorsqu’ils deviennent fréquents, sont plutôt terribles, en réfléchissant et tirant de drôle de conclusion ça laisse des phases de légères déprimes.
A l’internat, on m’a reproché d’être un peu trop active parfois, des soirs je peux rentrer et parler et bouger nons-stop pendant 3h, en ayant toujours quelque chose à dire, même si je me répète parfois.. Mais d’autres jours, je peux très bien ne rien dire.
Je suis aussi sensible, mais pas toujours. C’est très spécial. Avant c’était dans la vie, j’étais une sorte d’éponge à émotions, si quelqu’un pleurait, j’allais pleurer. Mais maintenant ce ne sont plus que les livres, les films ou les séries, qui me font cet effet, c’est comme si, je rentrais dans leur monde, que j’en faisais partie. Voyez-vous ? Mais c’est difficile à accepter pour mes parents.
Je n’ai aucune vie sociale aussi, je n’ai pas d’amis à voir, ou pas de personnes qui m’invitent. Je suis dans un lycée que je n’apprécie pas, et où je ne suis pas appréciée, hormis par mon prof de maths et de physique je crois, du coup, je suis seule, je ne peux pas parler. J’ai du mal, mais j’apprécie de plus en plus la solitude, ce n’est pas bien je sais..
Et ce garçon que j’ai rencontré et qui est surdoué, et bien pour moi, il est normal, même que je me lasse de lui au fil du temps. Parce que j’ai toujours besoin qu’on me « stimule » et lui non.
Ce que j’aime chez les personnes ce sont les mystères, essayer de les comprendre, de les « décrypter ». Je me rends compte aussi que je suis plutôt manipulatrice, j’aime ceux qui ont de bons résultats, parce qu’ils représentent un défi, mais si je deviens meilleure et bien ils ne m’intéressent plus.
Le travail aussi, je ne sais pas comment faire, je ne sais ni travailler, ni apprendre, et j’ai peur. J’ai toujours eu entre 13.6 et 15.8 de moyenne, les mains dans les poches, mais si un jour je ne peux plus ?

Je ne sais pas vraiment si toutes ces phrases ont un sens. Je suis un peu égocentrique, à ne faire que parler de moi..

Nadine Kirchgessner | 18 mai 2015 à 12 h 07 min

@ Camille Vous avez beaucoup de caractéristiques qui pourraient faire penser à la douance. Je pense que cela vaudrait le coup de passer les tests. Vous sauriez comment vous fonctionnez intellectuellement. Et oui la perfection n’existe pas, alors il faut apprendre à être satisfaite sans perfection. Gros travail sur soi.

Cyclobéarnais | 18 mai 2015 à 23 h 29 min

Bonjour Camille,

Concernant les parents, c’est une juste distance à trouver. Entre trop les écouter et faire plus confiance à leurs dires plus qu’à moi-même, et ne rien leur dire, je cherche un juste milieu entre le fait de dire ce qui peut être important pour moi, mais sans trop en dire pour éviter d’être blessé par des remarques incomprises ou à côté (j’y travaille depuis plusieurs années).

Si vous vous sentez à l’aise avec votre ami, alors essayez de vous ressourcer auprès de gens comme eux, c’est à cela que j’ai abouti après m’être un peu paumé. Le partage d’idées permet d’apprendre pour nous-même lorsqu’on se sent compris, et ce même si ce n’est pas tout à fait parfait. Je me rappelle d’une discussion avec un gars qui me disait que j’étais bizarre, mais pour une fois pas dans le mauvais sens du terme, et ça m’avait bien aidé.

Du coup, j’essaie de discuter avec les gens quelquefois sur des sujets à part (lorsque le contexte le permet), et lorsque la communication passe vraiment bien, nous apprenons mutuellement sur nous-même réciproquement et nos idées. Rencontres rares, mais bien riches.

Bon courage à vous,

Sofia | 17 septembre 2015 à 23 h 12 min

Bonsoir Bleuenn,

Je ne sais trop par où commencer. Au moment même où j’écris, je suis sous l’influence d’effluves alcoolisées, comme souvent et depuis si longtemps. Passons.
Je viens de lire, ou plutôt d’engloutir depuis quelques heures votre témoignage ainsi que les réactions et rédactions en découlant. L’ensemble de cette lecture est pour moi comme une révélation, une véritable découverte, quelque chose que j’attendais depuis des années, depuis toujours en fait.
J’ai 34 ans, je suis maman d’une petite Livia âgée de 2 ans. Elle semble véritablement être précoce, et c’est pourquoi mes recherches sur internet m’ont d’abord amenée à lire des articles de «zébrés» en tout genre. D’un article à un autre, j’ai fini par taper sur la barre de recherche «surdouée et boulimique». C’est ainsi que j’ai atterri sur votre page. Et cela m’a fait _ me fait_ l’effet d’un tremblement de terre intérieur, d’un véritable électrochoc.
En vrac, voici quelques passages de ma misérable vie : j’ai commencé depuis environ 4 ans à écrire ma propre histoire, sous forme d’un récit, mon journal intime ne me satisfaisant plus. Et puis j’ai eu ma fille, il y a 2 ans. Je ne voulais surtout pas être un jour maman, persuadée que je serais une mauvaise mère, et c’est peu dire. Finalement ma fille est arrivée, et j’ai vécu sa naissance comme une espèce de propre renaissance. Mais aujourd’hui, force est d’admettre qu’elle est différente, et, le terme me pèse mais je dois l’admettre, surdouée. Agée de 2 ans et 2 mois, elle parle parfaitement bien et peut entretenir une conversation avec n’importe quel adulte. Dernièrement, ses questions se reportent à Dieu (je suis athée, c’est d’autant plus difficile de lui apporter réponse!), elle veut lire, sait compter (rien à voir avec du «par coeur», non, elle additionne).
Bref. J’ai lu, absorbé, pleuré devant votre témoignage, Bleuenn. Tout comme vous, ma vie n’est qu’une non-réalisation, elle se résume à une suite de souffrances psychiques, bien entretenues, voire bien huilées par la perversité de ma mère. Des psys, j’ai commencé à en fréquenter à l’âge de 18 ans. Pour l’anecdote, ma mère, avant sa retraite, a été psychologue pour enfants en CMPP. Thérapie familiale, psychanalyse, rien n’a été oublié par mes parents, pour mon bien-être, et surtout, je pense, pour le leur… Et puis j’ai connu pendant 4 ans les affres de la boulimie, de l’addiction aux drogues douces, dures, et pour finir à l’auto-mutilation, de l’âge de 23 à 27 ans.
J’ai arrêté mes études après le bac, obtenu «pour ma mère», je le sais depuis toujours. J’ai repris un BTS (obtenu haut la main) deux ans après avoir quitté le «cocon familial» (quel drôle de nom, pour moi c’était un véritable enfer duquel je ne pensais jamais pouvoir m’échapper, et ce malgré des fugues à répétition et 3 ans d’internat).
J’ai continué mes études en école d’arts appliqués, dont j’ai obtenu le diplôme après 4 ans d’études. Je n’ai plus jamais plus dessiné après obtention de ce diplôme.
Ma vie est un véritable gâchis. Je m’en suis toujours sentie spectatrice, jamais vraiment actrice. Je l’ai aimée pendant l’enfance, lorsque tout allait encore bien. Tout a changé vers 11 ou 12 ans, à mon entrée au collège.
Je préfère d’ores et déjà couper court à mon histoire, livrée ici sans dessus dessous. En revanche, je tenais à vous remercier pour votre témoignage qui m’apporte enfin, à l’âge de 34 ans, non pas une lueur d’espoir puisque tout comme vous, je suis persuadée que rien ne pourra plus être ce qui aurait déjà dû être, mais un réconfort quant à ma condition humaine. Tout comme Karen, j’essaierai que la vie de ma fille soit empreinte d’amour, qui m’a si cruellement manqué, de compréhension et d’égard quant à sa personne, si petite soit-elle à ce jour.

Merci, mille fois merci,
Amitiés,

Sofia

Nadine Kirchgessner | 1 octobre 2015 à 20 h 10 min

Bonjour Sofia
Merci pour ce témoignage, et pour Bleuenn. Elle sera touchée que son récit vous vienne en aide , et c’est pourquoi les témoignages sont si importants.

BLEUENN | 15 janvier 2016 à 20 h 19 min

Bonjour!
un petit mot pour Sofia dont je découvre le message ce soir…
34 ans c’est la force de l’âge, et une bonne tranche de vie devant soi avec dejà de la maturité mais encore de la jeunesse.
j’ai connu quelqu’un qui a débuté des études de médecine à 37 ans.tout le monde essayait de l’en dissuader, il a réussi,il a fait un bon médecin, très humain, très complet. A 34 ans Sofia, je ne dis pas que les choses sont faciles mais beaucoup de choses sont possibles. vous pouvez envisager des études longues, avoir d’autres enfants ou pas… dans 15 ans ces 2 projets seraient ou impossibles ou irréalistes. je voudrais bien avoir à nouveau 34 ans Sofia…se couper de soi-même c’est parfois la seule solution quand les dés étaient pipés, mais quelle souffrance! ne pas dessiner ni peindre quand on en a besoin et que cela nous ferait plaisir c’est continuer dans cette cassure de l’élan vital.Sofia, votre prénom vous invite à la sagesse, alors ce serait quand même dommage, parce qu’on vous a fait du mal, de ne pas répondre à l’invitation, non?
je vous souhaite une année pleine de sagesse véritable c’est à dire de création de vitalité d’accord et de fantaisie. et une bonne année à votre petite fille. vous avez la chance réciproque de vous connaître.

Sofia | 13 février 2016 à 15 h 43 min

Nadine, Bleuenn,

Merci pour vos messages que je découvre aujourd’hui, ils me touchent beaucoup.
Suite à la découverte de votre témoignage Bleuenn, j’ai approfondi mes recherches, lu et relu des ouvrages se rapportant à l’adulte surdoué (notamment celui de Jeanne Siaud-Facchin), puis j’ai tout arrêté.
Quelques semaines plus tard, ce sujet continuait de me tarauder malgré moi, sans cesse. J’ai finalement contacté l’AFEP qui m’a donné le nom d’une psychologue spécialisée. J’ai donc obtenu d’elle un rendez-vous le mois prochain, avec dépistage en suivant. Je suis terrifiée, cela m’obsède, mais je suis sûre d’avoir fait la bonne démarche.
Vous avez raison Bleuenn, je n’ai que 34 ans. Je parlais de « renaissance » lorsque j’ai mis au monde ma fille, je souhaite que cette émotion me nourrisse pour avancer.
Je vous remercie profondément d’avoir témoigné comme vous l’avez fait, car même si je ne suis pas encore dépistée « HQI », et quelque soit le résultat (même si j’en ai terriblement peur), votre histoire m’a permis de « réagir », et je l’espère maintenant, d' »agir ».

J’espère vous donner de mes nouvelles très bientôt,

Sofia

Nadine Kirchgessner | 17 février 2016 à 11 h 57 min

Bonjour Sofia, vous mettez le doigt sur quelque chose qui m’a blessée en 2009, alors que je venais de démarrer mon site. Imaginez-vous que des personnes de l’AFEP ont voulu que je ce site soit caché et s’arrête…Imaginez …si je n’avais pas eu cette persévérance que l’on trouve chez la plupart des personnes surdouées, malgré l’adversité qu’ils rencontrent régulièrement ? Imaginez que le témoignage de Bleuenn n’ait pas vu le jour ? Je vous conseille de lire les articles et livres d’Arielle Adda.
N’ayez pas peur et donnez-nous de vos nouvelles !

Antoine Coeuré | 15 mai 2016 à 0 h 37 min

Etant moi-même depuis toujours sentis en décalage par rapport à la majorité des personnes de mon âge, je me suis toujours intéressé à diverses explications. Ainsi, votre article a permis entre autre de m’identifier par rapport à ce que vous décrivez très bien : La différence. A mon avis, s’il y’a bien sur un point en particulier qu’il convient de développer, c’est celui-ci. Même si je n’ai jamais fais de test de « Qi », je ressens toujours un décalage voir même un déphasage par rapport à mes pairs que ce soit par l’intermédiaire du langage, les occupations/Centres d’Intérêts. S’il y’a bien un lieu où cette différence est visible c’est le lycée. Etant en terminale S, je constate par rapport à la majorité de ma classe que je n’ai vraiment pas du tout les mêmes préoccupations. Alors que la majeure partie de celle-ci s’intéresse à des sujets conformes à leur âges, je m’intéresse notamment à la météorologie, …Par conséquent, il suffit pas moins de quelques secondes voire quelques minutes pour qu’ils s’aperçoivent de cette différence. Les seules personnes avec qui je peux parler en totale correspondance et transparence sont mes professeurs. En effet, j’apprécie leur poser des questions sur des apports de points historiques, des liens avec la recherche, des sortes « d’approfondissement » même si ce terme semble à première vu inapproprié ici.

Nadine Kirchgessner | 18 mai 2016 à 14 h 27 min

Bonjour Antoine, merci d’avoir commenté sur le si beau témoignage de Bleuenn. J’espère que vous avez des amis quand même. Mais gardez votre personnalité qui est sensible et juste, j’en suis sûre, malgré le décalage. Et vos bons rapports avec vos professeurs. Après le lycée, vous aurez d’autres occasions de rencontres intéressantes pour vous.

Sofia | 2 septembre 2016 à 17 h 02 min

Nadine, Bleuenn,

Je me dois de vous donner quelques nouvelles que voici : j’ai passé le test de QI tant redouté. Les résultats des différents items étant « hétérogènes » ( de « moyenne supérieure » à « très supérieure »), pas de chiffre à la clé.
La neuropsychologue a tout de même conclu à « un fonctionnement à haut potentiel intellectuel » et préconisé une thérapie en conséquence. Je suis donc suivie depuis 3 mois par une spécialiste en la matière. N’ayant pas eu une preuve suffisamment rationnelle à mes yeux, j’ai encore du mal ce jour à me considérer comme « HPI ». J’avance malgré tout, petit à petit, vers une nouvelle connaissance de moi. J’espère surtout, par ce biais, pouvoir venir en aide aux préoccupations de ma fille.

Une nouvelle fois 1000 merci à toutes les deux (et je vous rejoins, Nadine, heureusement que le témoignage de Bleuenn a pu voir le jour sur la toile, sans quoi nous serions encore nombreux à nous perdre dans les méandres de nos « êtres »)

Bien à vous,

Sofia

Nadine Kirchgessner | 4 septembre 2016 à 18 h 30 min

merci Sofia , je suis si ravie pour vous de lire vos nouvelles ! j’ai relu votre témoignage, et surtout n’ayez pas de doute. La neuropsychologue a conclu à un haut potentiel , elle analyse avec les tests et avec votre histoire. Ayez confiance en vous !
et oui heureusement que ce site existe pour les témoignages et les livres… Vous aviez écrit en février. et depuis j’ai écrit un autre livre, parce qu’il se passe des choses fâcheuses dans le monde de la douance. Mais il n’est pas facile de faire entendre une voix positive. Et votre témoignage peut contrer la pathologisation du haut potentiel actuelle parce que je suis sûre que vous irez mieux dans très peu de temps !…