Planète surdoués | Un espace d'information et de recherche sur la douance

Juin/15

10

Le saut de classe ?

En ce mois de juin, beaucoup de familles d’enfants précoces se posent la question du saut de classe. Question essentielle que ce (ou ces…) saut de classe. Cette question m’est très souvent posée en mail privé, je vais donc écrire un article succinct mais précis pour partager avec tous mes lecteurs quelques lectures scientifiques et ressentis personnels.

Faut-il sauter des classes lorsque l’on est à haut potentiel ?

J’ai démarré mon site en 2009 pour raconter l’histoire de mes trois enfants précoces et en conséquence, il s’agissait de raconter les bienfaits des sauts de classe pour eux, puisqu’ils ont sauté des classes. Lorsque l’on a des enfants doués avec de hauts niveaux de QI, la question est encore plus cruciale. Lors des discussions avec les enseignants et directeur pour mon fils aîné, on m’avait prédit les pires conséquences, évidemment dramatiques des sauts de classe, que je ne détaillerai pas….une mère d’élève m’avait même parlé de mort…lorsque l’on a un petit enfant de 5 ans, c’est très violent…mais moi je savais, dans ma petite tête de maman que, lorsque j’étais en Terminale, il y avait un garçon qui avait deux ans d’avance, et un autre qui avait un an d’avance , et je voyais bien que cela se passait très très très très très bien. Nous avons pris la décision de faire sauter la GS et le CE2 pour les deux aînés et la GS pour le dernier. Ces décisions ont été prises au vu de l’ennui à l’école, des tests de QI,  et en concertation avec les psychologues scolaires et/ou privées. Et tout va bien pour eux, scolairement tout s’est bien passé, socialement aussi, même s’il y a eu du harcèlement scolaire en 5 e pour l’aîné, qui a été vite réglé, mais nous ne saurons jamais s’il n’y en aurait pas eu s’il n’avait pas sauté. Beaucoup de témoignages révèlent du harcèlement de précoces, même sans sauts de classe.

à lire ou relire notre histoire   tribulations d’enfants trop vifs

Evidemment , si cela est possible, il vaut mieux sauter une classe dans les petites classes, et que l’enfant soit partant ! mais en général, il l’est.

Souvent les enseignants disent « on verra ça l’année prochaine »…le problème , c’est qu’ils peuvent dire cela tous les ans.

Souvent les enseignants disent  « il n’est pas mûr »…le problème c’est qu’il est très sensible et très mûr.

Souvent les enseignants disent « il ne sait pas écrire » …le problème c’est qu’il n’ a pas encore 10 ans    à lire ou relire    dysgraphie

Les études scientifiques démontrent depuis longtemps que les sauts de classe sont plutôt bénéfiques pour les EIP. Je viens de les recenser pour mon mémoire universitaire pour mon étude. Je vais en citer une, plus ancienne, mais il y en a beaucoup, notamment dans des études anglo-saxonnes.

J .C. Terrassier en 1981 dans « les surdoués ou la précocité embarrassante » a cité l’étude de  Leroy-Boussion. En 1971, elle a proposé  l’apprentissage de la lecture dès l’âge de 5 ans en section de maternelle et à raison d’une heure par jour à 179 enfants de QI divers. « Seuls les enfants dont le QI dépassait 130 se sont avérés parfaitement mûrs pour la lecture, l’ont acquise aisément et ont été directement l’année suivante en Cours Elémentaire. ».

Le facteur motivation intervient fortement dans les décisions de saut de classe, pour que l’enfant EIP ne se démotive pas dans un niveau trop facile, sans découverte de nouveautés  (Renzulli, 2002). L’environnement stimulant est donc déterminant pour l’enfant EIP (Lubart & Jouffray, 2006).

Un autre exemple d’étude longitudinale de l’effet du saut de classe a été réalisé dans les écoles primaires du canton de Genève. Des familles de niveau social plutôt élevé demandaient le saut du CP pour pouvoir accélérer le cursus de leur enfant dans les années 1980. Rieben en 1991 a analysé ces données pour évaluer les effets du saut de classe sur la réussite scolaire (Lubart, 2006). Les résultats en fin de cycle, 4 ans plus tard pour les exemptés de CP, jugés suffisamment précoces pour sauter, sont bons à très bons à 88 % (Rieben, 1992 ; Lubart, 2006). Le bilan psychologique a une bonne validité prédictive et le saut de classe n’a pas porté de préjudice, mais les enfants avaient des connaissances pré-requises en plus du haut potentiel (Lubart, 2006).

L’accélération atténuerait les difficultés de socialisation des EIP « hautement doués », plus à l’aise avec des pairs « intellectuels » qu’avec des pairs de même âge chronologique (Sayler& Brookshire, 1993).

A lire    Un joyau méconnu  ;  l’accélération scolaire    de François Gagné  (premier livre sur le sujet : 1986)

Des témoignages sur   le site  planetesurdoues bien sûr et sur d’autres sites  :

le parcours difficile de mon fils HQI à l’école

ambio        je l’ai copié tellement ce témoignage est exemplaire (de gâchis)  :

« Bonjour

Permettez-moi de vous proposer un élément de réponse basé sur mon expérience… S’il faut cataloguer, c’est parce que sans ça, votre fils qui pour l’instant réussit tout, risque un jour, de tout rater : ses études, son mariage, sa vie…

Je m’explique : J’ai été cet enfant qui réussissait tout : sur les bancs de l’école primaire, je m’ennuyais à mourir… Parfois j’interrogeais l’instituteur sur le pourquoi, le comment, sur une autre manière d’arriver à la solution, il répondait systématiquement à côté de la question, un jour, il m’a grondé, me disant que si je n’aimais pas sa manière d’expliquer je n’avais qu’à monter sur l’estrade donner cours à sa place! Alors je me suis tu…

Puis j’ai eu quelques punitions pour manque d’écoute à faire signer par mes parents. Lorsque j’ai essayé de leur expliquer le POURQUOI, ils m’ont grondé, m’ont dit que je devais écouter le professeur et ont systématiquement doublé les punitions.
Alors j’ai écouté, en me taisant,…

Pendant 12 ans, TOUT ALLAIT BIEN !
Pour mes profs car je me taisais.
Pour ma mère car je n’avais pas de punition.
Pour mon père car j’avais des beaux « bulletins »
Cela allait tellement bien que personne n’a remarqué que je n’ai jamais fait un devoir à la maison ni étudié une leçon…

Je n’ai donc jamais appris à apprendre. ( lire : méthode d’apprentissage)
Je n’ai donc jamais appris à échanger. ( lire : gérer une conversation,…)
Je n’ai donc jamais appris à comprendre ( lire : comprendre la différence)

Ces 3 lacunes m’ont détruit et me nuisent encore quotidiennement.

Une fois l’âge de 18 ans, j’ai décidé que je n’étais plus le petit qui devait se taire. Avec un manque d’expérience de 15 ans dans l’art de la discussion, j’ai alors commencé à donner mon avis, à parler de mes idées. J’ai aussi arrêté de faire gentiment ce que je trouvais bête, j’ai commencé à contredire, à exiger des réponses à mes questions…

Mes parents ont appelé ça : ma crise d’adolescence.
Mes profs : de l’ insolence
Mes copains : de la prétention
Mon amoureuse : de la violence morale
Aucun n’a compris que ce n’était que juste enfin « moi »…

J’ai détruit la relation que j’entretenais avec la femme que j’aimais depuis des années car j’ai été incapable de comprendre qu’elle pouvait ne pas comprendre…

J’ai mis un terme à mes copinages de complaisance

Côté scolaire ce n’était pas mieux :
Le niveau universitaire, c’est pas plus difficile que les primaires et les humanités, il y a juste plus de matière qu’il n’est plus possible d’ingurgiter le matin de l’examen dans le bus…
Première candi ingénieur réussie comme les douze précédentes, sans travail à la maison. Juste que j’ai troqué ma place de premier de classe contre celle de dernier…
Ensuite 2 échecs coup sur coup… le début d’un calvaire

Il m’a fallu des années pour me reconstruire, pour me réadapter à notre monde, à ses normes et surtout à ses habitants… Encore aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir été catalogué, de ne pas avoir reçu des explications sur les « différences. » Si cela avait été le cas, mes 20 années de frustrations quotidiennes auraient peut-être été mes 20 plus belles années…

Share

RSS Feed

Laissez un commentaire!

Pour éviter les spams, merci de donner la réponse au calcul suivant: Le délai maximum de validité du CAPTCHA est dépassé, merci de le relancer.

12 Comments pour Le saut de classe ?

Claudia Jankech | 10 juin 2015 à 20 h 19 min

Les trois études que j’ai effectuées sur environ 300 enfants ayant consulte chez moi pour détection d’un haut potentiel le confirment
Mais cette mesure n’est pas généralisable.
Voir congrès Asep 2001 (asep-suisse.org)
2011 Evaluation des mesures prises sur http://www.jankech.ch
2015 encore en analyse mais les adultes confirmemt la pertinence de cette mesure et pour finir étude americsine sur 5 millions de HPI aus USA. Voir sur ischoolguide: « new study suggests gifted students van stil’ left behind in school »

Nadine Kirchgessner | 10 juin 2015 à 23 h 40 min

merci pour ces informations. il y a aussi Todd Lubart en 2006 qui a analysé les différents modes de scolarisation des EIP, notamment la méta analyse (51 études) de Kulik et Kulik (1992, 1997).

arnaud | 17 juillet 2015 à 23 h 45 min

Merci pour toutes ces infos ! je découvre votre site et le trouve hyper clair. Nous devons nous décider pour un saut de classe pour notre fille. je vais lire tous les articles, mais vos expériences de sauts de classe m’aident beaucoup! j’ai lu quelques articles et un livre parce que nous venons d’apprendre que notre petite dernière est précoce et ce qu’on lit sur d’autres sites est parfois un peu inquiétant…

MALLETON | 6 novembre 2017 à 21 h 41 min

Merci pour ces informations car ma fille a sauté de classe la petite section et le ce2 et elle est maintenant en 6 ème et defois l âge pose problème

Nadine Kirchgessner | 30 novembre 2017 à 15 h 57 min

Bonjour MALLETON Je crois que j’avais zappé votre commentaire. Pardon. La question du saut de classe est complexe.
On voit tellement d’enfants qui s’ennuient à mourir au collège, je crois qu’il vaut mieux sauter des classes, même s’il peut y avoir un décalage physique qui se résorbe vite. il faut choisir , parfois.

Je réponds en même temps à Arnaud ! Il ne faut pas s’inquiéter à outrance pour les sauts de classe. C’est un moindre mal, même si ce n’est pas parfait.

Vous pouvez lire mon étude sur le CP anticipé. Avant, on pouvait sauter des classes sans aucun problème.En tous cas, au moins une, ce qui est minimal.

http://planetesurdoues.fr/index.php/etude/etude-2015-partie1/

et lire les travaux de F Gagné

http://planetesurdoues.fr/index.php/2016/09/18/developpement-des-talents-scolaires-selon-le-mdtt-de-f-gagne/

et cette publication

http://planetesurdoues.fr/index.php/publications-scientifiques/une-nation-trompee-colangelo-n-assouline-s-gross-m-u-m-2004/

Gilles | 8 décembre 2017 à 9 h 19 min

Moi-même ancien précoce, père de 3 précoces et riche d’un parcours de vie très mouvementé (dont 3 divorces car 3 mariages, 5 métiers …)
Je lis dans ce témoignage des maltraitances à l’encontre de ce témoin.
De ma propre expérience d’enfant maltraité, je dis qu’un précoce va ressentir encor plus la maltraitance, et qu’il devient une parfaite victime, jusqu’au moment où il explose, contre lui ou l’autre.
C’est valable pour tous les enfants, mais encore plus pour les EIP.
Lecture recommandée : Alice Miller, Le drame de l’enfant doué.
Je vous souhaite une belle journée.
Gilles

Camus.F | 8 décembre 2017 à 11 h 55 min

Le saut de classe sujet qui me fout les nerfs des années après.L’avance d’une enfant EIP dérange fortement certains professionnels de l’éducation à savoir directrice d’école,instituteur etc.Dans ce cas de figure cela exacerbe tellement leur bêtise et leur malveillance que l’école devient un champ de bataille ou l’enfant se bat contre le harcèlement des adultes ( un monde de fous).Je hais l’éducation nationale ce mammouth moisi qu’il faudrait réformer de fond en comble.Que tous les blessés narcissiques,complexés en tout genre aillent se faire soigner plutôt de casser du gamin ou adulte HP.

delhar | 9 janvier 2018 à 21 h 16 min

Camus, votre commentaire est d’une rare violence et témoigne d’une réelle méconnaissance. Je suis directrice d’école (donc professeur des écoles) et je ne suis ni complexée ni narcissique…..les EIP ne me dérangent pas (bref je ne me reconnais pas dans votre commentaire haineux). Pour votre information, ce sont toujours les psy qui tranchent la question d’un saut de classe, pas l’enseignant seul ou le directeur. J’ai un élève de CE1 qui a 156 de QI, soit une fréquence de 1/10000. Dans sa conclusion, la psy a écrit : »l’enfant est bien dans sa classe d’âge ». ….. pour info : j’ai sauté une classe, j’ai 2 enfants EIP et j’adore mon métier et mes élèves qu’ils soient surdoués ou non
autre info : l’école n’est pas obligatoire, seule l’instruction l’est. N’hésitez surtout pas à faire l’enseignement à la maison. L’Education Nationale ne cherche pas de clients, ne vous inquiétez pas 😉

Camus.F | 9 janvier 2018 à 22 h 10 min

@delhar vous jugez sans connaitre les tenants et les aboutissants de l’histoire  » une méconnaissance » de quoi au juste.Votre institution débile je persiste et signe devrait être réformée.Vous êtes formés plutôt formatés à la sauce ESPE ou on vous apprend à gober des inepties et un jargon déshumanisant plutôt que de réfléchir.Peut être que vous accompagnez bien les EIP parce que vous êtes personnellement concernée mais ce n’est pas du tout représentatif de ce qui peut se passer ailleurs.Les psy du RASED ne connaissent rien au haut potentiel alors en aucun cas ils sont une référence pour moi,seul un psychologue spécialiste de la question peut avoir ma confiance.Seule l’instruction est obligatoire sérieusement j’ai attendu votre commentaire pour le savoir encore un esprit éducation nationale tiens,pour info j’y ai travaillé dans votre antre d’écervelés.Maintenant je loue l’intelligence et la bienveillance de tous les grands professeurs que j’ai croisé sur ma route c’est bien grâce à eux si je n’ai jamais détesté l’école malgré tout.Je critique une institution et c’est mon droit,maintenant ne confondez pas l’éducation nationale avec votre ADN,vous êtes une personne ni un diplôme,ni une fonction.
Surdis auribus canere !

Nadine Kirchgessner | 10 janvier 2018 à 15 h 58 min

Je vais intervenir dans cette discussion animée. Vos points de vue sont différents, et chacune a peut-être ses raisons personnelles d’être en colère.

@delhar, Relisez bien mon article et le témoignage exemplaire (de gâchis) de ambio, qui n’est pas du tout isolé. C’est ce qui a fait écrire le sens de l’effort à Arielle Adda.
http://planetesurdoues.fr/index.php/publications-scientifiques/a-adda-1996/

On peut lire aussi les ouvrages de J C Terrassier et notamment quand il écrit que laisser des enfants à THQI, est presque semblable à condamner son enfant à passer ses journées avec des débiles moyens. La violence, c’est de laisser un enfant avec un QI de 156 dans sa classe d’âge. La psychologue de cet enfant a peut-être une formation de psychanalyse, comme je l’explique dans cette conférence :
https://www.youtube.com/watch?v=27zQ9gMiETo

Je vous conseille de lire les travaux de Françoys Gagné sur l’avance scolaire. La question du saut de classe est très souvent tranchée (dans les faits) par l’enseignant et le directeur, et/ou une commission de l’académie (ou des PPRE). L’enseignant n’a pas du tout besoin de l’aval du psychologue, ni même de tests pour faire sauter une classe, s’il observe qu’un enfant est très en avance qu’il sait lire avant le CP par exemple. Ce n’est pas du tout obligatoire. Cela se passait très souvent lorsque j’étais enfant. C’était un non-évènement. J’ai réalisé cette étude en 2015 :
http://planetesurdoues.fr/index.php/etude/etude-2015-partie1/

Aujourd’hui, les enseignants sont frileux et craintifs concernant ce saut si utile pour les enfants précoces, surtout pour les THQI. Les psychologues scolaires ou non, donnent un avis. D’ailleurs, je suis très étonnée que vous, enseignante, soyez au courant du QI de l’enfant. Ce n’est pas l’usage, ni ce que l’on enseigne à l’université.

@ camus, je vous connais depuis peu et je sais à travers vos différents commentaires que vous avez souffert à l’école.

Alors, s’il vous plait, ne généralisons pas. Delhar a généralisé d’après son cas d’école, si je puis dire. Chacun observe son environnement, c’est pourquoi, il y a grand besoin des études scientifiques, faites avec un esprit scientifique,

comme l’explique Nicolas Gauvrit sur cette vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=pYL2WDnEMkE

delhar | 10 janvier 2018 à 16 h 54 min

Mme Kirchgessner, ce sont les parents qui m’ont transmis le bilan de la psy spécialisée, celle qui a justement déconseillé le saut de classe. J’ai été moi-même étonnée qu’ils me le transmettent (par mail). je pense qu’ils sont déstabilisés par la conclusion car ils se doutent que cela sème le doute.
Je souhaite faire sauter une classe à cet élève (contre l’avis de la psy donc) et c’est pour cela que je cherchais des réponses sur votre site.
Malheureusement, les commentaires que j’ai eu le tort de lire nuisent à la discussion et je vais aller voir ailleurs. merci Madame, d’avoir pris le temps de me répondre

Nadine Kirchgessner | 10 janvier 2018 à 17 h 01 min

Bonjour , j’ai donc répondu en ce sens :

La violence, c’est de laisser un enfant avec un QI de 156 dans sa classe d’âge. La psychologue de cet enfant a peut-être une formation de psychanalyse. Mais chaque cas est particulier, c’est pourquoi il faudrait faire une réunion avec tous les professionnels et les parents, et faire intervenir plutôt la psychologue scolaire.

Si vous avez vous-même senti que cet enfant a besoin d’avancer, il ne faut pas hésiter, je crois.

si vous avez encore quelques minutes à passer sur ce site, je vous conseillerais de lire cette page très instructive pour le problème de cet enfant :

http://planetesurdoues.fr/index.php/etude/parcours/bleuenn/

«

»